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Décédé le 23 décembre dernier, Patrick Nguéma Ndong, «la personnalité la plus populaire de l’histoire d’Africa N°1», selon le mot du directeur général d’Africa Radio, était un féru de spiritualité et sciences occultes africaines. Au début de la décennie 2000, il animait une chronique dans un magazine gratuit de Libreville, Le Mond’1, aujourd’hui disparu. Gabonreview a retrouvé certaines de ces chroniques dont la toute première était une présentation sommaire du phénomène du «vol de chance». L’intégralité du texte tel que publié en juin 2003.  

© Médaillon pris sur Facebook/Eugenie.Diecky

 

II existe une activité dans laquelle le sorcier excelle : le «vol de chance». «La chance» d’un individu donné peut être assimilée à une vibration de haute énergie ; c’est la raison pour laquelle bien des occultistes la désignent par le vocable Ô combien évocateur de «chance-énergie». Un homme «chanceux» rayonne d’une énergie positive qui aplani ses difficultés et lui ouvre bien des portes «sans effort apparent». On dit de lui qu’il est un homme brillant et c’est vrai ; mystiquement «il brille» comme une lampe.

Le sorcier qui a des yeux pour voir l’invisible voit «briller l’aura de cet homme brillant». La chance-énergie brille et elle attire la convoitise du sorcier qui va essayer de voler ou plutôt de détourner cette «chance-énergie». Le sorcier ne veut pas faire l’effort nécessaire (l’effort est un sacrifice) pour atteindre ses buts. Alors, il préfère «voler» ou «détourner» la chance-énergie de quelqu’un d’autre. Qui n’a pas vécu ce genre de situation effarante, démoralisante et inexplicable en apparence ? Un individu fait des efforts intenses dans un but donné : examen à passer ou recherche d’un travail par exemple. Il a soigneusement déposer les dossiers requis, l’employeur a presque accepté de l’embaucher et voilà qu’à la dernière minute, il choisit quelqu’un de beaucoup moins valable. Souvent, à ce stade de la négociation, on constate que l’employeur semble avoir agi comme sous l’effet d’une hypnose. Il ne peut jamais expliquer rationnellement les raisons de son nouveau choix. Explication : après manipulation sorcière, un sorcier a volé «la chance» de l’individu A pour la transférer sur l’individu B.

Mais, quelle est donc la technique utilisée lors du vol de chance ?

Il est important de rappeler auparavant que la chance doit être considérée comme une «forme d’énergie» (invisible, comme l’électricité mais néanmoins réelle). «Le transfert énergétique» ou détournement de chance entre le corps de l’individu saint (A) et le nullard (B), soutenu par le sorcier, peut être le résultat de plusieurs techniques :

Première technique : L’imitation tactique ou impersonnification C’est une technique simple par laquelle le sorcier essaie de ressembler physiquement à sa victime afin que la chance-énergie de la victime le confonde avec le corps de cette victime et donc vienne se coller à lui. La chance-énergie peut être vue comme un égrégore, une sorte de robot astral ; elle est plus ou moins consciente et de fait peut faire des confusions et des erreurs. Le sorcier joue sur cette possibilité de confusion d’autant plus grande que l’esprit de la victime endormie (pour un initié, le non-initié dort même à l’état de veille). Exemple : La victime va faire sa demande d’embauche en veste rouge. Le sorcier va lui aussi venir postuler en veste rouge (il essaie ainsi d’induire la chance-énergie de sa victime en erreur) et de se faire passer énergétiquement pour la victime. Si le sorcier voleur de chance ne ressemble pas physiquement à la victime, il va à distance manipuler le corps d’un individu présentant des commonalités physiques avec la victime et essayer de pomper sa chance via cette personne ressemblante.

