Il est de ceux dont on connaît le nom bien avant de connaître l’homme. Frère cadet d’Oligui Nguema, Aurélien Mintsa Nguema a traversé les trois premières années du nouveau pouvoir entre proximité présidentielle, argent politique, controverses et discrétion calculée. Désormais ambassadeur en Inde, il se dévoile rarement. Son entretien, le 17 août, à Jeune Afrique lève pourtant un coin du voile, avec quelques confidences inattendues. Parcours, famille, pouvoir, disgrâce, convictions, Ossimane : dix choses à savoir sur un personnage bien moins périphérique qu’il n’y paraît.

Frère, conseiller officieux, argentier politique, diplomate : Aurélien Mintsa Nguema a un parcours qui mène du soutien aux opposants d’hier aux finances du pouvoir d’aujourd’hui, puis jusqu’à l’ambassade du Gabon en Inde. © Infos Grand-nord

 

Frère du président, magistrat, ancien patron du Budget, trésorier de l’UDB et désormais ambassadeur en Inde : Aurélien Mintsa Nguema a accumulé les casquettes depuis le 30 août 2023, tout en cultivant une discrétion qui contraste avec l’influence qu’on lui prête. Dans un rare entretien accordé à Jeune Afrique, le cadet de Brice Clotaire Oligui Nguema se raconte, répond à certaines controverses et livre quelques confidences sur son parcours et sa relation avec le chef de l’État. Voici dix choses à retenir.

  1. Il est le frère cadet d’Oligui Nguema, au sein d’une fratrie d’une quarantaine d’enfants

Aurélien Mintsa Nguema est l’un des frères cadets de Brice Clotaire Oligui Nguema. Leur père, Florentin Nguema Boyoghe, aurait reconnu une quarantaine d’enfants. Aurélien récuse d’ailleurs la notion de «demi-frère» lorsqu’il parle de Brice Oligui Nguema, de Pierre Bibang Bi Nguema ou des autres membres de la fratrie : «L’enfant, chez les Fangs, c’est l’enfant du père», explique-t-il à Jeune Afrique.

Il n’a cependant pas grandi quotidiennement avec l’actuel chef de l’État. Élevé par sa mère, il retrouvera davantage son aîné en poursuivant ses études à Libreville, puis au début de sa carrière professionnelle.

  1. Il est né à Oyem et revendique fortement son identité woleu-ntémoise

Né en 1986, Aurélien Mintsa Nguema a vécu dans le Woleu-Ntem jusqu’au baccalauréat. Ses deux parents sont originaires de cette province et il ne cache rien de son attachement à ce territoire : «Je vis Woleu-Ntem, je respire Woleu-Ntem», confie-t-il.

Cet ancrage provincial deviendra également politique et associatif après le changement de régime de 2023.

  1. C’est un magistrat passé par l’ENA française

Derrière l’image du «frère du président» se trouve un cursus académique fourni. Aurélien Mintsa Nguema étudie notamment l’économie publique à l’Université Omar-Bongo, passe par l’École nationale de la magistrature du Gabon et Sciences Po Strasbourg. Il est également diplômé, en 2022, de l’ancienne École nationale d’administration française, promotion Aimé Césaire.

Magistrat de l’ordre financier, il exerce notamment à la Cour des comptes avant que le changement de régime ne le propulse vers des fonctions beaucoup plus exposées.

  1. Il affirme avoir soutenu Mamboundou puis Mba Obame

Voilà l’une des singularités de son parcours politique. Aurélien Mintsa Nguema affirme n’avoir jamais adhéré au Parti démocratique gabonais (PDG), alors même que celui-ci dominait sans partage la vie politique du pays.

Étudiant, il dit avoir soutenu Pierre Mamboundou lors de la présidentielle de 2005, puis André Mba Obame en 2009. Son entrée dans la magistrature en 2012 l’aurait ensuite conduit à interrompre ses activités politiques.

  1. Au lendemain du 30 août 2023, il rejoint immédiatement son frère

Lorsque les militaires renversent Ali Bongo Ondimba le 30 août 2023, Aurélien Mintsa Nguema se trouve à Oyem. Il n’attend pas une convocation présidentielle. «Il n’a pas besoin de m’appeler», raconte-t-il à propos de son frère.

