L’Office pharmaceutique national (OPN) traverse depuis peu une zone de turbulence. Face aux accusations dont fait l’objet la direction générale, Dr Pauline Ngoubou apporte dans cette interview accordée à Gabonreview, le 23 octobre, des éclaircissements sur le fonctionnement, les écueils et les réformes engagées au sein de cet établissement public.

La directrice générale de l’Office pharmaceutique national (OPN), le docteur Pauline Ngoubou, lors de l’entretien, le 22 octobre 2019. © Gabonreview

 

La gouvernance de l’Office pharmaceutique national (OPN) est décriée par certains de vos agents. Quelle est la situation réelle de votre structure ?

Dr Pauline Ngoubou : Avant de répondre à votre question, il me parait important de rappeler la mission principale de l’Office pharmaceutique national. L’OPN est la centrale d’achat chargée de l’achat, du stockage et de la distribution des médicaments dans les formations sanitaires publiques. Ce rappel fait, je vais évoquer la situation de crise qui semble se pointer à la suite du dépôt d’un préavis de grève par les agents de l’OPN. La principale revendication contenue dans ce préavis porte sur le versement de primes. Sachez qu’à ma prise de fonction, je me suis retrouvée face à une énorme dette et un non-règlement des créances dues par les formations sanitaires publiques. Partant de ce constat, comprenez que c’est une situation qui rend difficile le fonctionnement de l’OPN. La prime rémunère le rendement et vous conviendrez avec moi qu’en absence de ressources provenant de la vente des médicaments, il nous parait difficile actuellement de verser de primes liées au rendement.

Pourtant vos agents estiment que vous et votre directrice technique et vous touchez les primes !

Pour ce qui est de la Direction générale (DG), je puis affirmer qu’il ne s’agit pas de primes de rendements. Les indemnités perçues par le directoire de l’OPN, nommée par décret en Conseil des ministres, découlent des dispositions des décrets 000 199/PR/MBCP du 02/08/2018 et 295 du 30/06/2010. Il s’agit donc d’une confusion entre le terme indemnité et le terme prime de rendement.

Pourquoi certains agents affirment-ils n’avoir reçu que 50.000 francs alors qu’ils attendaient le triple voire le quadruple ?

La prime de rentrée scolaire qui est versée doit être considérée comme une aide pour soulager le personnel face aux dépenses liées à la rentrée scolaire. Elle ne devrait pas être confondue à la prime réclamée sur la base du rendement et de la performance de l’OPN.

© Gabonreview

Que répondez-vous à ceux qui estiment que votre directrice technique et vous êtes en train de “couler” l’entreprise ?

Cette affirmation est d’une extrême gravité ; nous accuser de «couler l’entreprise». À titre de rappel, sachez que près depuis près de 4 ans, l’Office n’assume pas correctement la mission qui lui a été assignée, à savoir approvisionner les formations sanitaires publiques en médicaments. C’est la raison qui a motivé en 2016, la décision du Conseil des ministres d’engager la réforme de l’Office. Toute mon équipe s’attèle au quotidien à rendre effective cette réforme. C’est ainsi que diverses consultations ont été engagées avec l’appui des partenaires techniques que sont Management science for Health(MSH) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les conclusions y relatives démontrent une avancée progressive de la réforme. Je tiens à vous informer de l’élaboration, par nos soins, en collaboration avec la Direction du médicament et de la pharmacie(DMP) de la nouvelle stratégie nationale d’approvisionnement des médicaments.

En déposant un préavis de grève, qui court jusqu’au 24 octobre, les agents invoquent «l’incompréhension» et «l’insensibilité» de l’administration. Qu’en dites-vous ?

Depuis ma prise de fonction, j’ai tenu, avec mon équipe, à maintenir un dialogue fort et constructif avec l’ensemble du personnel. L’affirmation d’une forme d’insensibilité à l’endroit du personnel par la direction générale dont j’ai la charge me semble exagérée. Pour mémoire, nous avons tenu plusieurs réunions, 5 au total, si je ne me trompe pas. Au cours de ces réunions, nous avons largement évoqué la situation délicate de l’OPN. À titre d’illustration, les agents peuvent eux-mêmes constater l’absence de médicaments dans nos entrepôts. Une des rencontres a même été élargie au président du SYNAS (Syndicat national des agents de la santé), puis une autre aux acteurs financiers de la chaine des dépenses. Je voudrais préciser et pour marquer ma volonté de dialogue, qu’au lendemain du dépôt de préavis de grève j’ai répondu favorable aux partenaires sociaux en les conviant à une rencontre le vendredi 25 octobre 2019.

À ce stade, quelle sortie de crise envisagée ?

Nous ne pouvons pas parler de sortie de crise à ce stade puisque n’étant pas face à une grève. Ensemble, nous allons examiner sereinement et sans passion le cahier de charges soumis à notre examen. Je puis affirmer que l’ensemble des suggestions seront portées à l’attention du Conseil d’administration.

Comment déblayer les nuages amoncelés au-dessus de l’OPN ?

Je voudrais faire partager à l’ensemble du personnel mon souci de voir aboutir la réforme en cours. À mon avis, c’est la solution pour un fonctionnement optimal de l’OPN. Elle va permettre de vendre de manière permanente les médicaments dans les formations sanitaires et ainsi atteindre la performance tant souhaitée par les plus hautes autorités de ce pays. J’invite donc l’ensemble du personnel à faire corps pour l’aboutissement de cette importante réforme.

 
 

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