Rien ne le prédestinait à devenir un expert de la photo, pourtant ce diplômé en Management et Gestion en stratégie de ressources humaines est considéré comme une référence nationale dans son domaine d’activités. Lui, c’est François Zima, jeune Gabonais d’une trentaine d’années, photographe professionnel et consultant en communication. Avec Gabonreview, il revient sur son parcours atypique et ses perspectives, dont un magnifique projet au bénéfice des enfants sourds-muets.

François Zima en pleine séance de formation en communication de l’image. © D.R.

 

© François Zima

Gabonreview : Pouvez-vous vous présenter ?

François Zima : Je suis un jeune gabonais qui aujourd’hui exerce dans plusieurs domaines. Ma passion est la photo et je suis plus connu dans ce domaine. Mais je ne fais pas que ça. L’année dernière j’ai été formateur en communication digitale, dans le cadre d’un projet initié par la Fondation BGFIBank, où plusieurs femmes ont été entretenues sur le montage de projets à Libreville et l’intérieur du pays. J’ai travaillé au Bureau de coordination du Plan stratégique Gabon émergent (BCPSGE), où j’ai été directeur de la communication de 2017 à 2019. Actuellement, je suis le responsable de la cellule audiovisuelle de la présidence de République.

Parlez-nous de votre parcours jusqu’à votre arrivée dans l’univers de la photo.

Il y a quelques années, je travaillais à Venise Auto, une agence de prestation de services (location de voitures de luxe, assistance administrative aux entreprises, etc.) basée à Louis (Libreville). J’ai monté cette structure, avec le concours de la famille, et j’en ai été le responsable de 2006 à 2012. En 2011-2012, les contrecoups de la crise commençaient à se faire ressentir, même si beaucoup ne voulaient pas l’admettre. Je me suis donc interrogé avec mes partenaires s’il fallait investir à nouveau ou se focaliser sur autre chose. Car la société avait de gros contrats avec Gabon Airlines qui venait de fermer ou Airtel Gabon qui venait de me lâcher. J’ai donc décidé de passer à autre chose tout en m’accordant un temps de réflexion.

© François Zima

La passion pour la photo, je la découvre lors d’un séjour en Afrique du Sud. À mon retour au Gabon, j’ai acheté un appareil photo assez quelconque. C’est à ce moment que je me suis fait découvrir. Un jour, une dame est venue dans nos locaux pour la location d’une voiture et vit l’appareil photo posé sur la table. Elle m’a alors demandé si j’étais photographe. Je lui ai dit non, mais que j’étais juste passionné de photo. Elle m’a répondu qu’elle se mariait et cherchait un photographe. Je lui ai alors dit que je peux le faire. Trois mois plus tard, j’ai donc fait des prises de vue pour la première partie du mariage, vu qu’elle avait déjà un photographe pour la soirée. Et deux semaines après je suis allé rendre les photos. La cliente était bluffée et aussi un peu amère de ne m’a pas m’avoir eu comme photographe à la soirée. Les photos du collègue étaient pourtant magnifiques, mais la cliente a souligné que j’avais un regard différent, qu’elle n’a pas retrouvé chez l’autre photographe. J’ai rendu les photos gratuitement, car je lui ai expliqué que je faisais cette activité par passion. Et trois mois plus tard, j’ai couvert le mariage de la sœur de cette dame à Port-Gentil.

© François Zima

Entre ces deux mariages, je suis allé en France où j’ai commencé à suivre des formations. Car je me considérais un peu comme un cheveu dans la soupe de la photographie. Je ne connaissais pas vraiment le métier et je venais de me voir confier deux marchés. D’autant que j’allais être payé pour le deuxième. Ne voulant pas faire un travail bâclé, j’ai donc décidé de m’aguerrir à travers des formations. À mes frais, j’ai passé un mois à Paris et je me suis rendu compte que je ne connaissais rien de la photo. J’ai commencé à acheter du matériel, investir, réaliser certaines choses… À mon retour au Gabon, je suis allé couvrir le mariage à Port-Gentil et tout le monde était émerveillé. À partir de là, j’ai décroché d’autres marchés aussi bien avec des particuliers que les entreprises. Entre 2011 et 2012, j’ai complètement arrêté mon activité avec ma structure que j’ai décidé de fermer dans les règles de l’art. Car j’ai me suis rendu compte que j’avais touché le fond.

À partir de là, comment vous êtes-vous développé ?

