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Des révélations du journal en ligne Mediapart basées sur les confidences de l’ancien patron d’Elf, Loïk Le Floch-Prigent, entendu dans l’affaire des biens mal acquis (BMA), confirment que de l’argent illicite du pétrole français a permis de financer Omar Bongo et ses proches, mais aussi l’opposition gabonaise ou encore la famille Sassou-Nguesso. Selon l’ex-PDG d’Elf, le même système de financement et de corruption perdure aujourd’hui, mais via d’autres sociétés sur lesquelles se penchent actuellement les enquêteurs.

L’affaire Elf a mis à jour un système de corruption impliquant des membres haut placés de l’exécutif français et des dirigeants africains – et surtout Omar Bongo. © Gabonreview/Survie/Shutterstock

 

Entendu en France dans l’affaire des biens mal acquis – un feuilleton judiciaire qui met à jour les biens mobiliers et immobiliers de plusieurs dirigeants acquis via des détournements de fonds publics – l’ancien patron de la major pétrolière Elf devenue Total, Loïk Le Floch-Prigent, confirme au juge d’instruction français Dominique Blanc l’existence d’un vaste système de corruption entre la France, le Gabon, et aussi le Congo-Brazzaville.

A l’époque d’Elf, la compagnie pétrolière adoubée par le pouvoir français avait mis en place des financements illicites pour les dirigeants Omar Bongo et Sassou-Nguesso au Congo, explique Le Floch Prigent. Celui qui fut notamment PDG de la compagnie pétrolière française entre juillet 1989 et 1993 ajoute qu’un tel système existe toujours aujourd’hui… avec d’autres sociétés.

Des extraits du procès-verbal de Le Floch-Prigent, entendu le 15 novembre 2019, viennent d’être publiés par le journal en ligne Mediapart, connu pour ses révélations judiciaires souvent fracassantes. L’ancien PDG du groupe français Elf avait déjà été condamné en 2003 à cinq ans de prison et 375.000 euros d’amende pour des détournements de plusieurs centaines de millions d’euros dans le cadre de “l’affaire Elf”. Cette affaire avait mis à jour un système de corruption impliquant des membres haut placés de l’exécutif français et des dirigeants africains – et surtout Omar Bongo.

Pour faire le lien entre l’affaire Elf et l’enquête sur les biens mal acquis (BMA) dans le cadre de laquelle onze personnes sont actuellement mises en examen, Le Floch-Prigent, 77 ans, a donc été entendu à titre de témoin il y a près d’un an. Selon ses dires, une grande partie de l’argent des BMA, qui a permis aux familles Bongo et Sassou-Nguesso de s’enrichir, provenait de la corruption pétrolière via la société française Elf.

Loïk Le Floch-Prigent, PDG, entre juillet 1989 et 1993, de la compagnie pétrolière française Elf. © MAXPPP

De l’argent d’Elf directement versé aux familles Bongo et Sassou-Nguesso

Le Floch-Prigent s’exprime devant le juge sans tabou. «Les frais [issus de détournements via le groupe Elf – ndlr] partaient sur des comptes qui avaient été ouverts par MM. Tarallo et Sirven [deux anciens dirigeants d’Elf en Afrique – ndlr] pour le compte d’Omar Bongo, Denis Sassou-Nguesso et ceux qu’ils nous désignaient», détaille l’ex-PDG dans son témoignage à la justice, cité par Mediapart.

Des comptes avaient été ouverts en Suisse et au Luxembourg, via des sociétés basées au Liechtenstein, et le montant des fonds occultes se chiffrait à des centaines de millions de francs par an, détaille Mediapart. En France, Elf prenait même en charge «en liquide» les venues des présidents africains.

La France utilise la corruption pour “stabiliser” le Gabon et s’assurer le pétrole

L’ex-patron d’Elf est formel : l’exécutif français était informé de ce vaste système de corruption. Elf agissait même comme un État dans l’État. Alors ministre du Budget (1993-1995) sous la présidence de François Mitterrand, Nicolas Sarkozy avait été «affolé quand il a vu les chiffres [présentés par Le Floch-Prigent – ndlr]  Il n’imaginait pas que cela puisse exister comme ça.»

