Foncier à Meyang-Mfoulayong : Le ministère de l’Habitat complice d’une nébuleuse immobilière ?
À Meyang-Mfoulayong, dans la commune de Ntoum, un vaste projet de lotissement piloté par la société PH Travaux Publics / PH Immo cristallise les tensions. Entre soupçons de spoliation, absence de titres fonciers et opacité financière, l’ombre du ministère de l’Habitat plane sur une opération aux allures de privatisation déguisée. Alors que les populations locales dénoncent des destructions sans indemnisation, le flou de cette affaire réside dans la clarification d’un partenariat public-privé dont les contours juridiques semblent s’évaporer dès que l’on exige la transparence.

Le vaste projet de lotissement à Meyang-Mfoulayong, dans la commune de Ntoum, piloté par la société PH Travaux Publics / PH Immo. © D.R.
L’affaire, qui couverait depuis plusieurs mois, mettrait en scène une entreprise privée, PH Immo, opérant sur plus de 43 hectares sans qu’aucun titre de propriété ni décret d’utilité publique n’auraient été présentés aux riverains. Pour justifier cette emprise, la direction de l’entreprise invoquerait un contrat de délégation avec le ministère de l’Habitat dans le cadre du programme national « Un Gabonais, Une Parcelle ». Pourtant, aucune trace de ce contrat n’aurait été retrouvée dans les journaux officiels, et aucune enquête foncière contradictoire ne semble avoir été menée, laissant planer un doute sérieux sur la légalité de l’occupation.
L’aspect le plus préoccupant de ce dossier résiderait dans le circuit financier mis en place. Des parcelles de 500 m² seraient actuellement cédées au prix de 2 500 000 FCFA. Or, les fonds seraient directement encaissés par la société PH Immo, sans qu’aucun mécanisme de reversement au Trésor public ou compte de dépôt officiel n’ait été identifié. Cette confusion entre prérogatives régaliennes et intérêts privés soulèverait des interrogations sur une possible « tolérance active » de l’administration, laquelle resterait muette face aux demandes de reddition de comptes formulées par les collectifs citoyens.
Sur le terrain, la situation serait d’autant plus explosive que les travaux se poursuivraient au mépris des autorités locales. Une injonction d’arrêt des travaux, émise par l’ancienne délégation spéciale de la commune de Ntoum pour irrégularités, serait restée lettre morte. Ce passage en force se serait traduit par la destruction de plantations et de bâtisses privées, plongeant des familles entières dans la précarité. L’inaction du ministère de l’Habitat face à ce défi à l’autorité municipale alimenterait le sentiment d’une protection institutionnelle dont bénéficierait l’opérateur privé.
Le malaise à Meyang-Mfoulayong ne semble plus seulement foncier, mais profondément social. En l’absence de bornage effectué par les services cadastraux compétents, l’entreprise utilisant ses propres bornes et sans procédure d’indemnisation pour les préjudices subis, l’opération PH Immo pourrait constituer un précédent dangereux. Le silence persistant du ministère de l’Habitat, censé être le garant de l’équité foncière, interroge sur la capacité de l’État à protéger les populations contre des appétits privés drapés dans les oripeaux de l’intérêt général.
















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