J’avais le choix entre commencer à chercher un autre boulot, ou alors me lancer à fond dans la passion qu’est la photographie. J’ai opté pour la seconde option et j’ai commencé à me structurer. Je suis reparti en formation, j’ai investi à nouveau dans le matériel. Les formations que je prenais ne portaient pas essentiellement sur l’art de la photographie uniquement, mais aussi savoir se structurer et vivre de ce métier-là. De 2012 à ce jour, j’ai vécu de la photo. Essentiellement de 2012 à 2015, j’ai vécu de la photo de mariage. J’estime avoir apporté une touche nouvelle à ce métier. J’ai fait en sorte que le «photographe» de mariage soit mieux considéré, notamment en apparence, en locution et avec un travail de qualité. De fil en aiguille, je me suis vu confier plusieurs responsabilités. Au début c’était difficile. Je suis titulaire de deux masters en Management (2003) et Gestion en stratégie de ressources humaines (2010). Avec ces deux diplômes, je me suis retrouvé à faire de la photo. Pas parce que j’avais besoin d’argent, mais par passion. Je me suis tellement bien structuré que je suis parvenu à bien me vendre et devenir incontournable. Non pas que j’étais le meilleur, mais parce que j’ai mis en place certaines astuces en termes de communication, visibilité…

© François Zima

J’ai arrêté la photographie de mariage il y a trois ans. Ou du moins, j’en fais très rarement. Toujours est-il que mes pairs me considèrent comme une référence. Je me suis retrouvé avec plusieurs personnes qui faisaient appel à moi de par mon expérience dans certains domaines. Du coup, j’intervenais comme consultant en communication auprès de certaines entreprises ou personnalités. Car grâce à la photo, l’on a un regard différent et l’on peut facilement basculer vers ce qui est coaching ou marketing de l’image. Ce qui fait que je me suis retrouvé à faire de la communication de l’image. Et cela m’a ouvert les portes de la communication institutionnelle avec mon arrivée au BCPSGE notamment. Je coache aussi beaucoup de jeunes qui malheureusement m’approchent beaucoup plus par rapport à la photo. Mais j’ai trouvé une astuce, me servir de mon expérience professionnelle, car l’on peut vivre de la photo. Voilà ce que j’ai réussi à réaliser.

Vous interviendrez le 5 avril à l’Espace PME de Libreville…

Il s’agira d’un échange entre moi et les jeunes entrepreneurs. Pas nécessairement des personnes qui se lancent dans l’entrepreneuriat, mais qui ont des idées et ne parviennent pas ou ne savent pas les concrétiser. Il sera question de partager mon expérience dans différents secteurs ou j’ai exercé. Comment je suis parti de zéro et devenir une des références dans la photo ? Quelle a été ma stratégie ? Je me posais une pléthore de questions et j’ai donc décidé de me jeter à l’eau, malgré les regards hautains et les critiques. C’est cette expérience que j’ai envie d’apporter aujourd’hui à tous ces jeunes qui veulent se lancer dans l’entrepreneuriat, quel que soit le domaine. Je leur conseillerai donc d’y aller. Car la réussite ne réside pas nécessaire dans les moyens, mais dans la conviction qu’on met en son projet en passant effectivement aux actes. C’est ce que j’ai fait avec la photo, un métier que je ne connaissais pas et dans lequel je me suis fortement investi. Je ne me suis pas découragé, j’ai cru en moi malgré les périodes de doute…aujourd’hui, la photo m’a offert beaucoup d’opportunités, j’ai visité de nombreux pays, j’ai rencontré beaucoup de personnes.

© François Zima

Quels sont vos projets ?

J’ai beaucoup de projets. J’ai envie d’aller vers le social, de m’engager dans certaines causes qui me touchent énormément. J’ai récemment fait une série de photos avec des albinos. Cela me touche énormément et j’ai bien envie de faire des expositions pour aborder ce problème autrement. J’ai été dernièrement l’École nationale pour enfants déficients auditifs (Eneda), avec laquelle j’ai envie de travailler. Concrètement, j’ai envie de sensibiliser les gens sur le fait que la prise de conscience de la surdité intervient généralement lorsqu’on a un enfant atteint. Il serait bien que nos enfants, qui parlent et écoutent normalement, apprennent le langage des signes. Pourquoi ? Tout le monde peut donner naissance à un enfant sourd-muet. Comment pourrait-il communiquer avec ses frères et sœurs, ses cousins, ses parents ? Dans 20-30 ans, comment cet enfant trouvera-t-il un travail ? Un sourd-muet peut-il être recruté dans une société ou administration et faire le métier qu’il aime ? Ne pas apporter des réponses concrètes à ces questions serait une forme de discrimination. J’ai donc envie d’interpeller autorités, organisations, associations et ONG à travers mes images. C’est un projet qui me tient vraiment à cœur.

Après, je reste aussi dans le coaching. Voilà pourquoi j’ai accepté de participer à ce petit-déjeuner à l’espace à l’Espace PME. Je reçois beaucoup de coups de fil, mais beaucoup en rapport avec cette année. Et donc cette année et en 2020 aussi, je vais organiser beaucoup de Master Class au cours desquels je vais encadrer beaucoup de jeunes dans la photographie. Pas seulement dans la technique car certains sont talentueux, mais dans l’émancipation professionnelle. Comment vivre de la photo et s’inscrire dans le long terme ? Autant de questions auxquelles je fournirais des éléments de réponses à tous ces jeunes à qui m’approchent.

 
 

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