HABANA

De la naissance de l’ONU à nos jours, le point sur la représentation des Etats africains au Conseil de sécurité avec Emmanuel Mba Allo, diplomate, ancien porte-parole du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération, et aussi journaliste avant son entrée en diplomatie.

44 Etats africains (sur 54) ont déjà été élus membres non permanents du Conseil de sécurité. © hnet.be

 

Emmanuel Mba Allo. © Image personnelle

Répondant mercredi 6 janvier aux vœux des membres du Corps diplomatique, le président de la République, Ali Bongo Ondimba, a saisi cette occasion pour les informer de la candidature du Gabon à un siège de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies pour la période 2022-2023. Cette annonce est l’occasion de faire le point sur la représentation des Etats africains au Conseil de sécurité, de la naissance de l’ONU à nos jours.

Selon la charte de l’ONU, élaborée en 1945 à San Francisco par les alliés vainqueurs de la Seconde guerre mondiale, le Conseil de sécurité a la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Le déséquilibre de sa composition a souvent suscité des critiques. Cinq Etats ont non seulement le droit d’y siéger en permanence, mais ils y disposent aussi d’un droit de veto. Ce sont la Chine, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et la Russie. Les dix autres Etats membres, appelés membres non permanents, sont élus pour deux ans, à tour de rôle. L’Assemblée générale les renouvelle pour moitié chaque année, en tenant compte de la répartition géographique équitable.

Au moment de sa création, en octobre 1945, l’Organisation des Nations Unies comptait 51 membres originaires dont seulement quatre africains, à savoir l’Egypte, l’Ethiopie, le Libéria et l’Union Sud-Africaine. Mais entre 1955 et 1963, par suite de l’accélération du mouvement de décolonisation, l’ONU enregistrera l’entrée de 31 nouveaux Etats d’Afrique. A tel point qu’à eux seuls en 1963, anciens et nouveaux membres africains représentaient 30,9% des effectifs de l’Organisation mondiale, regroupant alors 113 pays. L’ONU regroupe aujourd’hui 193 pays dont 54 africains.

Or, paradoxalement, alors que tous les autres continents étaient officiellement représentés au Conseil de sécurité, l’Afrique, elle, n’y disposait d’aucun siège statutairement réservé. Certes, des Etats africains tels que l’Egypte, la Tunisie, le Libéria, etc., avaient déjà été élus au Conseil, mais les sièges qu’ils avaient successivement occupés ne leur étaient pas institutionnellement destinés. En effet, c’est à la suite, semble-t-il, d’une entente dégagée au sein du Groupe afro-asiatique que ces sièges, en principe réservés au Commonwealth et au Moyen-Orient, avaient été attribués à l’Afrique.

C’est pourquoi, avec l’appui des pays asiatiques, les Etats du continent africain n’eurent de cesse d’obtenir en leur faveur un réaménagement de la composition du Conseil de sécurité. Ils eurent finalement gain de cause, en 1963, et le nombre des sièges de membres non permanents fut porté de six à dix, répartis comme suit :

  • cinq sièges pour l’Afrique et l’Asie,
  • deux sièges pour l’Amérique,
  • deux sièges pour les Etats d’Europe occidentale et autres Etats
  • et un siège pour les Etats d’Europe orientale.

Cette réforme, entrée en vigueur en août 1965, permit donc à l’Afrique de disposer désormais en propre de trois sièges non permanents, en vertu d’un accord de partage équitable conclu avec les pays asiatiques auxquels revinrent les deux autres places. Cependant, ce n’est que le 1er janvier 1966 que les nouveaux sièges furent effectivement occupés par le Mali, le Nigéria et l’Ouganda.

Comment l’Afrique, grande bénéficiaire du réaménagement de la composition du Conseil de sécurité, se partage-t-elle les trois sièges qui lui sont attribués ?

Tout Etat africain souhaitant devenir membre non permanent du Conseil de sécurité est impérativement tenu de faire avaliser au préalable sa candidature par son groupe géographique d’appartenance. Mais, avant d’obtenir cet aval, l’Etat postulant doit affronter une procédure de sélection au sein de son groupe. Car les candidatures sont souvent nombreuses à l’intérieur d’une même région, alors que les places disponibles sont rares.

Le Groupe africain, pour sa part, a dès le 12 mai 1964, c’est-à-dire un an après sa création officielle, mis sur pied un Comité des candidatures. La mission confiée à ce Comité consiste, pour chaque session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies, à établir la liste de tous les postes, y compris ceux du Conseil de sécurité, réservés à l’Afrique à l’ONU. Par ailleurs, cet organe est chargé de recueillir toutes les candidatures et, éventuellement, d’arbitrer, sous le contrôle du Groupe africain, les conflits entre les différents concurrents.

De ce fait, le Comité des candidatures et le Groupe africain à l’ONU dans son ensemble fonctionnent sous la dépendance du Conseil des ministres de l’Union Africaine.

