Si le procureur de la République à Libreville a juré de trouver et de punir toutes les personnes impliquées dans l’affaire liée à la disparition des 353 containers chargés de bois précieux au port d’Owendo, beaucoup l’attendent sur le terrain des actes. Il semble avoir mis le pied dans un vaste réseau ayant vraisemblablement des ramifications dans la haute administration publique.

Du Kevazingo non déclaré, découvert, en mars 2019, au fond d’un container, prêt à l’exportation, au port d’Owendo. © Conservation Justice

 

Le procureur de la République, Olivier N’Zahou aura-t-il les coudées franches? © Gabonreview

Découverte en fin avril et révélée à la presse mardi, la disparition de 353 containers de Kevazingo saisis par la justice n’a pas manqué de choquer l’opinion. Sur les réseaux sociaux, beaucoup appellent à ne pas laisser cette affaire impunie comme tant d’autres ayant eu le même écho médiatique. Dès lors, tous les regards sont tournés vers celui qui est censé faire tomber ce réseau de trafiquants du bois précieux du Gabon : Olivier N’Zahou. Ça tombe bien, le procureur de la République a juré de faire triompher la justice dans cette affaire, «quels que soient les rangs et grades des personnes impliquées».

Si certains le croient capable de parvenir à ses fins, nombre d’internautes émettent tout de même des doutes. Ils prévoient déjà que le magistrat aura fort à faire, d’autant qu’il sera confronté à un réseau ayant pignon sur rue au Gabon. Le trafic du bois précieux est vraisemblablement entretenu au sein de la haute administration publique. Olivier N’Zahou aura-t-il les coudées franches pour mener son enquête, sachant que des cadres du ministère des Eaux et Forêts et ceux des Douanes sont fortement soupçonnés d’avoir permis cette curieuse disparition de containers sur le site d’entreposage de 3C Transit ? Ça reste à voir.

Une dizaine de personnes déjà interpelées ?   

Comme pour mettre à exécution ses menaces à l’endroit des contrevenants, le procureur de la République à Libreville aurait déjà fait interpeler une dizaine de personnes liées à l’affaire. C’est, en tout cas, ce que croit savoir, ce jeudi, Radio France internationale (RFI). Le média ne dit pas s’il s’agit d’agents des douanes gabonaises ou de ceux du ministère des Eaux et Forêts.

Il n’empêche, de forts soupçons pèsent désormais sur les deux administrations. En effet, alors qu’ils avaient connaissance du dossier et du fait qu’ils devaient aider les autorités judiciaires à mener l’enquête en mars dernier, peu après la découverte et la saisie des containers de bois précieux, Olivier N’Zahou a révélé récemment que «les agents du ministère des Eaux et Forêts requis par le ministère public pour mener à bien les investigations avaient été curieusement rappelés par leur hiérarchie, entravant ainsi le bon déroulement de l’enquête».

Quelqu’un autour du ministre en charges des Forêts ou à la direction générale des Forêts a-t-il intérêt à ne pas voir l’enquête du procureur aboutir ? Les ordres seraient-ils venus de plus haut ? En attendant que le parquet trouve des réponses à ces questions, RFI révèle que 18 des 353 containers disparus sont déjà en Chine. L’administration publique pourrait avoir joué un rôle dans cette exportation illégale. Reste à Olivier N’Zahou d’en donner la preuve…s’il est évidemment libre de ses actes.

 
 

3 Commentaires

  1. Endundu dit :

    Là, tous les citoyens attendent le Procureur Nzahou aux pieds du mur

  2. Makaya dit :

    Pour votre information et afin d’éviter l’amalgame, la transformation et le commerce du bois ne relèvent pas de la direction générale des forêts, comme cela est relayé par une certaine presse depuis le début de cette affaire, mais de la direction générale des industries du bois qui fait également partie de l’administration des eaux et forêts.

  3. Lavue dit :

    Les intentions, les effets d’annonce, tout ça c’est bien. Mais il n’ y a que les faits qui comptent. Peut-on citer un seul exemple au Gabon ou un scandale de cette taille impliquant des administrations publiques a conduit à l’arrestation des hauts cadres ou ministres et les a mené en prison pour au moins servir d’exemple. Il n’ y en a pas. Les cas tels que ceux de “mamba” sont à connotation politique. On a du mal à faire le distingo entre la vrai délinquance et les règlements de compte politique. Je parle ici des cas de véritables délits financiers. Alors on peut toujours rêver. Les mafieux se connaissent et se soutiennent mutuellement. Là c’est du bois qu’il s’agit, imaginez ce qu’il en est des autres ressources (pétrole, manganèse, emprunts internationaux). Très peu, mais vraiment très très peu de Gabonais sont des hommes d’affaires nationalement ou internationalement reconnus et pourtant le pays regorge de milliers de personnes fortunées. D’où peuvent provenir ces fortunes, bien évidemment des détournements publics. On ne sait rien faire d’autres et les étrangers se moquent de nous quand les associe ou on les utilise pour cacher notre butin. Le pauvre procureur NZAHOU perd son temps. Les auteurs de ce scandale sont dans cercles qu’il doit forcément connaître ou en faire partie (sinon comment aurait -il pu devenir Procureur de la République) où la solidarité est une doctrine; ce sont les partis politique (PDG), loges ésotériques maçonniques notamment au Gabon. On ne peut pas faire du mal aux fraters. Vous comprenez pourquoi beaucoup de jeunes adhèrent à ces associations. Ils rêvent tous de fortune rapide dans l’impunité.C’est ça la cause profonde des maux qui minent ce petit pays d’1.500.000 habitants où ailleurs on a du mal à comprendre les difficultés socio-économiques d’un tel Émirat. Alors tout ça c’est du vent, demain on aura un autre divertissement servi par le Procureur de la République, il ira certainement traquer les voleurs de vins de palmes ou de moussoungou à Malinga. Là il pourra se racheter en bombant les muscles, affichant toute sa détermination et ses “compétences”.

    Pauvre gens…

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