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Désormais perçue comme une atteinte aux droits des détenus, la mesure gouvernementale interdisant les visites aux prisonniers sur toute l’étendue du territoire national devrait être levée 10 mois après son entrée en vigueur, selon l’association SOS Prisonniers Gabon qui a écrit lundi à la Première ministre, Rose Christiane Ossouka Raponda.

Depuis 10 mois, les détenus de la prison centrale de Libreville et ceux de l’intérieur du Gabon sont privés de visites. © D.R.

 

Au Gabon, les prisonniers n’ont plus droit à aucune visite depuis mars 2020, peu après la découverte du tout premier cas de coronavirus dans le pays. Cette mesure, prise par le gouvernement pour protéger les détenus dont aucun d’eux n’a officiellement été testé positif jusque-là, est appliquée sur toute l’étendue du territoire national. Seulement, 10 mois après, la mesure gouvernementale est désormais mal perçue, d’autant que même les avocats sont privés de visite. «Cette interdiction constitue une entrave au libre exercice de leur travail», estime le président de SOS Prisonniers Gabon, une association œuvrant dans le soutien et l’accompagnement des détenus.

Or, dans sa correspondance adressée lundi 25 janvier à la Première ministre, Lionel Ella Engonga assure qu’au-delà de la bonne intention du gouvernement vis-à-vis des prisonniers, l’interdiction des visites qui court toujours «constitue une atteinte aux droits des détenus» qui, selon le droit international, sont censés bénéficier chacun d’au moins trois visites par semaine. «La crise sanitaire ne peut justifier que l’on continue à torpiller ce droit indéfiniment», estime le président de SOS Prisonniers Gabon.

À Rose Christiane Ossouka Raponda, le jeune juriste rappelle par ailleurs que «le droit aux visites permet le maintien des liens familiaux et amicaux [et que] l’exercice de ce droit, doit être garanti dans le but d’assurer une bonne préparation du détenu à une resocialisation à la fin de sa détention», surtout pour les mineurs.

«Madame la Première ministre, nous le savons, en ces lieux se trouvent des hommes et femmes, pères, mères et enfants ou même grands-parents et amis, qui ont le droit de bénéficier de la chaleur familiale et amicale, seul moyen pour eux d’oublier l’enfer du milieu carcéral. En ces lieux vivent des parents qui ont besoin de voir leurs enfants lors de ces visites pour ne pas couper le lien», écrit-il à la cheffe du gouvernement.

Lionel Ella Engonga, président de SOS Prisonniers Gabon, juriste. © Facebook

Question de logique

Si l’association SOS Prisonniers Gabon demande la levée de la mesure d’interdiction des visites aux détenus, c’est qu’elle trouve «illogique» qu’en dépit de celle-ci, les agents de la sécurité pénitentiaire soient autorisés à faire des aller-retour entre la prison et d’autres lieux, et que les détenus soient extraits chaque jour des prisons pour les tribunaux. Mieux, rappelle son président, le 10 décembre dernier, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’Homme, la ministre de la Justice, Garde des Sceaux, a pris part aux côtés de plusieurs avocats, magistrats, détenus et agents de la sécurité pénitentiaire à l’audience foraine organisée ce jour au sein de la prison centrale de Libreville. «Cette audience foraine a eu lieu dans le strict respect des mesures barrières», indique Lionel Ella Engonga.

Aussi, estime-t-il qu’«il serait judicieux d’autoriser deux jours de visite par semaine (mardi et dimanche) tout en respectant strictement les mesures barrières, au lieu de trois jours (mardi, jeudi et dimanche) comme auparavant».

«Cette interdiction de visite semble être une double peine pour les détenus et un châtiment pour leurs familles. Il est temps de lever cette mesure tout en faisant respecter les gestes barrières, comme c’est le cas dans tous les services et tous les lieux publics (marchés, écoles, églises, administrations…), car ces personnes détenues sont aussi des Humains qui ont besoin de vivre», conclut-il sa lettre que Gabonreview a parcourue. Espérons que la réceptrice y sera sensible.

 
GR
 

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