La jeunesse, première richesse d’un patrimoine à bâtir
À l’heure où le Gabon entend faire de son patrimoine naturel un levier de croissance, une question s’impose : qui transformera les ambitions de l’économie verte, de la transition énergétique et de la protection de la biodiversité en réalités ? En croisant le discours à la Nation du 16 août et les orientations du Plan national de croissance et de développement 2026-2030, Adrien Wany NKoghe-Mba* trace une ligne claire, celle qui va du diplôme à la responsabilité, et fait de la jeunesse non pas un slogan du 17 août, mais un chantier de chaque jour ; une jeunesse appelée non seulement à hériter des richesses du pays, mais surtout à apprendre à les préserver, les valoriser et en créer de nouvelles.

Le patrimoine naturel du pays «se protège d’autant mieux qu’on donne à ceux qui vont en hériter les moyens d’en vivre, d’y travailler, d’y inventer quelque chose». © GabonReview
Le 16 août dernier, en fin d’après-midi, je m’installe devant l’écran pour suivre l’adresse à la nation du Chef de l’Etat. Dehors, la ville s’anime déjà des préparatifs du 17 août, drapeaux aux fenêtres, guirlandes vert-jaune-bleu tendues d’un balcon à l’autre. Et dans cette atmosphère de célébrations, une phrase du Président Brice Clotaire Oligui Nguema, prononcée d’une voix posée, vient s’accrocher quelque part dans ma tête : « Je suis profondément convaincu que notre première richesse demeure notre jeunesse. »
Je m’arrête. Ce soir-là, je viens de refermer un autre document, plus dense : le Plan National de Croissance et de Développement 2026-2030, et son chapitre consacré au patrimoine naturel préservé et valorisé. Économie verte. Forêts et biodiversité. Déchets urbains. Transition énergétique. Adaptation climatique. Diplomatie climatique. Des objectifs précis, ambitieux. Et la phrase du Président vient leur donner un visage. Je comprends ce qu’ils attendaient pour prendre tout leur sens.
Marcher dans le plan
Alors je fais l’exercice. Je reprends les priorités du plan, l’une après l’autre, et j’essaie de marcher dedans, d’y mettre quelqu’un. « Nouvelles sources de revenus durables » : je pense à ces jeunes qui, à Loango ou ailleurs, transforment des déchets plastiques en objets vendables, qui font de l’écotourisme un métier plutôt qu’un slogan. « Capital naturel mieux protégé et valorisé » : je pense à ceux qui, dans une salle de classe qui porte le nom d’un parc national, apprennent à parler de la forêt non comme d’un décor mais comme d’un patrimoine dont ils sont responsables. « Pollution réduite, emplois verts créés » : je pense à ceux qui, chaque jour, retournent le regard qu’on porte sur un déchet et y voient une ressource.
Chacune de ces lignes, en somme, ne prend chair que si quelqu’un s’en empare. Et ce quelqu’un, dans ce pays qui compte tant de moins de vingt-cinq ans, c’est presque toujours un jeune.
Le diplôme, une porte qu’on pousse
Deux jours plus tard, je retombe sur une autre citation du même discours, celle-là adressée directement aux jeunes diplômés : « Vous êtes le visage du Gabon de demain. Mais votre diplôme n’est pas une fin en soi. Il est le commencement d’une responsabilité : celle d’apprendre, de créer, de bâtir et de servir la nation. »
Je la lis et je repense aux priorités que je viens de parcourir. Car cette phrase, en réalité, c’est la clé qui les ouvre toutes. La transition énergétique a besoin d’ingénieurs qui sortent tout juste d’un amphithéâtre. La diplomatie climatique a besoin de juristes et de négociateurs qui n’ont pas encore vingt-cinq ans de carrière mais qui ont l’énergie d’apprendre vite. L’économie verte a besoin d’entrepreneurs qui n’attendent pas d’avoir tout compris avant de se lancer. Le diplôme n’est jamais l’aboutissement d’un programme du PNCD ; il n’en est que le premier geste.
Ce que je retiens, en refermant les deux textes
Je referme le discours et le PNCD côte à côte, et une conviction s’installe en moi : ce patrimoine naturel se protège d’autant mieux qu’on donne à ceux qui vont en hériter les moyens d’en vivre, d’y travailler, d’y inventer quelque chose. La forêt gabonaise, la biodiversité de Pongara ou de la Lopé, les crédits carbone qu’on négocie à l’international – tout cela prend sa pleine mesure lorsqu’une génération s’en saisit comme d’un métier, d’une vocation, d’un projet de vie.
C’est peut-être cela, au fond, que rappelait le Président : la première richesse du Gabon n’est pas seulement dans ses forêts. Elle est dans ceux qui sauront les faire fructifier. Et cette responsabilité-là, on ne la confie pas un 17 août ; on la construit, patiemment, une génération à la fois, en donnant à chaque jeune diplômé une raison concrète de se dire : ce patrimoine, c’est aussi le mien à bâtir.
À la semaine prochaine.
*Président de l’Institut Léon MBA
















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