HABANA

Le Professeur Lee White, Secrétaire exécutif de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) du Gabon, Gabonais d’origine Britannique, travaille depuis 22 ans dans le domaine des aires protégées.

22 ans déjà que le Pr Lee White traine ses pataugas dans la futaie gabonaise. L’homme a un parcours qui l’a mené de l’Ouganda au Gabon en passant par le Nigeria et les différentes universités anglosaxones. La gestion et le développement du réseau des 13 parcs nationaux lui a été confiée depuis octobre 2009. Il parle du somment de Copenhague, de la taxe carbone, du WCS, du développement des parcs nationaux et du tourisme au Gabon.

La nomination du Pr Lee White, le 21 octobre 2009, au poste de Secrétaire exécutif de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) du Gabon avait fortement été controversée. L’homme, qui souffrait sans doute alors du fait d’être expatrié, de surcroît Européen, affirme pourtant : “Je suis Gabonais d’origine Britannique, j’ai une double nationalité anglaise britannique et gabonaise.”

Ce scientifique devenu administrateur est pourtant beaucoup plus africain qu’on ne pourrait le laisser croire son nez fin et droit. “J’ai grandi en Ouganda. J’étais à l’école primaire avec les enfants d’Idi Amine avant d’aller à Manchester en grande Bretagne pour mes études secondaires. Après j’ai travaillé à Orléans. J’ai fait une étude sur l’hippopotame en forêt pygmée. Après ma licence à l’Université de Londres, j’ai travaillé au Nigeria où j’ai participé dans la création de deux parcs nationaux. J’ai ensuite fais un doctorat à l’université d’Ambon en Écosse. Il portait sur l’impact de l’exploitation forestière sur l’écosystème forestier, les animaux et les plantes. Au début j’étais un biologiste qui bossait sur les grands mammifères (éléphants, gorilles, chimpanzés, hippopotames, etc.) et pendant ma thèse je suis devenu botaniste en travaillant quelques années sur la flore, surtout sur l’histoire de la forêt, plus précisément les 100 dernières années de l’histoire de la forêt gabonaise et africaine. Pendant que je travaillais sur la botanique j’ai rencontré des archéologues et je suis devenu un peu archéologie parce qu’on ne peut pas comprendre l’histoire de la forêt sans comprendre l’histoire de l’homme ou des ancêtres de l’homme qui existent au Gabon depuis au moins 400 mille ans et qui maîtrisaient le feu depuis plus de 400 mille ans à l’âge du fer. Ils on cultivé un peu partout et ont eu un n’impact sur la forêt beaucoup plus important qu’on ne pense.”

Pas très grand ni particulièrement costaud, Lee White est résolument une grande figure du milieu de la conservation au Gabon et il aura marqué de sa présence tout le processus de mise en place des parcs nationaux du Gabon, pays où il travaille depuis 22 ans dans le domaine des aires protégées. Son expertise pour ce qui est de la biologie et donc de l’étude de la biodiversité font autorité. Il a publié près d’une centaine d’articles scientifiques et plusieurs livres, notamment “Conservation en forêt pluviale africaine : Méthode de recherches”.

Éléphants de forêt (Assalas) au Gabon

En 1992, Lee White fait venir le Wildlife Conservation Society (WSC) au Gabon qu’il dirige 15 ans durant. Dès l’année 2000, il se montre très actif dans la planification de la conservation. Il coordonne les inventaires qui ont abouti à la recommandation, acceptée par feu Omar Bongo, de créer les parcs nationaux. Il se retrouve ensuite au ministère de l’Environnement avec l’équipe chargée du changement climatique. Le pays préparait alors sa participation au sommet de Copenhague auquel Lee White avait pris part. Il se souvient : “Copenhague était pour moi un moment unique. C’était la première fois dans l’histoire du monde, que toute une planète se focalise sur la question de l’environnement. Elle est devenue une question politique avec les 110 chefs d’État qui étaient sur place et des milliards de personnes qui suivaient cela à la télé. Pour moi, les résultats de Copenhague ont été beaucoup plus positifs qu’on en attendait. Nous avons vu pour la première fois à Copenhague l’engagement personnel de beaucoup de chefs d’État, y compris Ali Bongo Ondimba. Il y avait un petit cercle dans une salle où il y avait 25 chefs d’États qui ont négocié l’accord de Copenhague, le Gabon était à l’intérieur et il a joué un rôle important. Cet accord de Copenhague est en train d’être discuté avec l’idée qu’on va trouver un accord plus fort au Mexique en fin d’année en 2010.”

