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Promotrice du Réseau Femme Lève-toi (ReFLet), Nathalie Zemo épouse Efoua s’est prêtée aux questions de Gabonreview dans le cadre du programme de renforcement du leadership et de l’engagement politique des femmes au Gabon. Un projet mis en œuvre depuis avril 2019 avec l’appui du Fonds des Nations-Unies pour la démocratie (FNUD). «Pour qu’une femme puisse réaliser ses objectifs personnels ou professionnels, il faut qu’elle ait un minimum d’autonomie financière et une capacité de prise de décisions», indique-t-elle notamment.

La présidente de l’association Réseau Femme Lève-toi (ReFLet), Nathalie Zemo-Efoua, lors de son passage, le 7 mai 2021, à Libreville. © Gabonreview

 

Gabonreview : Vous êtes de la présidente de l’association Réseau Femme lève-toi (ReFLet) qui compte, à son actif, un certain nombre d’activités mémorables dont la demande des réparations à l’endroit des victimes de la crise postélectorale de 2016. Que peut-on savoir de plus sur cette association.

Nathalie Zemo-Efoua : Le Réseau Femme Lève-toi est une association à caractère apolitique et à but non-lucratif même si nous parlons de tous les sujets, y compris des sujets relatifs au politique. Nous existons depuis 2015 et nos objectifs sont de créer un réseau de femmes qui s’impliquent dans la vie citoyenne et publique. Nous travaillons sur trois thématiques principales en relation avec tout ce qui concerne le renforcement des capacités des femmes en matière de leadership et donc de prise d’initiatives et d’autonomisation. Pourquoi autonomisation ? Parce que pour qu’une femme puisse réaliser ses objectifs personnels ou professionnels, il faut qu’elle ait un minimum d’autonomie financière et une capacité de prise de décision.

Les autres thématiques sur lesquelles nous travaillons concernent la promotion, la protection des droits de l’homme et notamment l’assistance aux victimes de violation des droits humains, surtout les violations de droit civil, politique et économique des femmes. Le troisième volet c’est la promotion de la démocratie. Le Réseau femme Lève-toi est notamment membre de la plateforme ‘’Tournons la page’’ qui est une coalition internationale faisant dans la promotion de la démocratie en Afrique.

Nathalie Zemo-Efoua. © Gabonreview

Au sujet de la promotion de la démocratie et surtout du renforcement des capacités des femmes, depuis 2019 vous menez une caravane de renforcement du leadership et de l’engagement politique des femmes au Gabon. Que peut-on savoir d’essentiel sur cette initiative ?

C’est un projet que nous avions présenté et qui est accompagné par une agence des Nation unies basée aux États-Unis qui s’appelle le Fonds des Nations-Unies pour la démocratie. Le projet a deux objectifs. Le premier vise à donner aux femmes des outils pour les aider à développer des aptitudes à s’affirmer dans la société, pour se réaliser, pour réaliser leurs projets, pour être autonomes. Le deuxième objectif c’est de promouvoir la culture démocratique. C’est donc une caravane qui s’adresse à des femmes de toutes situations sociale et politique.

Il faut noter que la caravane a démarré en avril 2019 et finit en août 2021. Elle se passe dans cinq provinces du Gabon : l’Estuaire, la Ngounié, le Woleu-Ntem, l’Ogooué-Ivindo et l’Ogooué-Maritime.

Vous tendez donc vers la fin de ce programme. Quel bilan tirer de ce que vous avez fait jusque-là dans ces provinces ?

La mauvaise nouvelle c’est qu’on n’a pas encore fait les cinq provinces parce que pendant l’année 2020, on n’a pas pu être sur le terrain à cause du Covid-19 et c’était l’année où on devait vraiment faire la grande campagne de sensibilisation et de formation. Mais, à partir de mars jusqu’au mois de novembre, il n’a pas été possible de déployer la caravane à l’intérieur du pays comme c’était prévu.

