Jinhua, vitrine du modèle chinois pour les journalistes gabonais : entre fascination et questions
Du 17 au 21 novembre 2025, l’ambassade de Chine au Gabon a organisé un voyage de presse à Jinhua, dans la province du Zhejiang, pour un groupe de journalistes et blogueurs gabonais. Entre visite d’universités, d’entreprises high-tech, de sites patrimoniaux et du géant commercial Yiwu, ce périple offre un aperçu du « miracle chinois » que Pékin souhaite partager avec l’Afrique. Mais au-delà de la vitrine, quelles leçons le Gabon peut-il tirer de ce modèle ? Et surtout, ce développement est-il transposable aux réalités gabonaises ?

Du 17 au 21 novembre 2025, l’ambassade de Chine au Gabon a organisé un voyage de presse à Jinhua, dans la province du Zhejiang, pour un groupe de journalistes et blogueurs gabonais.© GabonReview
Dans le cadre du renforcement des liens de coopération entre le Gabon et la Chine, l’ambassade de Chine au Gabon a offert sur la période d’une semaine, à dix journalistes dont un de Gabonreview et deux blogueurs, une excursion à Jinhua, dans la province du Zhejiang. Ce voyage de presse s’inscrit dans une stratégie chinoise bien rodée de diplomatie publique : inviter des influenceurs d’opinion africains pour façonner une image positive de la Chine sur le continent.
La province du Zhejiang, dont Jinhua est l’une des villes principales, est régulièrement présentée comme un modèle de développement équilibré, conjuguant innovation technologique, prospérité économique et préservation culturelle. Le programme proposé aux journalistes gabonais reflète cette ambition : de l’Institut d’études africaines de l’Université normale de Zhejiang au Bâtiment Sino-africain de Yiwu, en passant par la ferme internationale de Porcs-Panda et l’entreprise automobile Leapmotor, chaque étape illustre une facette du projet chinois pour l’Afrique.

Entre visite d’universités, d’entreprises high-tech, de sites patrimoniaux et du géant commercial Yiwu, ce périple offre un aperçu du « miracle chinois » que Pékin souhaite partager avec l’Afrique. © GabonReview
L’accent mis sur l’éducation et la recherche témoigne d’une volonté chinoise d’investir dans la compréhension de l’Afrique et la formation de sa jeunesse. La visite de l’Institut d’études africaines et de l’Université professionnelle et technique de Jinhua révèle un pan méconnu de la coopération sino-africaine : le transfert de compétences et les échanges académiques. Pour le Gabon, confronté aux défis de qualification de sa main-d’œuvre, ces modèles de formation technique pourraient inspirer une refonte de son système d’enseignement professionnel. Mais la question demeure : ces partenariats éducatifs forment-ils réellement des cadres adaptés aux besoins africains, ou servent-ils d’abord les intérêts économiques chinois sur le continent ?
Sur le plan économique, deux visites interrogent particulièrement. Celle de la ferme de Porcs-Panda, modèle d’élevage industriel moderne, pose la question du transfert de technologies agricoles vers le Gabon, pays qui importe encore massivement ses denrées alimentaires. Celle de Leapmotor, fabricant de véhicules électriques, ouvre des perspectives sur la transition énergétique, dans un Gabon encore dépendant du pétrole. La visite du pôle d’innovation du lac Jinyi et de la « ceinture de prospérité partagée » Baxian Jidao illustre le concept chinois de croissance inclusive, censé réduire les inégalités régionales. Un modèle séduisant sur le papier, mais dont l’application dans un contexte gabonais, marqué par la concentration des richesses à Libreville et la faiblesse des infrastructures provinciales, soulève de nombreuses interrogations sur sa faisabilité.
Le cœur commercial du voyage se situe à Yiwu, présenté comme le plus grand marché de gros du monde et porte d’entrée privilégiée pour les commerçants africains en Chine. La visite du centre mondial de commerce numérique et du Bâtiment Sino-africain révèle l’ampleur des opportunités commerciales, mais aussi les déséquilibres structurels : la Chine exporte massivement vers l’Afrique des produits manufacturés, tandis que le continent peine à diversifier ses exportations au-delà des matières premières.
Pour le Gabon, dont la balance commerciale avec la Chine reste largement déficitaire, la question est moins d’accéder au marché chinois que de valoriser ses ressources et de développer une industrie locale capable de substituer aux importations chinoises.
Au-delà de l’émerveillement légitime devant les réalisations chinoises, ce voyage invite à une réflexion critique sur la coopération sino-gabonaise. Le modèle de développement chinois, fondé sur un État fort, une planification centralisée et des investissements massifs dans les infrastructures, peut-il inspirer le Gabon sans reproduire les écueils de l’endettement observés ailleurs en Afrique ?
















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