Depuis le 30 septembre, Libreville vit au rythme des files d’attente interminables et des stations à sec. Aux Charbonnages, à Bessieux, à La Peyrie, à Supergros ou encore au Carrefour Hassan, le gasoil est rationné s’il n’a pas purement et simplement disparu des pompes. Ce qui contrait les automobilistes à un véritable parcours du combattant à travers la capitale. «Nous sommes partis de la maison assez tôt, mais il n’y a pas de gasoil», a relaté un père de famille ayant sillonné quelques stations-service de la ville, dès l’aube pour tenter de remplir son réservoir.

Des files de véhicules espérant un peu de carburant à la station PetroGabon près de la Cité de la démocratie, le 2 octobre 2026. © GabonReview

 

Pourtant pays pétrolier, le Gabon vit depuis quelques jours un paradoxe indescriptible. Libreville, la capitale du pays, est en proie à une pénurie de carburant, notamment de gasoil qui impacte fortement les déplacements et donc les activités en tous genres. Ce qui amène les automobilistes à multiplier les détours, souvent sans succès, à la recherche du précieux carburant.

Aux rares pompes encore approvisionnées, le rationnement a davantage réduit les possibilités de remplissage de réservoir. «Ils ne pouvaient pas nous donner plus de 10 litres», a déploré un usager pendant que, dans le même temps, des forces de l’ordre ont été déployées dans la ville pour assurer la sécurité des biens et des personnes pendant ce moment de tension.

Cette nouvelle tension énergétique menace de ralentir davantage les entreprises

© GabonReview

Pour les transporteurs, cette rareté est un coup de massue inattendue, notamment en cette période de rentrée scolaire. Ainsi, taxis, bus, camions et véhicules professionnels subissent de plein fouet les limitations, parfois ramenées à 5 000 francs CFA par client dans certaines stations. «5 000 FCFA, c’est à peine une demi-journée de travail pour un taximan», a fait remarquer, avec regret, un conducteur de transport urbain. Dans ce contexte où les stations-services grouillent de monde et de véhicules à la recherche de carburant, les déplacements domicile-travail, le transport scolaire, les livraisons et les activités commerciales s’en trouvent perturbés.

Dans une capitale déjà éprouvée par les délestages électriques, cette nouvelle tension énergétique menace de ralentir davantage les entreprises, notamment celles dépendant des groupes électrogènes. «À mesure que les véhicules s’accumulent, c’est toute la chaîne économique qui encaisse le choc», a s’est exclamé un automobiliste, propriétaire d’un magasin au marché Mont-Bouët.

Comment un pays producteur de pétrole peut-il manquer de carburant à la pompe ?

Face à cette pénurie, reste pourtant une question : comment un pays producteur de pétrole peut-il manquer de carburant à la pompe ? Les difficultés pourraient concerner le raffinage, les stocks, la logistique ou la distribution, mais aucune origine n’est officiellement établie. «Nous n’avons aucune idée sur l’origine de cette pénurie d’autant plus que jusqu’ici, on ne nous a encore rien du sur ce qui se passe», a indiqué un pompiste.

Par ailleurs, le silence des autorités et des opérateurs du secteur entretient davantage l’incertitude et favorisent les achats par précaution susceptibles d’aggraver les ruptures. En plus de cette crise localisée, c’est la sécurité de l’approvisionnement intérieur qui se trouve interrogée. Car, comme le résume un constat particulièrement révélateur, «ce qui compte, c’est ce qui arrive effectivement dans le réservoir», a indiqué un observateur.

 

 
GR
 

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