Alors que le gouvernement a lancé ce jeudi 8 janvier le paiement progressif des vacations sur l’ensemble du territoire, la grève des enseignants ne s’est pas achevée. Si l’annonce de la ministre d’État à l’Éducation nationale et à l’Instruction civique semblait être une main tendue, elle se heurte à une réalité bien plus sombre : celle d’un corps enseignant à bout de souffle, pour qui l’argent des examens n’est qu’une goutte d’eau dans un océan de précarité administrative.

Au Gabon, les enseignants en grève n’entendent pas se laisser attendrir par le paiement des vacations (Illustration). © GabonReview

 

La grève entamée depuis le 5 janvier dernier, n’est pas une simple question de primes impayées. C’est le cri de détresse de milliers de «stagiaires» qui, pour certains, attendent depuis plus de dix ans que l’État reconnaisse enfin leur existence légale. Derrière le terme technique de «régularisation des situations administratives», se cachent des vies en suspens : des pères et des mères de famille incapables de contracter un prêt bancaire, faute de fiche de paie conforme, ou de jeunes diplômés des promotions 2024-2025 de l’ENS, l’ENSET et l’ENI, qui enseignent sans savoir quand tombera leur premier salaire. «Nous ne voulons plus de promesses théoriques sur papier glacé. Nous voulons que nos reclassements se traduisent concrètement sur nos comptes bancaires», a martelé un enseignant à la télévision nationale. 

Pour elle, comme pour ses collègues regroupés sous le cri de ralliement « SOS Éducation », le paiement de vacation annoncée mercredi 7 janvier, par la ministre de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume-Leclercq, n’est qu’un pansement sur une fracture ouverte. Leurs revendications touchent à la dignité. Entre réclamations de régularisation des situations administratives avec effet soldes, l’intégration du personnel enseignant en attente de l’attribution des postes budgétaires, des salles de classe dignes de ce nom pour accueillir des élèves de plus en plus nombreux, et l’arrêt définitif du statut de «stagiaire éternel» qui prive les éducateurs de toute sérénité, la liste des revendications semble exhaustive aux cris des enseignants. Le paiement des vacations n’est donc issu qu’une mesure pour calmer les tensions, mais cela ne règle pas le problème. 

Un audit exigé pour la transparence 

Bien que le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, ait ordonné un audit strict des paiements des vacations ce jeudi 8, lors de la cérémonie de présentation des vœux, pour garantir la transparence, cette méfiance institutionnelle ne répond pas à l’urgence sociale. Le malaise est réel. Les enseignants ne réclament pas seulement leur dû pour le travail passé, ils exigent un avenir où leur métier ne rime plus avec précarité.

Pour rappel, les sortants 2024-2025 de l’ENS, l’ENSET et l’ENI l’avaient souligné : «On ne bâtit pas l’école de demain avec des enseignants dont le quotidien est hanté par la survie». Le paiement des vacations est un soulagement, certes, mais la paix scolaire, elle, passera par la reconnaissance de la dignité de ceux qui transmettent le savoir.

Thécia Nyomba 

 
GR
 

1 Commentaire

  1. Akoma Mba dit :

    Qu’attendent les fonctionnaires pour entrer en grève?
    Les rappels de solde devaient être liquidés en 2025.
    Qu’est devenu Monsieur « ce que je dis,je fais »?
    Le populisme bon marché face aux problèmes réels.
    Où va notre essor vers l’obscurité, la pénurie d’eau alors qu’on gonfle les revenus des militaires, soit-disant sauveurs du peuple auquel ils tiraient dessus pour défendre l’ignard Biafrais qui est à l’origine de tous les problèmes dont souffrent aujourd’hui les gabonais
    Ali Bongo se la coule douce à Londres. Il nous faut un Trump pour le juger au Gabon

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