Caravane scientifique Iaraçu : les chercheurs du Bassin du Congo dialoguent avec l’Amazonie pour une science partagée des forêts tropicales
Au terme d’une traversée fluviale entre Santarém et Belém, la caravane scientifique Iaraçu a réuni plus de 150 chercheurs, acteurs institutionnels et journalistes des trois grands bassins tropicaux – Amazonie, Congo et Asie du Sud-Est. Une rencontre d’envergure où la science s’est faite diplomatie, et où la voix africaine, notamment gabonaise, a su se faire entendre à travers la participation active de deux chercheurs de haut niveau : le Pr. Alfred Ngomanda, Commissaire général du Cenarest, et le Dr. Aboubakar Mambimba Ndjoungui, Directeur général de l’ageos.

Un moment de l’atelier One forest vision, animé par le Pr. Raphaël Tshimanga, Directeur du CRREBaC (RDC) et coprésident de la Congo Basin Science Initiative (CBSI), © Celia Esnoult – IRD
Organisée par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et ses partenaires brésiliens, la caravane Iaraçu incarne une nouvelle dynamique de coopération environnementale entre les régions qui concentrent l’essentiel de la biodiversité mondiale. Pendant cinq jours de navigation sur l’Amazone, chercheurs, doctorants et acteurs institutionnels ont réfléchi à la manière d’articuler science, politique et société civile autour d’une même ambition : la préservation des forêts tropicales.
La participation de la délégation One Forest Vision (OFVi), représentant le Bassin du Congo, a illustré la montée en puissance de la recherche africaine dans le concert international. Le Pr. Raphaël Tshimanga (RDC), le Pr. Alfred Ngomanda (Gabon) et le Dr. Aboubakar Mambimba Ndjoungui (Gabon) ont porté une voix commune : celle d’un continent qui entend être acteur de la connaissance scientifique et non simple observateur de ses ressources naturelles.
De la science à la décision politique
Parmi les moments forts de la traversée, les ateliers scientifiques ont mis l’accent sur la nécessité de transformer les résultats de la recherche en leviers d’action publique. Le premier atelier, consacré au Policy Brief interbassins, a réuni Nicolas Barbier, Laurent Durieux et Raphaël Tshimanga autour d’un message clair : la science doit éclairer la gouvernance environnementale. « Pour mieux protéger les forêts, il faut d’abord comprendre ce qu’elles stockent : du carbone, mais aussi une biodiversité exceptionnelle », a rappelé Nicolas Barbier, soulignant la fragilité du puits de carbone du Bassin du Congo face aux aléas climatiques.
Les échanges ont confirmé la complémentarité entre les trois bassins tropicaux, dont les dynamiques écologiques et humaines, bien que différentes, s’entrecroisent dans un même destin climatique mondial.
Le second atelier, conduit par Laura Létourneau, a marqué une étape essentielle : la co-construction du projet Nzoya Data, littéralement « la maison des données » en kikongo. Cette initiative vise à bâtir une infrastructure publique de partage et de valorisation des données scientifiques, afin de renforcer la gouvernance forestière.
Pour le Dr. Aboubakar Mambimba Ndjoungui, cette approche répond à un besoin crucial : « Les États forestiers doivent s’approprier leurs données, les mutualiser et en faire un levier de souveraineté scientifique. »
Les participants ont ainsi posé les bases d’une gouvernance interbassins qui allie transparence, coopération et responsabilité collective.
La technologie au service de la sensibilisation

La délégation gabonaise à bord de Laraçu © Laurent Durieux
Un autre temps fort de la caravane a été la découverte immersive des trois grands bassins tropicaux grâce à la réalité virtuelle. En collaboration avec Wild Immersion, les participants ont pu explorer, à bord même du navire Iaraçu, la diversité biologique de l’Amazonie, du Congo et de l’Asie du Sud-Est à travers des films à 360°.
Ces projections, également partagées avec les communautés locales, ont permis d’illustrer la puissance de l’image pour rapprocher les peuples des forêts qui les font vivre. Une expérience sensorielle et éducative qui annonce la création prochaine d’un film immersif commun, hommage à la primatologue Jane Goodall et à tous ceux qui œuvrent pour la protection des forêts tropicales.
Au-delà de la symbolique du voyage, la caravane Iaraçu aura rappelé une évidence : les forêts tropicales, qu’elles soient amazoniennes ou congolaises, constituent un patrimoine mondial dont la sauvegarde exige une coopération sincère entre Nord et Sud. Pour le Pr. Alfred Ngomanda, « le Bassin du Congo n’est pas seulement un réservoir de biodiversité, mais une source de savoirs et d’innovations au service du monde ».
La rencontre entre l’Amazonie et le Bassin du Congo préfigure ainsi une alliance scientifique durable, où les chercheurs africains, à l’image des représentants gabonais, affirment leur place au cœur des stratégies globales de préservation du climat et de la biodiversité.
















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