Compulsée, inventoriée et analysée par le journal ‘La Loupe’ le 31 juillet, la liste électorale récemment publiée par le CGE, déploie tous les acteurs et forces politiques dans le concret de l’échiquier électoral. De son étude, l’hebdomadaire a tiré 10 leçons. GabonReview en a retenu 9. Acteurs, enjeux dans les petites arènes, situation des certaines formations politiques, familles politiques influentes, conséquences des défections, PDG, nouveaux partis politiques… Le tableau de jauge des législatives en préparation.

© GabonReview

 

L’analyse des candidatures aux législatives du 26 août prochain révèle de forts bastions monopartites, des divisions au sein de l’opposition, mais aussi l’émergence de nouveaux venus politiques. Bien que favori, avec un manque de concurrence dans certaines provinces, le PDG n’en reste pas moins fragilisé. Sa crédibilité est remise en question en raison de l’insatisfaction populaire envers la gouvernance actuelle. Neuf remarques tirées de l’analyse de nos confrères de La Loupe.

1– Sept candidats «Roitelets » du PDG, une victoire assurée faute d’adversaires

Dans l’Ogooué-Lolo et le Haut-Ogooué, sept candidats PDG occupent des sièges sans concurrence. Leur élection est déjà acquise. Ces provinces constituent des bastions historiques du parti au pouvoir qui, grâce à son passé de parti unique et ses ressources étatiques, bénéficie d’un avantage certain. Des élus de longue date comme Faustin Boukoubi et Blaise Louembe (PDG) n’ont pas réussi à susciter l’adhésion nécessaire à l’émergence d’une opposition. Le pluralisme politique y demeure limité. «Ni l’Union nationale de Paulette Missambo ni Les Démocrates de Guy Nzouba Ndama ne sont capables de provoquer une adhésion pouvant susciter des candidatures ! C’est à croire que la Lolo-Bouenguidi est une belle agglomération et que les habitants y sont heureux», note l’hebdomadaire La Loupe, illustrant sa lecture.

2 – 99 partis en lice dans l’Estuaire, épicentre du pluralisme et province la plus démocratique

Pas moins de 99 partis s’affrontent dans l’Estuaire, ne laissant nul répit aux candidats indépendants. Cette effervescence reflète le caractère ouvert et tolérant de la province, mosaïque d’ethnies et d’opinions qui en fait le cœur vibrant du pluralisme politique gabonais.

3 – Haut-Ogooué, province la moins démocratique : des sièges peu disputés malgré la diversité des partis

Le Haut-Ogooué ne brille pas par ses débats, avec de nombreux sièges peu disputés, voire monopartites. Le PDG règne en maître, malgré la présence de divers autres partis «tels que le RPN, le M60, le FRG, le DURR, l’UNI, le RDP, LD, le PGCI, le RPM, l’UDIS, l’UN, le CLR, le MORENA, le PEG, le RDP, le RPG, Réagir», seule une poignée d’entre eux osent défier sa suprématie. Fief du chef de l’État, la province serait victime d’un repli régionaliste, comme l’agression de Barro Chambrier à Franceville l’a montré.

4 – Les « clans » Maganga et Bongo infusent la politique de leur filiation

Les Maganga Moussavou (PSD) «dont l’épouse Albertine et le fils Biendi, se présentent pour défendre, chacun, les couleurs du PSD et du PDG», et les Bongo Ondimba (PDG) «dont Malika et Alex défendent les couleurs du PDG» sont bien représentés dans ces élections, incarnant l’influence de grandes familles politiques dont les liens du sang dictent les allégeances partisanes. D’autres fratries comme les Myboto, avec «Chantal Myboto qui se présente à Libreville au premier arrondissement, et Eric Myboto qui se présente à Mounana», confirment également cette tendance.

