La zone dite Lac Bleu aux Charbonnages, dans le 1er arrondissement de Libreville, est au cœur d’une vive tension. Visée par l’un des vastes projets de construction lancés par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, la population se retrouve démunie face à une procédure de déguerpissement perçue comme brutale et opaque. Les marques de démolition apposées sur les habitations  mercredi  dernier ont servi de signal d’alarme, révélant un manque criant d’informations officielles, de stratégie de relogement et d’absence totale d’annonce de dédommagement pour les familles concernées.

Plusieurs maisons et commerces ont marqués au quartier dit Lac Bleu. © GabonReview

 

Le projet qui vise la construction d’une nouvelle route majeure, «une grande voie de circulation de type deux fois deux ou trois voies», pour fluidifier l’accès notamment à la Cité de la Démocratie, est salué dans son ambition de modernisation urbaine. Cependant, c’est la méthode employée pour sa mise en œuvre qui provoque l’indignation. Selon  des informations recueillies par GabonReview sur place, le constat est sans appel : «Aucune information visà-vis des populations, aucune stratégie de relogement et pas de dédommagement», c’est ce qui ressort de notre enquête sur le terrain au quartier dit Lac Bleu. 

D’après les riverains, des équipes du cadastre, de la police municipale et des Travaux publics (TP), ont été aperçues sur les lieux en train de prendre des mesures et de marquer les maisons, sans accorder un mot aux riverains. Interrogé par un habitant, un membre de l’équipe du cadastre a simplement répondu que les questions de dédommagement et de relogement «feraient l’objet d’un autre tour», renvoyant la population à une attente anxiogène.

Même son de cloche du côté de la cheffe du quartier Charbonnages Iduku Lac Bleu, qui se retrouve injustement accusée par certains habitants d’avoir fait de la rétention d’information, alors qu’elle affirme elle-même n’avoir reçu « aucun papier rédigé par l’administration gabonaise s’adressant au chef du quartier ».

Les riverains entre stress et dignité

Une vue des maisons marquées “à démolir sans délai”, le jeudi 20 novembre 2025 Libreville. © GabonReview

Les témoignages recueillis sur place reflètent une détresse profonde et un sentiment d’injustice face à l’imminence de la démolition : «J’ai construit cette maison, j’avais 30 ans aujourd’hui j’en ai 60. Je vais me reconstruire une autre maison pour habiter quand ?» s’est émue une habitante, le corps marqué par le stress de l’incertitude. Les résidents s’insurgent donc contre la «violence et la brutalité» des méthodes, rappelant les précédents douloureux dans d’autres quartiers de Libreville, comme à Plaine Orety, où des familles ont été délogées sans solutions immédiates, malgré les assurances du chef de l’État de vouloir une gestion plus humaine des opérations.

Appel à la concertation 

La population du Lac Bleu souligne qu’elle n’est pas opposée au progrès, mais réclame le respect de la dignité. La chefferie du quartier l’a réaffirmé : «Nous ne refusons pas le développement. […] Mais quand ils veulent imposer le développement, qu’ils remplissent les conditions». Les attentes sont donc claires et conformes à toute démarche d’utilité publique bien menée. Un recensement équitable et un inventaire précis pour déterminer la juste compensation auraient été préférables.

La cheffe du quartier, elle aussi impactée par cette situation, demande à l’État de s’adresser directement à l’ensemble de la population et non par des intermédiaires, pour restaurer la confiance. Pour l’heure, les habitants restent «largués à eux-mêmes», dans l’attente d’une hypothétique réunion annoncée par des agents de l’ANUTT. L’issue de ce dossier sera un test majeur pour le nouveau régime, qui doit concilier ambition de modernisation et impératif de justice sociale.

Thécia Nyomba (Stagiaire)

 
GR
 

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