Les conséquences du conflit entre hommes et éléphants se font toujours sentir dans la province de l’Ogooué-Ivindo, avec quatre jeunes en détention à Booué. Les manifestations pour des compensations ont conduit à des arrestations controversées, suscitant des interrogations quant à d’éventuelles motivations politiques. Les résidents de Booué demandent désormais une enquête approfondie du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) dans cette affaire.

Les conséquences du conflit homme-faune maintiennent quatre jeunes gens de Booué en détention [Images à titre purement illustratif] © GabonReview et Jeanlou.fr

En août dernier et ce, avant les élections générales, plusieurs localités de la province de l’Ogooué-Ivindo avaient été secouées par des réclamations relatives au paiement des dommages causés par les éléphants dans les plantations villageoises. À Booué, les séquelles de cette période trouble de la vie des habitants continuent d’alimenter les conversations et l’étonnement. En effet, depuis ces manifestations, quatre jeunes gens restent en détention à la prison de Makokou. Ce qui a fait monter au créneau les ressortissants de la ville. Ils souhaitent que, dans l’ère nouvelle que vit le pays, qu’il n’y ait pas déjà «des histoires de règlements de comptes».

Plusieurs témoignages rappellent en effet que parmi tous ceux qui avaient été listés pour bénéficier des fonds alloués par l’État en vue d’un dédommagement des victimes du conflit homme-éléphant, «beaucoup ne se sont pas retrouvés». «Il n’y a eu que ce qu’on pourrait appeler de manière triviale, deux pelés trois tondus qui avaient bénéficier de ces compensations», fait savoir un ressortissant de Booué à Libreville. Face à cette situation, a-t-il poursuivi, «le mécontentement de ces mamans et de leurs enfants les a poussé à ériger des barricades sur les principales voies de la commune de Booué».

Des barricades, certes. Mais ne se faisant surtout pas entendre, les mécontents sont partis des voies principales pour ériger de nouvelles obstructions sur la voie ferrée reliant Booué à Lastourville. Ce qui a inéluctablement freiné le trafic ferroviaire. La gendarmerie ayant été mis à contribution et ils ont ensuite été déguerpis.

Sauf qu’«au lendemain des élections, rapporte un habitant de Booué, ils ont procédé aux arrestations de quatre jeunes gens qui manifestaient en soutien à leurs mamans» : Yves Mouamoutoumou, Prosper Aimé Libaka, Cyr Michaël Nze et Anicet Mbomo. «Ils ont été amené à Makokou», indique la source faisant par ailleurs remarquer que «parmi ces quatre jeunes gens, il y a des parents du procureur». Depuis leur transfèrement à Makokou, il y a près d’un mois, seuls deux d’entre eux ont été entendus, «à savoir les parents du procureur. Que sont devenu les deux autres ?», s’interrogent de nombreuses personnes dans le chef-lieu du département de la Lopé.

Nombreux d’entre eux relèvent que le procureur de la République à Makokou est un natif de la commune de Booué. Ce qui implique que la situation suscite diverses interprétations au point que les habitants de cette commune voient «une main noire derrière cette affaire».

Autre fait reproché aux jeunes gens arrêtés : ils auraient mis le feu aux traverses en bois déjà usagés de la Setrag (Société d’exploitation du Transgabonais). Ce que réfutent les habitants de la ville. «Nous savons tous qu’à Booué, dans cette même période, il y a souvent des feux de plaine. Si votre espace privé n’est pas bien entretenu, ces feux s’en prennent à votre maison. On a eu le cas des Cascades de Boué qui ont été complètement ravagés par le feu.  On a aussi eu la résidence secondaire du ministre Afome Nze, qui avait de même été ravagée par les flammes», relève un autre natif de Booué pour indiquer que «ce sont donc des situations qu’on ne saurait attribuer à quelqu’un, notamment à ces quatre personnes».

Pour de nombreux habitants de Booué, les traverses dont il est question ne sont même plus utiles à Setrag puisque l’entreprise utilise désormais des traverses en béton. «Autre chose, notent-ils, Booué n’est pas la seule localité du pays où il y a eu un siège avec des barricades pour réclamer des dédommagements. Dans des villages tels que Ossa, le siège a duré 4 jours. Pendant ce temps, personne ne passait. Il y a eu des siège à Laboka, Ovan,… dans plusieurs localités. Mais on n’a pas appris qu’il y a eu des arrestations».

«Pourquoi tenait-on absolument à arrêter les gens à Booué alors que ces personnes réclamaient leur dû? », s’interrogent les populations du chef-lieu de la Lopé. Celles-ci font remarquer que dans leur ville, aujourd’hui, «manger la banane ou le manioc devient un luxe». Tout le monde est réduit à consommer du pain ou du riz parce que l’agriculture de subsistance d’autrefois est devenue impossible.

Au regard de la tournure que prennent les événements, et surtout du fait que leurs enfants sont aux arrêts, les populations se retournent vers le Comité pour la transition et la restauration des institution (CTRI) afin qu’il demande à faire la lumière sur cette affaire qui laisse des familles dans le désarroi à Booué.

 
GR
 

0 commentaire

Soyez le premier à commenter.

Poster un commentaire