Gabon : Les Auxiliaires de sécurité en milieu scolaire (ASS) réclament six mois d’indemnités impayées
À cause d’une situation sociale et administrative qu’ils jugent intenable, les Auxiliaires de sécurité en milieu scolaire (ASS) du Gabon, dont la mission est cruciale dans la lutte contre les violences en milieu éducatif, ont manifesté leur mécontentement, ce lundi 13 octobre 2025 à Libreville. Ces agents, dont le rôle a été officiellement institutionnalisé en novembre 2020, déplorent six mois d’arriérés d’indemnités, un statut flou et l’absence de couverture sociale.

Des ASS en pleine manifestation, le 13 octobre 2025, à Libreville. © GabonReview
Ce lundi 13 octobre, à l’ancien ministère de l’Éducation nationale à Libreville, les Auxiliaires de sécurité en milieu scolaire (ASS), ont organisé un mouvement d’humeur pour réclamer le paiement immédiat de l’intégralité des arriérés qui datent de plus de cinq mois déjà, mais aussi sur la nécessité d’une clarification définitive de leur statut. Pour rappel, l’initiative des ASS, née des Associations de parents d’élèves (APE) en 2018, avait été remarquée pour son efficacité. En novembre 2020, sous le ministre, Patrick Mouguiama-Daouda, le dispositif de sécurité scolaire a été mis en place, promettant, après une période d’essai de six mois, une revalorisation des indemnités, l’obtention d’un statut, et l’accès à une couverture sociale (Cnamgs, Cnss, etc.).
Cependant, de 2020 à 2025, la situation n’a pas évolué. Les agents sont payés sous forme d’indemnités de 150 000 FCFA, versées de manière irrégulière. Le manque de statut est criant, d’après le représentant des ASS, Wilfrid Mbimbiangoye. On note l’absence de statuts officiels, une couverture sociale inexistante, une accumulation d’arriérés et surtout, le plus déplaisant, le silence des autorités. «Depuis 2020, les choses n’ont pas bougé. Les choses n’ont pas changé, les choses n’ont pas évolué. On n’a pas de statut. On n’a pas de couverture sociale. On n’a pas de prise en charge », a déploré le représentant des ASS.

La banderole de protestation des ASS. © GabonReview
En outre, ces agents ne savent pas s’ils sont des employés permanents ou s’ils continueront dans leurs fonctions. À côté de ça, ils n’ont ni Cnamgs, ni assurance. En cas d’agression ou de blessure par les élèves, la prise en charge est assurée par leurs propres moyens. Le manque de soutien du ministère est également dénoncé. Le cas de collègues décédés pour lesquels «on n’a jamais même vu la gerbe de fleurs du ministère», a déclaré W.M. Le renouvellement du statut et le départ des policiers retraités, venus initialement pour l’encadrement, devaient être réglés à la rentrée, mais n’ont pas eu lieu. Les ASS ont donc été contraints d’observer un mouvement d’humeur après avoir déposé un préavis de grève le 1er octobre 2025, auprès du Secrétariat général du ministère de l’Éducation nationale et du DCRH.
Les démarches auprès des autorités n’ont pas abouti
D’après le représentant des ASS, le Trésor aurait d’abord évoqué les examens comme priorité, puis aurait déclaré que «les caisses sont vides», proposant uniquement le paiement de deux mois d’arriérés sur six, ce que les agents refusent, car ils estiment que cela ne serait pas la solution. «Sur cinq mois, on nous parle de deux mois avant de nous payer. On lui a fait comprendre que, si vous donnez deux mois, ça résout le problème de qui ? On ne peut pas faire un pas en avant et reculer de deux, à trois pas derrière. Et là, on a dit que trop, c’est trop», fustige-t-il.
Il souligne également que le Secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale aurait refusé de les rencontrer malgré leurs demandes d’audience et leurs correspondances. Les agents se plaignent d’un manque total de communication et dénoncent des «tentatives d’influence et de menace» via les points focaux ou les chefs d’établissement.
Des conséquences sociales dramatiques

Le représentant des ASS (sac en bandoulière) et ses collègues en pleine discussion. © GabonReview
Les conséquences de ces impayés sont dramatiques pour les agents et leurs familles. Les ASS affirment : «Nos foyers sont brisés, les femmes partent. Des enfants de nombreux collègues n’ont pas pu être scolarisés à la rentrée faute de moyens». On y voit là, la dignité des pères et mères de famille bafouée : «On ne va pas rester là dans une activité où on devient des mendiants. Notre dignité est bafouée», ont-ils dénoncé. De plus, la bancarisation des indemnités aggrave leur situation. En effet, les banques prélèvent des «frais» sur les montants versés après plusieurs mois de retard, et cela réduit encore le faible revenu à savoir les 150 000 FCFA des agents, qui ne perçoivent souvent qu’environ 120 000 FCFA à la fin.
Les Auxiliaires de sécurité en milieu scolaire ont lancé un appel au gouvernement et au ministère pour qu’une réunion s’organise et qu’une solution pérenne soit trouvée : «Qu’ils nous disent s’ils ne veulent pas de nous. La loi est claire. Il n’y a pas de bénévolat. L’ouvrier mérite son salaire». Leur exigence est claire : le paiement immédiat de l’intégralité des arriérés et une clarification définitive de leur statut.
Thécia Nyomba (Stagiaire)













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