5 – Défections et coups durs fragilisent des opposants historiques

Éprouvés par les démissions, deux partis majeurs de l’opposition vacillent. Les Démocrates, privés de fiefs électoraux dans plusieurs provinces, subissent l’«humiliation» de leur leader Guy Nzouba Ndama. «Avec une quarantaine (42) de candidats investis, Les Démocrates peuvent rêver, puisqu’ils présentent plus que l’Union Nationale par exemple. Mais ce ne sera pas suffisant pour prendre l’Assemblée nationale».

Amoindrie, loin de sa renommée, l’Union Nationale n’a investi qu’une petite trentaine de candidats aux législatives, comme si «le parti ne séduit pas des cadres à la hauteur de son ambition politique». Prenant pour exemple le cas de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, vice-président de l’Union nationale, bénéficiant d’une alliance avec le RPM de Barro Chambrier et devant affronter le ministre Franck Nguéma, déjà rencontré en 2018, La Loupe soutient que le parti de Paulette Missambo «n’est même pas assuré de faire élire la moitié des candidats investis». Lot de consolation ? «L’électorat d’Akanda pourrait, cette fois-ci, faire confiance à Jean Gaspard Ntoutoume Ayi. Le candidat de l’UN ferait en réalité un meilleur député à l’Assemblée nationale que Franck Nguéma, qui ne parvient même pas à gérer son ministère», estime l’hebdomadaire.

6 – Guerre froide entre anciens alliés de l’opposition

Ils s’affrontaient hier, ils s’affrontent aujourd’hui. Les candidats de partis issus de scissions comme l’UNI, la LDL et la LD mesurent leurs forces dans de pittoresques duels. L’opposition semble parfois son meilleur ennemi. On n’en voudra pour exemple que la province de l’Estuaire où, «Chantal Myboto n’a pas de concurrent de son ancien parti. Mais dans le 2ème arrondissement, Placide Aubiang Nzé (UN) sera confronté à l’adversité de Oyono Essono (UNI) ; Essone Minko (LD) sera confronté à Ndong Meviane Gaston (LDL). Ou encore dans le 3ème arrondissement, 1er siège, Ngandza Ngandza Roland (UNI) affrontera, entre autres, Dinzambou Pierre Damas (UN)».

Ces exemples sont nombreux dans plusieurs circonscriptions électorales. Notamment dans le Haut-Ogooué, le Moyen-Ogooué et le Woleu-Ntem.

7 – Risque de neutralisation mutuelle au sein de l’opposition

Certains opposants estampillés Alternance 2023 croisent le fer, notamment dans le Woleu-Ntem où LD, UN et Réagir se disputent des sièges, dans une confrontation stérile aux résultats prévisibles. Par exemple, sur le siège unique du 2ème arrondissement d’Oyem, on retrouve LD Obiang Ndong, Ekoga Sylvain de Réagir, et l’UN Ayetebe Mendame Noellie. Dans le département du Woleu, 4ème siège, on retrouve le RPM Ono Mathurin et l’UN Fang Ekore Patrice. De nombreux autres cas similaires existent où les opposants se font concurrence, ce qui rend prévisible le résultat final de ces rivalités.

8 – Percée remarquée de nouveaux venus

Portés par l’essoufflement des partis installés, le PRC et Réagir réalisent une entrée prometteuse et inattendue dans l’arène politique. Leur présence surprend agréablement. «Même s’ils ne sont pas présents sur tous les 143 sièges. Comparé à certains grands partis de l’opposition, leur présence est remarquable et parfois ils se trouvent là où d’autres partis majeurs ne sont pas représentés», note La Loupe.

9 – Le PDG grand favori mais souffre d’un déficit de crédibilité

Seul en lice partout sur tous les sièges, le PDG s’achemine vers une confortable majorité à l’Assemblée grâce à ses nombreux candidats. Mais l’exaspération populaire face à la gouvernance actuelle pourrait limiter son succès et mettre en doute sa légitimité. Plus exactement, «la situation du pays milite contre les candidats de cette formation politique. Avec le PDG majoritaire à l’Assemblée nationale, c’est la souffrance assurée, c’est la mauvaise gouvernance confirmée», conclu La Loupe.

 
GR
 

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