A l’origine, tout ce système se base sur une volonté politico-économique de l’ex-puissance coloniale, alors particulièrement préoccupée par le devenir du Gabon, riche en pétrole. «Les premiers présidents d’Elf […] ont eu pour première tâche d’augmenter le pétrole disponible du pays», explique l’ex-PDG. «Leur opinion, c’est que l’instabilité gouvernementale conduit à des soubresauts trop importants. On a demandé aux présidents successifs d’Elf de veiller à la stabilité de ces États, stabilité institutionnelle et juridique. Le premier pays qu’on voulait stabiliser était le Gabon.»

Selon Le Floch-Prigent, Elf était directement impliqué dans l’accession au pouvoir d’Omar Bongo, et était au centre de la diplomatie française au Gabon. «À la mort du président gabonais [Léon Mba – ndlr], Pierre Guillaumat [premier président d’Elf – ndlr] présente son directeur de cabinet (du président gabonais) [Omar Bongo – ndlr] au général de Gaulle en lui disant que c’était lui qu’il fallait au pouvoir pour être tranquille. À l’époque, tous les dirigeants deviennent marxistes et on voit arriver des révolutionnaires. Le directeur d’Elf dans ce pays change de rôle et prend un rôle d’ambassadeur, l’ambassadeur de France devenant presque un employé d’Elf.»

Dans toute cette “cuisine”, l’ex-patron de la major pétrolière française ajoute qu’une opposition “de façade” approuvée par Bongo était payée par Elf: «au Gabon, Omar Bongo considérait qu’il fallait toujours qu’il existe une opposition formelle, et cette opposition devait être incarnée par des personnes qu’il adoubait. Ces personnes étaient prises par les effectifs d’Elf Gabon, qui les rémunérait.”

Un système toujours en place, avec d’autres sociétés dans le viseur des enquêteurs

Aujourd’hui, un système de corruption du même acabit que celui révélé par l’affaire Elf «continue d’exister»… mais sous une autre forme, précise Le Floch-Prigent au juge. Les enquêteurs sont actuellement sur la piste des sociétés qui le composent, écrit Mediapart.

Pour conclure son témoignage à la justice, Le Floch Prigent se montre pessimiste et triste : «d’un système régulé considéré comme opaque et puni, on est arrivé à un système complètement fou qui conduit globalement les États et les peuples en question à ne plus être rétribués vraiment de l’exploitation pétrolière. La transparence demandée a conduit à un système encore plus opaque et encore plus désastreux pour les pays. C’est ce que j’ai constaté et qui me rend malheureux.»

Interrogé par Mediapart, l’ancien patron d’Elf commente : «j’ai voulu aider le juge à comprendre pourquoi la situation que nous avons créée a toujours un présent et pourquoi celui-ci est détestable». Il ne s’étonne donc pas du “french bashing” actuel dans «certains pays d’Afrique.»

 
GR
 

13 Commentaires

  1. SERGE MAKAYA dit :

    Je ne VEUX retenir que ce PASSAGE : « La France utilise la corruption pour “stabiliser” le Gabon et s’assurer le pétrole » TOUT EST DIT. Que ceux d’entre-vous qui aiment venir me dire que je m’en prends toujours à tort aux français viennent ICI commenter cet article.

    Je ne cesserai de vous dire que la France est notre véritable POISON. Elle soutient actuellement Sylvia Bongo-Valentin dans ses rêves de VOIR son fils adoptif président du Gabon.

  2. Pet 301 dit :

    Soldat Malhonnête Makaya, le POISON du Gabon c’est des gens comme toi qui ne comprennent rien de ce qu’ils lisent. Enfin qui comprennent ce qu’ils veulent comprendre.

    Relis et fait attention à la période. Quand il fait la référence sur « s’assurer le pétrole », Il réfère en particulier à la période ou il y avait encore les communistes comme danger.

    L’un ne justifie pas l’autre mais tu n’as pas le droit de sortir la phrase de son contexte.