Force est donc de constater que c’est en réalité le Groupe africain, en liaison institutionnelle avec l’Union Africaine, qui décide, en dernier ressort, de la candidature de tel ou tel Etat du continent africain à un poste dans un organe de l’ONU et, particulièrement au Conseil de sécurité. Décision prise toutefois sur la base de deux critères principaux : la rotation et la répartition géographique intra-africaine équitable. Il est bien entendu que pour occuper l’un des trois sièges réservés à l’Afrique au Conseil de sécurité, l’Etat candidat doit d’abord satisfaire à des conditions d’éligibilité qui sont au nombre de quatre : 1) être membre, originaire ou non, de l’ONU, 2) ne pas être un membre immédiatement sortant, 3) « la contribution » que l’Etat postulant apporte « au maintien de la paix et de la sécurité internationales et aux autres fins de l’Organisation » et 4) « une répartition géographique équitable » dans la composition du Conseil de sécurité. Il doit, ensuite, se soumettre à la procédure électorale qui implique l’intervention de l’Assemblée générale. Pour être élu, l’Etat candidat doit recueillir une majorité des deux tiers des membres de l’ONU présents et votants (article 18 de la Charte de l’ONU).

En vue de permettre une bonne application du critère d’équilibre géographique, le Groupe africain à l’ONU avait, entre 1966 et 1976, divisé l’Afrique en quatre grandes région, à savoir : l’Ouest, l’Est, le Centre et le Nord. Mais, en 1977, une cinquième région, le Sud, fut créée. Chacune de ces zones comprend un certain nombre d’Etats.

Aujourd’hui, sur 54 Etats africains membres des Nations Unies, l’Ouest compte 16 Etats, le Centre 7, le Nord 5, le Sud 11, tandis que l’Est se trouve doté de 15 Etats.

Pour se partager les trois sièges, il est prévu que seul l’Ouest (comptant le plus grand nombre d’Etats) doit continuer à avoir la priorité, notamment au Conseil de sécurité. C’est pourquoi, il s’y trouve toujours représenté. Quant aux autres régions, le Centre doit siéger en alternance avec le Nord et l’Est avec le Sud.

C’est pourquoi, concernant le mouvement d’alternance entre le Nord et le Centre, par exemple, lorsque le Maroc, membre du Conseil, en 1992-1993, aucun Etat du Centre n’en faisait partie. C’est pour la même raison qu’en 1994-1995, l’alternance joua au contraire en faveur d’un Etat du Centre, à savoir le Rwanda (qui a quitté la région du Centre pour celle de l’Est), remplacé lui-même, deux ans plus tard, par l’Egypte. A ce pays succéda, en 1998-1999, le Gabon dont la fin du mandat vit l’élection de la Tunisie pour 2000-2001. A partir de 2002, le Cameroun, un Etat du centre, prit à son tour la relève.

L’on peut observer le même mouvement d’alternance entre l’Est et le Sud. En effet, au Botswana (Etat du Sud) siégeant en 1995-1996, succédera le Kenya (Etat de l’Est) en 1997-1998, lui-même remplacé par la Namibie (Etat du Sud) en 1999-2000. Au terme de son mandat, cet Etat s’effacera au profit de Maurice (Etat de l’Est). En 2003, enfin, l’alternance a joué en faveur de l’Angola (Etat du Sud).

Chaque année, au Conseil de sécurité, les membres non permanents sont renouvelés pour moitié par l’Assemblée générale qui, au cours de sa session ordinaire, choisit cinq membres non permanents remplissant les critères d’éligibilité et élus pour un mandat de deux ans. Parmi les membres ainsi choisis figure toujours au moins un Etat africain.

Le Kenya a été élu en 2020 au Conseil de sécurité. En 2021, l’Afrique est représentée au Conseil de sécurité par le Niger (Etat de l’Ouest), le Kenya (Etat de l’Est) et la Tunisie (Etat du Nord). Au terme de son mandat le 31 décembre 2021, cet Etat sera remplacé par un Etat du Centre pour la période 2022-2023.

L’alternance pourrait jouer en faveur du Gabon, Etat du Centre, candidat pour un siège non permanent au Conseil de sécurité.

Jusqu’à présent, les règles du jeu pour accéder à l’organe aristocratique de l’ONU ont été respectées dans leur ensemble. Ainsi, depuis l’attribution de trois sièges à l’Afrique au Conseil de sécurité, 44 Etats africains (sur 54) ont déjà été élus membres non permanents du Conseil de sécurité. Les records de participation reviennent à l’Egypte (5 fois), au Nigéria (5 fois) et à la Tunisie (4 fois). Et ceux qui n’ont pas encore bénéficié de cet honneur (une dizaine) sont assurés d’être élus tôt ou tard grâce à l’application du principe de rotation.

Emmanuel MBA ALLO

Ancien Ambassadeur du Gabon auprès des Nations Unies à New-York, puis à Genève et à Vienne

 
GR
 

1 Commentaire

  1. Fiacre dit :

    Même si le Gabon est représenté, c’est la francafrique qui décidera. Ainsi va le 102ème département français. Lol !

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