Qu’est-ce que nous avons donc fait ? Courant 2019, nous avons fait une étude sur la participation des femmes à la vie publique. Pourquoi les femmes hésitent à prendre des responsabilités ? Pourquoi les femmes hésitent à se lancer en politique ? Pourquoi n’aiment-elles pas être aux premières loges même lorsqu’elles ont les compétences ? On a donc essayé de percevoir les impressions des femmes et les obstacles à leur développement ou alors à leur participation citoyenne. Cette étude a été menée en collaboration avec l’Institut de recherche en sciences humaines (IRSH) basé à Libreville.

C’était la première phase. Ensuite nous avons fait une formation des formateurs. Nous avons formé trente (30) formateurs sur les thématiques suivantes : leadership, compétences de vie courante, engagement politique de la femme et création d’activités génératrices de revenus. Il n’y a pas d’autonomie de la femme sans revenus. Comment donc créer une entreprise à la dimension de mes moyens ? C’est cela la particularité des activités génératrices de revenus.

Tout le monde ne peut pas prétendre avoir un siège comme Gabonreview, avoir une entreprise plus grande. Mais on peut avoir une entreprise en fonction de ce qu’on a comme compétence et en fonction du niveau des ressources qu’on a. Cela peut être de toutes petites entreprises…

Voilà les thématiques sur lesquelles la caravane est en train de renforcer les femmes. Nous avons commencé dès que le confinement a été allégé au mois de février 2021. Nous avons pu enfin démarrer la phase des formations qui aurait normalement dû avoir lieu en 2020. Nous avons déjà formé, dans l’Estuaire, 300 personnes. Une vingtaine d’hommes, mais essentiellement des femmes. Parce que c’était vraiment un projet conduit dans une approche de discrimination positive en faveur de la femme. On s’est dit qu’en général, l’éducation de base de l’homme fait qu’il prend des initiatives, assume des responsabilités. C’est presque plus naturel pour lui tandis que, pour les femmes, on l’impression qu’il faut que quelqu’un les pousse, les protège systématiquement ou décide pour elles. Et si une femme est trop ambitieuse ou si elle prend trop d’initiatives on peut commencer à se dire qu’elle a un problème. On a donc davantage axé la formation sur les femmes. On les a privilégiées dans ce programme.

Nous avons formé des femmes à Libreville, à Ntoum, à Nkoltang, à Essassa, au niveau de l’Estuaire. Nous avons également eu des caravanes de sensibilisation à Owendo et maintenant pour les mois de mai et juin qui restent, nous allons sillonner l’intérieur du pays.

Nathalie Zemo-Efoua. © Gabonreview

Au-delà du leadership au féminin, de l’autonomisation de la femme, il y a la question de la démocratie que vous abordez.

Pourquoi la démocratie ? Parce que nous sommes une association qui milite en faveur de la démocratie. Nous pensons que, fort heureusement, le Gabon, constitutionnellement, est une démocratie. Mais c’est une démocratie imparfaite. Les premiers responsables de cette situation, ce sont certes les décideurs politiques, mais c’est aussi les citoyens et les acteurs politiques. La caravane vise donc à sensibiliser là-dessus, entre autres. Nous avons reçu des femmes issues des associations, mais aussi des partis politiques. Plusieurs partis politiques ont envoyé des adhérents participer à ces formations. Ce qui a permis de comprendre quels sont les régimes politiques, les particularités de certains, notamment les limites de notre système démocratique actuel. Je pense qu’il y a un travail, une avancée, une belle avancée d’ailleurs, qu’on a eu. Le fait d’avoir des gens qui viennent de différents bords politiques, c’est déjà un bel exercice de démocratie, entre nous.

La caravane va forcément s’achever. Des projets, des perspectives pour ReFLet?

La caravane va s’achever avec un concours des meilleurs activités génératrices de revenus qui seront présentées par les bénéficiaires du projet. Et notre partenaire a accepté de mettre en place une bourse pour subventionner quelques dizaines de projets à travers les provinces qui auront été sillonnées. La suite pour le ReFLet c’est de continuer notre travail parce que ce n’est pas en une caravane de deux ans qu’on règle les problèmes de développement des femmes, de contribution de la femme à la vie publique ; qu’on règle les questions de démocratie. Nous continuons toujours dans notre champ d’intervention par la sensibilisation, l’éducation citoyenne, la promotion de la justice, de la démocratie. C’est le rôle des associations.

 
GR
 

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