Bien sûr, il y en a qui vont rire de cette stratégie qui pourrait paraître enfantine et naïve. Pour l’esprit, le monde est un gigantesque symbole. Tout est symbole : le drapeau d’un pays symbolise ce pays. Lors de rituels magiques, le mage porte des couleurs qui sont autant de symboles et de signes pour ceux de l’invisible. Le robot astral constitué d’énergie vitale et ancestrale d’une personne agit souvent comme une simple machine qu’on peut facilement tromper. Seuls les grands initiés contrôlent consciemment à leur «chance-énergie». Le sorcier peut même aller plus loin dans le mimétisme : il fera tout pour manger la même nourriture que la victime le jour de sa demande d’embauche, même s’il doit inviter la victime au restaurant. Par la nourriture, il espère capter facilement les pensées de l’autre. Il va sans dire que le vol de chance est un crime lourdement sanctionné par les tribunaux du monde invisible, surtout s’il entraîne la mort de la victime.

Deuxième technique : la substitution nominale

Parfois, pour un sorcier hautement maléfique, il ne s’agit plus de voler un peu de chance à la victime, mais aussi sa santé, sa richesse et voire «sa vie». Le sorcier tueur «joue à Dieu» «il donne le nom». Exemple : Fifion Ribana, un sorcier notoire décide de faire mourir le fils d’un notable de la ville dont il a repéré l’étoile. Etant trop vieux, il ne peut l’approcher pour le tuer. Il s’arrange donc avec le père de la victime pour trouver une faille par laquelle il passera son fusil nocturne.

La mort doit être vue comme un accident ou une maladie. Entre temps, pour récupérer la chance du futur mort, il donne le nom du futur mort à un de ses enfants (substitution sonique). Fifion va tuer la victime grâce à la brèche ouverte par le père sorcier de la victime et l’énergie de la victime libérée dans l’espace lors de la mort va revenir vers le fils Fifion qui n’est qu’un récipient, c’est le nom qui compte. En cas d’échec, c’est le fils de Fifion qui va mourir.

Le vol de chance constitue la base et même la pierre angulaire de la sorcellerie maléfique.

Patrick Nguema Ndong

 
GR
 

2 Commentaires

  1. Fille dit :

    « Parfois, pour un sorcier hautement maléfique, il ne s’agit plus de voler un peu de chance à la victime, mais aussi sa santé, sa richesse et voire «sa vie». Le sorcier tueur «joue à Dieu» «il donne le nom». Exemple : Fifion Ribana, un sorcier notoire décide de faire mourir le fils d’un notable de la ville dont il a repéré l’étoile. Etant trop vieux, il ne peut l’approcher pour le tuer. Il s’arrange donc avec le père de la victime pour trouver une faille par laquelle il passera son fusil nocturne.

    La mort doit être vue comme un accident ou une maladie. Entre temps, pour récupérer la chance du futur mort, il donne le nom du futur mort à un de ses enfants (substitution sonique). Fifion va tuer la victime grâce à la brèche ouverte par le père sorcier de la victime et l’énergie de la victime libérée dans l’espace lors de la mort va revenir vers le fils Fifion qui n’est qu’un récipient, c’est le nom qui compte. En cas d’échec, c’est le fils de Fifion qui va mourir.

    Le vol de chance constitue la base et même la pierre angulaire de la sorcellerie maléfique. »

    Bah voyons, et le Dieu-Créateur-Universel dans tout ça ? Je ne parle pas de jésus ni de tout autre dogme érigé. J’aimais bien les histoires à faire peur de Patrick dont je me rappelle également la gentillesse et la joie de vivre, mais il était dans la fiction pure et simple. Sous d’autres il aurait été reconnu et ses histoires scénarisés pas pour faire peur mais pour démontrer et soigner les origines de nos peurs ancestrales qui nous empêchent encore aujourd’hui d’avancer. Mais vu nos croyances justement ancestrales et encore bien encrées, en l’écoutant nous nous sommes bien installées dans ce que nous savons faire le mieux : le raccourci, la paresse intellectuelle oblige. Car enfin tout de même, comment le Créateur sensé être tout puissant et juste aurait donné le pouvoir à certains de disposer de la vie des autres à l’insu de leur plein gré ? Faut arrêter de perturber la masse, les églises sont déjà pleines et c’est très arrangeant pour certains.

  2. Léandre Ndambo dit :

    Excellente reconstitution des récits de notre sacré Patrick Nguema Ndong. Vivement qu’il soit immortalisé dans notre paysage audio visuel.Bravo messieurs les rédacteurs, encore une fois, merci !

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