Un véritable bras de fer oppose une partie de l’Inspection générale municipale (IGM) et la hiérarchie de la mairie de Libreville. L’arrestation de quatre agents de ce service et leur détention à la prison centrale, pour des raisons de malversations financières présumées, sont au cœur d’une polémique grandissante. À la suite d’une saisine de l’Inspecteur général initiée par le Délégué spécial (DS), Adrien Nguema Mba, ces derniers ont été interpellés et devront répondre des actes qui leur sont reprochés. Seulement, beaucoup estiment des étapes ont été brulées.

Pour des raisons de malversations financières présumées, quatre agents de l’inspection municipale arrêtés. © D.R.

 

La tension monte au sein de la mairie centrale de Libreville suite à l’arrestation de quatre agents de l’Inspection générale municipale (IGM). En effet, la décision de déférer quatre employés pour des raisons de malversations financières présumées, devant la justice, au lieu d’un passage au Conseil de discipline, soulève de vives critiques. Un document parvenu à la rédaction de GabonReview met en cause le «deux poids deux mesures» du Délégué spécial. La note suggérait d’ailleurs plutôt des sanctions internes au lieu d’autres actions, tout en jetant du discrédit sur l’entourage du DS, qualifié de «repère de voleurs au col blanc». Ce qui fait dire à certains agents de l’hôtel de ville que ces arrestations sont une possible «méchanceté gratuite» d’Adrien Nguema Mba.

Un piège tendu pour démanteler un réseau

Pour l’équilibre de l’information et la manifestation de la vérité, GabonReview a recueilli ce mardi 11 novembre la version de l’Inspecteur général de la mairie, Crepin D’assise Owono Bibang. Le cadre de la municipalité a exposé, en détail, les circonstances ayant conduit à ces arrestations,. Il a de même catégoriquement réfuté l’accusation de «procédure illégale ou d’acharnement personnel».

Selon lui, l’affaire a pris sa source au sein de son propre cabinet. Un agent, personne de confiance, en charge des ordres de mission, aurait trahi sa confiance en informant des brigades de missions à venir avant l’affichage officiel. Après l’avoir écartée de son cabinet, l’Inspecteur général dit avoir découvert que cet agent utilisait son entregent pour entretenir un circuit de détournement de fonds, en lien avec l’utilisation des carnets de collecte.

Pour obtenir des preuves irréfutables, monsieur Owono Bibang a révélé avoir mis en place une opération d’infiltration. Il informe que l’agent écarté aurait tenté de corrompre sa remplaçante, en lui proposant de se faire de l’argent via le même circuit. Il a alors demandé de jouer le jeu afin démasquer le réseau. Le stratagème a permis de documenter des transactions de 200 000 francs CFA, à plusieurs reprises. Une fois les preuves collectées notamment, «le retour d’un carnet de 3 millions de francs CFA qui aurait dû être neuf», l’Inspecteur général a saisi le Délégué spécial et sollicité l’ouverture d’une enquête.

Intervention de la gendarmerie et la question de la procédure

Après avoir obtenu l’accord d’Adrien Nguema Mba, l’Inspecteur général, lui-même policier, affirme avoir saisi la gendarmerie pour garantir l’impartialité de l’enquête. Et tous les suspects ont été convoqués.

L’IG insiste sur le fait que l’incarcération des agents n’est pas de son ressort, mais du fait de la décision du Délégué spécial, à qui il a transmis le rapport d’enquête. «Une fois que la gendarmerie a terminé de faire son enquête, j’ai fait un rapport au DS», a-t-il précisé.

Il assure de même avoir proposé des «mesures administratives appropriées», laissant ensuite l’autorité prendre la décision finale. «J’ai renvoyé le rapport au patron. J’ai dit qu’on prendrait des mesures en fonction de tout ce qu’on a apporté concernant le trafic des supports judiciaires, etc.». Le Délégué spécial a finalement opté pour le déferrement, estimant peut-être que l’aspect pénal primait. Les faits étant avérés par les aveux des agents dans leurs procès-verbaux.

Voleurs ou victimes ?

L’Inspecteur général municipal confirme que les quatre agents incarcérés ont reconnu les faits. Pour ceux qui s’interrogent sur la clémence accordée à l’agent «appât», M. Owono Bibang est catégorique : «elle était un indic et son rôle n’a pas été exposé aux autres mis en cause». L’un des agents, impliqué dans la procédure et ayant continué ses activités frauduleuses, est également en instance de déferrement.

L’Inspecteur général dément par ailleurs les rumeurs d’une influence de son épouse, magistrate, dans ce dossier et estime que l’indignation des agents n’est pas objective. Selon lui, contester cette décision revient à consigner le vol, car, des preuves substantielles ont été réunies. Si le non-passage par un Conseil de discipline reste un point de discorde, l’IGM estime avoir agi dans le respect de la loi en tant qu’officier de police judiciaire, d’autant plus qu’il y a constat d’un flagrant délit. L’affaire qui laisse quand même un goût d’inachevé, les noms des agents encore méconnus quand bien même la décision du DS paraît définitive.

Thécia Nyomba (Stagiaire)

 
GR
 

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