Avant sa nomination à l’ANPN, Lee White était en effet largement impliqué dans un projet qui étudiait le rôle de la forêt gabonaise dans le stockage du gaz carbonique (CO2) et les dividendes que pouvait en tirer le Gabon quant au mécanisme de financement de la réduction des émissions de carbone forestier dans les pays en développement (REDD) que l’on a vulgairement appelé “Taxe carbone” et quant à laquelle Lee White recadre les choses, avec son accent et ses tournures de phrases résolument british : “Pour l’instant les forêts tropicales ne sont qualifiées dans aucun marché, et lorsque le président Sarkozy avait parlé de 13 euros la tonne, c’était pour la France. Pas pour nous. Cela concerne les pays d’annexe1, les pays développés. Le marché de carbone dans les pays développés dépasse 100 milliards. C’est énorme. C’est l’un des plus grands marchés qui existe sur la planète. Mais à cause des négociations à Kyoto, nos forêts tropicales et nos pays en voie de développement n’ont pas été qualifiés. Au moins à Copenhague on eu un premier engagement des pays développés à mettre 5 milliards de dollars, soit à peu près 3000 milliards de francs CFA sur la table. Pas en tant que marché de carbone mais pour booster le marché du carbone forestier. Il y a eu quand même une évolution, une reconnaissance du rôle des forêts tropicales, une reconnaissance de la bonne gouvernance environnementale que certains pays comme le Gabon ont mis en place. Et on va vers un marché de carbone qui va nous aider à aller plus loin dans notre démarche de gestion durable et de préservation de la forêt. Il y a peu d’espoir que nous ayons un vrai marché égal avant 2018 dans le cycle de négociation. Mais cela ne veut pas dire que le Gabon ne peut pas bénéficier de ce futur marché assez rapidement. Des discussions sont en cours pour pouvoir valoriser la forêt gabonaise et certaines banques (Paribas, Deutch Bank) sont prêtes à mettre sur la table non pas 13 euros par tonne mais peut-être 5 euros. Les discussions sont en cours, mais on va voir si on peut encore les concrétiser. J’ai quand même l’espoir qu’on ferra quelque chose. Mais le vrai marché de carbone, pour nous c’est encore loin.”

Annoncés par feu le président Omar Bongo Ondimba au sommet mondial du développement durable en 2002, le Gabon a créé 13 parcs nationaux, consacrés en 2007 avec la loi sur les parcs nationaux. Le conseil national des parcs nationaux (CNPN) qui avait été crée en même temps a travaillé, entre 2003 et 2007, à mettre en place une loi sur les parcs nationaux. “4 ans peuvent paraître longs mais aux USA ils ont pris 30 ans pour créer le service des parcs nationaux. L’équipe du CNPN a joué un rôle important très positif et très dynamique, et la loi qui en est sortie est citée par la Banque mondiale, par les experts, comme le meilleur exemple de loi sur les parcs nationaux en Afrique centrale. Le Gabon à ce sujet est un modèle pour les autres pays de l’Afrique centrale”, souligne Lee White devenu secrétaire exécutif de l’ANPN qui estime que depuis six mois, l’ANPN est passé à la phase opérationnelle même si pour le moment son équipe fait encore l’état des lieux de ces parcs en vue de l’élaboration d’un “programme sérieux de développement sur 5 ans.”

Au titre des difficultés rencontrées, Lee White explique : “Nous sommes limités en personnel et en équipement. On doit recruter, former, s’équiper, aller sur le terrain, étudier, élaborer les plans de gestion, discuter avec les investisseurs, travailler avec des scientifiques et on a constaté pas mal de problèmes concernant notamment l’exploitation forestière illégale, le braconnage d’éléphants. Il y a par exemple un camp d’orpailleurs de 2500 personnes à la limite du parc national de Minkébé. J’ai reçu hier un rapport hier qui fait état de douze bateaux congolais qui entrent chaque nuit dans le parc national de Mayumba. Nous devons donc aller stopper cela. Nous sommes dans une phase où, on découvre beaucoup de problèmes. Et chaque problème est une étude de cas. Cela nous aide à identifier quelques lacunes dans la loi sur les parcs nationaux. Nous sommes donc entrain de tisser des liens avec les nombreux ministères concernés. Heureusement, le fait que les parcs nationaux soient placés à la présidence nous facilite la tâche. On a un travail de 10 ans devant nous pour que notre service des parcs nationaux arrive au même niveau que celui de l’Afrique du Sud ou du Kenya ou des USA et Il nous faut peut être 5 ans pour vraiment développer l’industrie de géo-tourisme au Gabon.”

Le groupe Mbeng Tam à Libreville, une famille entière qui organise des spectacles originaux pour présenter les arts et traditions du Gabon aux touristes

Le géo-tourisme est un concept adopté par le gouvernement pour décrire le tourisme que le Gabon entend développer. L’écotourisme est basé sur le tourisme de la nature avec l’idée qu’on ira voir la nature et qu’on ne verra pas d’impacts négatifs sur celle-ci. Les écotouristes cherchent à voir un éléphant passer ou une antilope. La vision gabonaise est de valoriser à la fois la nature et la culture. Et la culture c’est à la fois les danses, la musique, les sculptures, les arts, la cuisine et l’histoire. À l’exemple de la Lopé avec ses pierres taillées qui datent de 400 milles ans et qui est classé patrimoine mondial pour cette aspect historique. “Le géo-tourisme est une forme de tourisme dans lequel on a toujours cette idée de durabilité, dans lequel on essaie de valoriser tout les aspects naturels et culturels d’un pays. C’est quelque chose de beaucoup plus intéressant pour le Gabon et les Gabonais parce que cela valorise beaucoup plus les hommes, mais pas seulement les éléphants et les gorilles”, souligne le Pr Lee White.