Dès le lendemain, il rejoint Libreville. Quelques semaines plus tard, il est nommé directeur général du Budget et des Finances publiques. Le magistrat jusqu’alors relativement peu connu du grand public entre brutalement dans la lumière.

  1. Son passage au Budget s’est terminé dans la controverse

L’expérience ne durera pas. Aurélien Mintsa Nguema est limogé le 17 juin 2024 par Charles Mba, alors ministre des Comptes publics. Autour de lui circulent à l’époque plusieurs accusations et soupçons : volonté supposée d’étendre son influence, campagnes de dénigrement ou encore train de vie jugé luxueux.

Deux ans plus tard, il livre sa propre lecture de cet épisode. Il dit avoir découvert un univers d’intrigues auquel son tempérament de magistrat ne l’avait pas préparé. Se définissant comme un «pur magistrat, rigide», il assume également avoir des opinions tranchées et assure ne pas vouloir changer.

  1. Oligui lui aurait demandé de créer une association destinée aux Fangs

C’est probablement l’une des révélations politiques les plus intéressantes de l’entretien. En 2024, Aurélien Mintsa Nguema fonde avec son frère Pierre Bibang Bi Nguema l’association Ossimane. À l’approche de la présidentielle, l’organisation est accusée par certains de favoriser une mobilisation à caractère communautaire.

Aurélien Mintsa Nguema s’en défend et livre à Jeune Afrique un détail jusqu’ici peu connu : «Le président m’avait demandé de créer une association pour l’ensemble de la population fang.» Une tentative de plateforme nationale ayant ensuite échoué, explique-t-il, Ossimane aurait finalement été étendue à l’ensemble du territoire sous la traduction de «Pensée patriotique».

  1. Il a tenu les cordons de la bourse des campagnes d’Oligui

Son influence ne passe pas seulement par les liens familiaux. Aurélien Mintsa Nguema a occupé des positions particulièrement sensibles dans le dispositif politique construit autour du chef de l’État.

Il a notamment été trésorier de la campagne référendaire de 2024 puis de celle de Brice Clotaire Oligui Nguema pour l’élection présidentielle de 2025. Des fonctions qui le placent au cœur de l’organisation financière du nouveau pouvoir.

  1. Il reste le trésorier de l’UDB

L’éloignement diplomatique n’a pas totalement coupé Aurélien Mintsa Nguema de la politique nationale. Il demeure le grand argentier de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), le parti fondé autour de Brice Clotaire Oligui Nguema.

Depuis New Delhi, il entend continuer à suivre la vie politique gabonaise. Une donnée qui nuance nécessairement l’interprétation de sa nomination en Inde comme une simple mise à l’écart : éloigné géographiquement du palais présidentiel, Aurélien Mintsa Nguema conserve une fonction stratégique dans l’appareil partisan du chef de l’État.

  1. À 40 ans, le voilà ambassadeur en Inde

Nommé en Conseil des ministres le 26 février 2026, Aurélien Mintsa Nguema est arrivé à New Delhi fin mai. Le 6 juillet, il a présenté ses lettres de créance à la présidente indienne Droupadi Murmu, ouvrant officiellement un nouveau chapitre de sa carrière.

Le changement est considérable pour celui qui reconnaît ne pas être diplomate de métier : de la Cour des comptes au Budget, des finances électorales à celles de l’UDB, le voilà désormais chargé de représenter le Gabon auprès de l’une des principales puissances émergentes de la planète. Une fonction qu’il présente comme un «nouveau challenge exaltant».

Reste une constante dans ce parcours aux changements parfois brutaux : sa proximité avec Brice Clotaire Oligui Nguema. Aurélien Mintsa Nguema ne fait d’ailleurs aucun mystère de son admiration pour son frère. Il dit avoir «toujours su» que celui-ci ferait «un président formidable» et assure dormir tranquille, convaincu qu’avec lui «le Gabon va avancer». Une fidélité familiale qui, bien au-delà de New Delhi, devrait continuer à nourrir les interrogations sur la place réelle du cadet dans le dispositif présidentiel.

 
GR
 

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