Commerce, investissements, agriculture, santé, énergie, mines, transports, sécurité : à Freetown, le Gabon et la Sierra Leone ont ratissé large. Le mémorandum général de coopération signé lors de la visite de Brice Clotaire Oligui Nguema ouvre pratiquement toutes les portes. Reste à savoir ce qu’il y a derrière. Car entre deux économies peu intégrées, géographiquement éloignées et largement tributaires de leurs matières premières, l’impressionnante liste des secteurs retenus peine encore à laisser entrevoir des affaires concrètes.

La ministre des Affaires étrangères du Gabon, Marie-Édith Tassyla-Ye-Doumbeneny, et le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de Sierra Leone, Alhaji Timothy Musa Kabba, au terme de la signature du communiqué conjoint formalisant les engagements pris lors des discussions entre Brice Clotaire Oligui Nguema et Julius Maada Bio. © Communication présidentielle

 

Sur le papier, difficile de faire plus ambitieux. À l’issue des discussions entre Brice Clotaire Oligui Nguema et Julius Maada Bio, les deux parties ont formalisé leurs engagements dans un communiqué conjoint signé par leurs ministres des Affaires étrangères, ouvrant la coopération à une large palette de secteurs. Libreville et Freetown veulent renforcer leurs échanges, encourager les investissements et coopérer jusque dans les mines et l’énergie. L’agriculture, la santé, les transports et la sécurité figurent également au menu. Une architecture suffisamment vaste pour donner au rapprochement l’allure d’un nouveau front de la diplomatie économique gabonaise. Mais une fois passée l’épaisseur des communiqués, une question demeure : où est le marché ?

Deux économies qui se ressemblent beaucoup

Le paradoxe apparaît particulièrement dans les mines. La Sierra Leone exporte essentiellement du minerai de fer, des diamants, du rutile et de l’ilménite. Le Fonds monétaire international (FMI) estime ses exportations de marchandises à 1,61 milliard de dollars en 2025, dont près de 800 millions pour le seul minerai de fer.

Le Gabon, de son côté, dispose déjà d’un secteur extractif important, dominé par le pétrole et le manganèse, et cherche précisément à sortir du modèle consistant à extraire puis exporter. Difficile, dès lors, d’identifier dans l’immédiat une complémentarité minière spectaculaire entre Libreville et Freetown. Les deux pays ont plutôt un problème en commun : tirer davantage de valeur de leurs ressources naturelles.

L’énergie laisse encore plus dubitatif. La Sierra Leone n’est ni un grand producteur susceptible d’approvisionner le Gabon, ni une puissance technologique pouvant lui apporter les solutions dont il manque. Libreville, de son côté, tente encore de résorber ses propres déficits électriques. Ici, la coopération peut produire des échanges d’expériences ou favoriser des investisseurs tiers. Mais aucun projet énergétique bilatéral identifié, aucun financement et aucun calendrier n’ont, à ce stade, été rendus publics.

Le commerce à l’épreuve des chiffres

Reste le commerce. C’est probablement là que le mémorandum devra faire ses preuves. Les économies gabonaise et sierra-léonaise ne disposent pas de frontière commune et appartiennent à deux espaces économiques distincts, CEEAC-Cemac d’un côté, CEDEAO de l’autre. Surtout, les informations rendues publiques ne font apparaître ni objectif chiffré d’augmentation des échanges, ni filières prioritaires d’exportation, ni investissements croisés déjà sécurisés.

La Sierra Leone reste par ailleurs une économie fragile. Le FMI considère encore sa dette comme présentant un risque élevé de surendettement et juge insuffisantes ses réserves extérieures, malgré les progrès macroéconomiques récents. La Banque mondiale estime néanmoins sa croissance à 4,5 % en 2025 et prévoit le même rythme en 2026.

Cela n’enlève rien à l’intérêt politique du rapprochement. Pour Libreville, établir des passerelles avec l’Afrique de l’Ouest, au-delà de son traditionnel espace diplomatique d’Afrique centrale, a du sens. Pour Freetown, diversifier ses partenaires africains également. Mais un mémorandum n’est ni un marché, ni une usine, ni un investissement.

La rencontre de Freetown aura donc réussi une première chose : installer une relation. Pour parler véritablement de diplomatie économique, il faudra désormais des entreprises, des capitaux, des marchandises et des contrats. C’est à cette seconde récolte, autrement plus exigeante que la moisson des signatures, que se mesurera la portée réelle du rapprochement Libreville-Freetown.

 

 

 
GR
 

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