    Intéresse toi à qui paye de nos jours ? vas faire ton enquête. Si tu es vraiment un ancien du B2 comme tu aimes à le dire, ça devrait être facile pour un homme avec tes connaissances de mener cette enquête.

    Ou bien tu préfères passer ton temps à cracher sur la France sans jamais présenter le moindre fait réels tel un gris du Gabon mal éduqué.

    Tu ne fais que toujours le bruit, la bouche et du vent quoi !

    Vas donc enquêter et montres nous ce que tu vaux.

  3. diogene dit :

    Il ne reste plus qu’à fournir les preuves, ce sera difficile avec les enfants des criminels au pouvoir pour le Gabon et Sassou toujours en place.

    Néanmoins, les détournements incriminés et qui perdurent sortent des poches françaises ! Donc la justice française devra s’en occuper, côté Afrique nous savons tous qu’il ne se passera rien !

  4. ULIS dit :

    Au sujet de l’Affaire ELF, Omar Bongo avait dit : « Si je parle, il y a des têtes qui vont tomber ». Cela expliquerait-il la peur des politiques français envers les Bongo qui pourraient détenir des vérités préjudiciables pour ces politiciens français ?

  5. Jean jacques dit :

    1 racail comme ce mostre makaya qui se cache derriere l’ecran devson cellulaire pour faire des affirmations graduites dont il n’a pas des preuves.votre haine va vous tuer 1 a 1.on a fait mes accusations a M.Accrombessi.Lacruche et en ce moment la dame et son fils.qui est le père de votre vieillard ping? Il n’a pas 1 nom bantou.?

  6. La Joie dit :

    Ce n’est pas un scoop.

  7. Pet 301 dit :

    Justement non pas francais

    Encore … propriétaire franco-malaisien ou philippine mais société de droit anglo-caraibes etc…
    Assala => géré par des français et des anglais mais propriété américaine
    Waalco => américain
    Eni => Italien
    Maurel & prom => philippine ou quelque chose comme ça
    BW offshore => Suède ou Finlande
    Addax => Chinois

    Il reste Total de français mais Total Gabon c’est juste 50% français, 40% famille Bongo et 10% autres. Total est sorti du Gabon ça ne représente plus rien ce qui reste c’est presque symbolique.

    On voit les français, seulement parce qu’ils parlent français et les sociétés les mettent devant pour travailler mais se sont des makayas. Les vrai patrons sont ailleurs et surtout pas dans la dictature française de Macron qui est le pays qui taxe le plus au monde.

    Comme dans le bois 73% des permis sont chinois… il reste un tout petit peu de français et un gros suisse.

    Faut pas croire la France s’est bien bien retirée du Gabon, c’est peut être pour cela que ça ne marche plus, vas savoir.

    • Fille dit :

      @Pet 301, les sociétés avec des prêtes noms, des comptes bancaires aussi avec des prêtes noms, même bon comme un gabonais, nous savons que ça existe. Qui sait Albert des plateaux n’était peut-être qu’un prête nom pendant que d’autres se servaient tranquillement plus que lui. Ce Mr Elf ne nous apprend rien même en arrondissant les angles.

      L’histoire est là pour nous éclairer sur le présent. On a beau tenter de la réécrire mais les faits sont têtus.

  8. Pet 301 dit :

    Correction..

    Encore = PERENCO

  9. Fille dit :

    « …confirment que de l’argent illicite du pétrole français a permis de financer Omar Bongo et ses proches,… »

    « L’argent illicite du pétrole français ». J’ai à peine commencé à lire l’article que votre lapsus m’interpelle. Peut-être n’est-ce pas un simple lapsus ? ou bien ?
    Que de contorsions !

  10. Lucifer Demontmerveille dit :

    Non seulement c’est pas un scoop mais aussi, je comprends pas pourquoi sa s’appelle le pétrole Français.
    Est-il extrait sur le territoire Français ? ????

  11. Nathaniel dit :

    Ca c’est la folie! C’est l’argent issue de la vente du petrole extrait dsur le territoire gabonais. Ou se trouve le probleme si le president gabonais utilise cet argent? L’Afrique n’appartient plus à la France!! Reveillez-vous

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