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Du fait de la méthode gabonaise de gestion de la crise du nouveau Coronavirus, les «petits» opérateurs français sont à l’agonie dans les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie, de la restauration et des loisirs, entre autres. Prompte à aider financièrement le Gabon dans la lutte contre la pandémie à la mode et à établir des ponts aériens lorsque ses ressortissants sont en «danger» dans un pays autre, pourquoi la France ne vole-t-elle pas au secours de ces opérateurs en détresse ?

Si prompte établir des ponts aériens lorsque ses ressortissants sont en «danger» dans un pays étranger, pourquoi la France ne vient-elle pas en aide à ses «petits» opérateurs économiques du Gabon ? © Gabonreview/Shutterstock

 

«Covid : Bercy ouvre grand les vannes du fonds de solidarité pour les entreprises fermées», titrait jeudi dernier Les Échos, un quotidien français d’information économique et financière. Emmanuel Macron venait d’annoncer, mardi, une nouvelle aide forfaitaire proportionnelle au chiffre d’affaires perdu pour toutes les entreprises devant rester fermées jusqu’au 20 janvier. Le dispositif sera étendu à des secteurs ouverts mais en grandes difficultés comme les hôtels. Rien de tel au Gabon où le guichet fiscal, censé soulager l’impôt des entreprises impactées par la crise sanitaire n’était qu’un effet de manche, tout comme bien d’autres mesures annoncées.

Dans ce contexte difficile, les activités de nombreux entrepreneurs ressortissants Français vivant au Gabon sont naturellement impactées. Hormis quelques mastodontes à l’instar de Total, Comilog ou Axa, les «petits» opérateurs français sont littéralement à l’agonie dans les secteurs du tourisme, hôtellerie, restauration et loisirs, entre autres. Cette réalité est plus que palpable à Libreville et Port-Gentil, grands centres urbains du pays, où nombre d’hôtels, restaurants, bars et night-clubs de bon standing sont tenus par des Français.

Ambassadeurs de la culture et de l’art de vivre français

Plateforme créée en 2018 pour faire le lien entre les filières du tourisme, promouvoir le partage, fédérer les métiers et acteurs du secteur, le Club Tourisme de Libreville (CTL) compte de nombreux membres de nationalité française, notamment Daniel Lefebvre (membre fondateur, certes parti du Gabon) ou Jocelyne Halajko, gérante de l’hôtel Nomad de Libreville et actuelle présidente. Ces français sont bien souvent les promoteurs des plus gros ou plus prestigieux établissements de la filière. Et nombreuses de ces enseignes sont sur le point de faire un dépôt de bilan, confrontées qu’elles sont aux restrictions liées à la riposte contre le coronavirus : salaires impayés depuis plusieurs mois, licenciements massifs, empilement des charges fixes, concurrence déloyale, etc.

Promoteurs, propagateurs sinon ambassadeurs de l’art de vivre à la française (gastronomie, œnologie, musique, etc.), ces entrepreneurs ne sont pas aux premières loges des préoccupations des gouvernants gabonais. Ce qui amène à se demander pourquoi la France ne leur vient-elle pas en aide, elle si prompte établir des ponts aériens lorsque ses ressortissants sont en «danger» dans un pays étranger. Le plus curieux est que le pays d’Emmanuel Macron s’est empressé à aider le Gabon à lutter contre la Covid-19, mais pas ses ressortissants dont les affaires sont menacées par la même crise.

3,5 milliards de FCFA décaissés au profit du Gabon

L’Agence française de développement (AFD) finance au Gabon, à hauteur de 3,5 milliards de francs CFA, le Projet d’appui au secteur santé phase 2 (Pass 2) et le Programme d’aide sanitaire d’urgence contre la Covid-19. Mais, dans le même temps, l’Etat français s’est contenté du strict minimum pour ses ressortissants au Gabon avec une «Aide Covid-19» de 135 000 francs CFA en moyenne par couple et 90 000 francs CFA pour les célibataires… bien en dessous du Salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) gabonais. Le pays de Jean-Jacques Rousseau, du Général De Gaulle et de l’Abbé Pierre se moque-t-il donc de ses ressortissants ?

Depuis quelques décennies, il est établi, notamment par la Banque mondiale, que l’aide aux pays en développement est très souvent objet de détournement et d’enrichissement personnel des élites locales. Mais l’AFD a continué à donner de l’argent à des États détourneurs. On parle de 1,5 milliards d’euros, dont 150 millions d’euros de dons, allant en Afrique chaque année. Pourquoi dans toute cette masse financière destinée à aider des «États voyous», la France ne prend-t-elle pas la décision de ponctionner une petite portion en vue d’aider ses ressortissants, à l’instar de ceux dont le business est en danger au Gabon. S’ils ne payent pas le gros de leurs impôts en métropole, ils n’y séjournent pas moins chaque année en vacances, y dépensant le fruit de leur labeur en Afrique, y achetant des biens immobiliers, par exemple, et y investissant dans les affaires. Importateurs ou revendeurs de produits de luxe (champagne, vins millésimés) et du terroir français (fromage, foie gras, etc.) ils contribuent un tant soit peu à l’économie de l’Hexagone. De même, ils participent à sa vie politique en votant lors de la plupart des élections organisées en France.

Récemment, un groupe de Français œuvrant dans le secteur Restauration-Hôtellerie-Loisirs a écrit à l’ambassadeur de France au Gabon, sans doute en vue de l’interpeller sur leur situation. Philipe Autié n’aurait même pas daigné leur répondre. N’aurait-il pas reçu cette correspondance ou n’applique-t-il machinalement que les consignes de l’Élysée ? Dans le dernier cas, devrait-on penser que la France s’est engagée dans un plan de «clochardisation» de ses ressortissants au Gabon, dont beaucoup pourraient aller garnir les rangs des Sans domicile fixe (SDF) sur son sol ?

La Covid-19 ouvre une époque nouvelle appelant à des méthodes tout aussi nouvelles. En tout cas, aider les opérateurs économiques Français du Gabon serait également une manière d’aider le Gabon, en lui ôtant au moins une écharde du pied… puisque la France aime tant et si bien aider le Gabon.

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GR
 

2 Commentaires

  1. Eniga dit :

    C’est une blague, ces français vivent et paient leurs impôts au Gabon pas en France.
    C’est au Gabon d’aider et de soutenir leurs entreprises puisque par définition ce sont des entreprises de droit gabonais (pas français).
    Par contre en tant que ressortissant français, ils peuvent compter sur la solidarité à leur personne de leur pays d’origine.

  2. Ulys dit :

    Ils doivent certainement avoir l’aide des établissements Bongo-Valentin, spécialisés dans la MAFIA et dont le siège social se trouve à Libreville au bord de mer.

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