Celui-ci se plaint de ce que “la plupart touristes vus dans le pays sont des expatriés qui vivent au Gabon et certain gabonais. Il y a probablement moins de 2000 touristes qui viennent chaque année de l’étranger. Pour moi ce sont ceux-là les vrais touristes. Ils amènent une valeur ajoutée, de l’argent en plus au Gabon. Il est important que les Gabonais découvrent les parcs nationaux, de même que les expatriés qui vivent dans le pays. Mais cela ne nous apporte pas un développement. Lorsqu’on amène de l’argent de Libreville vers les parcs nationaux, on crée quelques emplois mais l’économie nationale ne gagne rien. Ce qui serait intéressant pour le développement du Gabon, c’est de faire venir des gens de l’étranger, des gens qui vont dépenser de l’argent au Gabon et qui vont nous aider à développer notre économie.” C’est à ce propos qu’il parle de développer un véritable géo-tourisme avec des lodges et un service aux standards internationaux et des démarches administratives moins embêtants pour les touristes venant de l’étranger. L’homme est convaincu de ce que le Gabon “a des atouts uniques au monde. Il n’y a pas un autre pays au monde où on peut voir des éléphants qui marchent sur la plage, des hippopotames qui surfent, moi j’ai vu en même temps des baleines qui sautaient de l’eau et des éléphants qui marchaient sur la plage, j’ai vu des gorilles marchaient sur la plage. On a des sites comme Langoué où les gorilles et les éléphants se mélangent, on a des chûtes, le Gabon est un pays très beau, bien préservé avec un potentiel très important.”

Tombé dedans depuis qu’il était tout jeune, Lee White connaît son sujet. Il est marié à une Écossaise d’origine et de nationalité gabonaise qui a le même profil que lui. Biologiste, elle lui a donné trois enfants dont les deux premiers ont grandi dans le parc de la Lopé. Comme si la lignée White était prédestinée à la conservation.

 
GR
 

7 Commentaires

  1. dworaczek-bendome dit :

    pure foutaise, votre grand défenseur de la nature n’a jamais réagi quand la biodiversité gabonaise est en danger, des personnes gabonaise comme marc ona ont connu la prison alors votre grand expert buvait du champagne au bord de mer

  2. ZUE NGUEMA MAIXENT dit :

    je souhaiterai faire carrière dans le domaine de la conservation, sachant très bien que je suis diplôme des deux écoles forestières de l Afrique centrale Cameroun et Gabon. j ‘ai postulé au poste d’assistant pour le projet éléphant réserve présidentielle de wonga wongue merci de votre bonne compréhension

  3. Iquaqua Nkowet Wilfried dit :

    Depuis la création des parcs nationaux j’essaye pour la plus part du temps d’être au courant de tous ceux qui se fait par l’ANPN et j’avoue être satisfait du travail qui se fait même s’il y a encore à faire et c’est pour cela que je suis entrain de prendre toutes les dispositions nécessaire afin d’intégré une des équipes de l’ANPN dans le but de moi aussi apporter ma contribution à l’édifice.La conservation de nos écosystème est un sujet qui me tiens à cœur c’est dans cet optique que j’ai crée une association qui je l’espère jouera un rôle effectif dans ce combat.Ma passion pour la nature a pris d’énorme proportions depuis la création de l’ANPN et c’est avec joie que je souhaiterai vivement faire partie intégrante de cette grande famille.

  4. stephanhe dit :

    A lire ce grand texte je me demande si tout a été dit!je ne doute pas de l’implication de cet homme à défendre l’environnement et ses acquis mais il reste beaucoup dans le domaine de la protection de l’environnement et le tourisme dans les parcs,mais il demeure toujours que Mr.Lee est l’arbre qui cache la forêt et quelle genre de forêt celle qui demande à être entretenue et mis en valeur,tout d’abord en redéfinissant les rôles de chacun à savoir que les parcs aux parcs et les eaux et forêts aux Agents E.F,la gestions des parcs par les conservateur et les éco-garde doit être bien indiqués il y a encore tant de points que je peux relevé mais je vais y revenir prochainement

  5. olima dit :

    Il est toujours question de protection de l’environnement, de conservation de nos écosystèmes, etc. Tout cela est bien et plus que nécessaire. Mais quand allons-nous nous appesantir sur la question du développement de l’Ecotourisme?

  6. EYI OBIANG PAMPHILE dit :

    je souhaiterais faire partir de l’équipe de ANPN

  7. sylvain dit :

    vous aveez afficher les listes des candidats au poste de ecogarde depuis pratiquement un an et demi sans suite jusqu a maintenant

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