Réuni en session budgétaire les 9 et 10 avril 2026, le Conseil municipal de Libreville a massivement rejeté le projet de budget primitif pour l’exercice 2026. Jugé «irréaliste» et «non sincère» par une large majorité de conseillers, le document porté par l’exécutif municipal révèle de profondes divergences sur la gestion financière de la capitale.

L’Hôtel de Ville de Libreville. © D.R.

 

C’est un désaveu sans équivoque pour l’exécutif municipal de Libreville. Réunis à l’Hôtel de Ville les 9 et 10 avril 2026, les conseillers municipaux ont rejeté à une écrasante majorité le projet de budget primitif 2026. Sur les 145 élus présents, 142 ont voté contre, traduisant une défiance rare au sein d’un Conseil pourtant dominé par des formations proches du pouvoir (UDB, PDG, RPM, UN).

Porté par le maire, Pierre Matthieu Obame Etoughe, ce budget estimé à plus de 30,7 milliards de FCFA, en hausse d’environ 20 % par rapport à l’exercice précédent, se voulait ambitieux, axé sur le développement urbain, la modernisation des services et le renforcement de l’autonomie financière de la commune. Mais il n’a pas convaincu.

Un budget jugé «irréaliste»

Au cœur des critiques, la sincérité même du document budgétaire. Le conseiller municipal Régis Ulrich Nguema (UDB) a dénoncé un rapport «irréaliste et non sincère», pointant de nombreuses incohérences tant sur les prévisions de dépenses que de recettes.

L’une des principales pierres d’achoppement concerne l’explosion des charges du cabinet du maire. Celles-ci sont passées de près de 1,5 à plus de 3 milliards de FCFA, soit une hausse avoisinant les 2 milliards. Une augmentation jugée excessive par les conseillers, même si elle pourrait s’expliquer en partie par la création de nouveaux postes d’adjoints.

Autre grief majeur : l’absence d’évolution des budgets alloués aux arrondissements, malgré une hausse globale de plus de 4 milliards de FCFA. Une situation perçue comme contraire aux objectifs de décentralisation et de gestion de proximité affichés par les autorités.

Des zones d’ombre sur les recettes

Une vue des conseillers municipaux. © D.R.

Les conseillers ont également pointé des insuffisances du côté des recettes. En particulier, la suppression des prévisions liées aux amendes de l’Inspection générale municipale (IGM), pourtant considérées comme une source régulière de revenus. Cette ligne budgétaire, ramenée à zéro, a suscité incompréhension et suspicion.

«On a le sentiment que certaines ressources sont occultées», a déploré Régis Ulrich Nguema, dénonçant par ailleurs le caractère «dérisoire» de certaines enveloppes, notamment les 30 millions de FCFA prévus pour la digitalisation des services municipaux.

Des disparités dans les budgets des cabinets d’arrondissements, pourtant dotés d’organigrammes similaires, ont également été relevées, renforçant le sentiment d’un manque de cohérence globale.

Une vision contestée de la gouvernance locale

Lors de l’ouverture des travaux, le maire avait pourtant défendu un budget «reflet d’une ambition» et d’une «vision» pour la capitale, inscrite dans la dynamique de décentralisation impulsée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Le projet s’articulait autour de sept axes prioritaires, incluant l’amélioration du cadre de vie, la modernisation des infrastructures et la réduction de la dette.

Mais pour une large majorité des conseillers, le texte présenté ne répond pas aux exigences de transparence, ni aux impératifs sociaux et de proximité.

Vers une crise institutionnelle ?

Ce rejet ouvre une période d’incertitude pour la municipalité. Le ministère de l’Intérieur, autorité de tutelle, a été saisi pour déterminer les suites à donner à cette impasse budgétaire.

En attendant, le groupe UDB envisage de consulter sa direction politique pour définir sa position. Une chose apparaît néanmoins certaine : la mairie de Libreville entre dans une zone de fortes turbulences administratives, avec en toile de fond la question de la gouvernance financière de la capitale.

 
GR
 

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