MORENA : entre vie chère, santé et libertés, le sévère réquisitoire de Luc Bengono Nsi
À Libreville, le Mouvement de redressement national (MORENA) a livré, lors d’un point de presse, jeudi 27 août, une lecture particulièrement critique des premières années de la Ve République. La déclaration du président du parti, Luc Bengono Nsi, porte notamment sur les difficultés sociales, la situation sanitaire, la gestion des finances publiques et les libertés individuelles.

Moment de la conférence avec les membres de MORENA et le président Bengono Nsi au milieu, le 27 août 2026 à Libreville. © GabonReview
Dans sa déclaration, le MORENA estime que le quotidien des Gabonais reste marqué par de nombreuses difficultés. «La réalité, telle qu’elle continue d’être vécue par les Gabonais, avec un quotidien toujours aussi précaire et des difficultés énormes à joindre les deux bouts», déplore le parti.
Vie chère, chômage, insalubrité, mal-logement, difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité ou encore prolifération des drogues chez les jeunes figurent parmi les préoccupations soulevées. Pour le parti, ces problèmes témoignent d’une situation sociale qui demeure préoccupante.
Un accent sur la situation sanitaire
Le volet sanitaire occupe une place importante dans la déclaration. Le parti se dit préoccupé par les données relatives à la mortalité et à la situation sanitaire nationale, notamment celles concernant les décès enregistrés depuis le début de l’année et l’évolution de la mortalité maternelle.
Face à cette situation, le MORENA réclame «une mission d’évaluation de la situation sanitaire, menée de manière rigoureuse et indépendante».
«Parmi ces statistiques, il y a des vies, des pères et mères de familles, des enfants qui devaient constituer l’avenir de notre pays», rappelle la formation politique, qui estime que certains décès pourraient être évités grâce à une meilleure prise en charge médicale.
Le parti interpelle ainsi directement les autorités : «Il faut agir vite et mettre à disposition les moyens nécessaires afin d’inverser cette tendance et d’éviter que cette hécatombe ne se poursuive».
Il questionne, dans le même temps, la portée des discours sur la restauration de la dignité. «À quoi servent les slogans de restauration de la dignité servis à longueur de discours si nous acceptons que notre population continue de mourir dans des conditions sanitaires indignes ?», s’interroge-t-il.
Fonction publique : une régularisation réclamée
Sur la réforme de la fonction publique, le MORENA estime qu’elle ne peut être conduite sans associer les agents concernés. Le parti rappelle que des milliers de fonctionnaires attendent encore la régularisation de leur situation administrative, leur reclassement, leur avancement ou leur titularisation. «La réforme de la fonction publique ne peut être conduite contre les fonctionnaires. Elle doit être conduite avec eux», soutient le parti.
Il demande donc «une opération exceptionnelle de régularisation des carrières» ainsi qu’une évaluation transparente des dossiers en souffrance.
Libertés publiques : le parti met en garde contre un recul démocratique

Quelques participants à la conférence de presse. © GabonReview
Sur le terrain politique, le MORENA réaffirme son opposition à toute restriction de l’espace politique. Le parti indique avoir déjà saisi le président de la République au sujet du projet de réforme portant sur le cadre d’expression des partis politiques.
«Nous avons dénoncé avec force ce que nous considérons comme un risque sérieux de recul démocratique», affirme le MORENA, qui appelle à associer l’ensemble des acteurs concernés à toute réforme touchant à l’expression politique.
Pour le parti, «le pluralisme politique n’est pas une faveur accordée par le pouvoir, il est une composante essentielle de la démocratie».
Revendiquant son statut de parti historique, le MORENA rappelle également son rôle dans le combat pour le pluralisme politique au Gabon. «Le MORENA restera debout et continuera à défendre le pluralisme, les libertés publiques et l’État de droit», affirme-t-il.
Le parti demande par ailleurs aux autorités de mettre fin aux arrestations qu’il qualifie d’arbitraires et souhaite un examen de la situation des personnes détenues pour des motifs liés à leurs opinions ou à leurs engagements politiques.
Dette publique et priorités budgétaires
Sur le plan économique, le rassemblement dénonce enfin ce qu’il considère comme un manque de rigueur dans la gestion des priorités budgétaires. Il s’inquiète notamment du niveau de la dette publique, qu’il estime proche de 9 000 milliards de francs CFA.
Selon le parti, «le poids des intérêts de la dette absorbe une part excessive des ressources disponibles», limitant les capacités d’investissement dans les secteurs sociaux et productifs.
Dans le même sens, le collectif dénonce également les délais de paiement jugés trop longs envers les entreprises et appelle le gouvernement à «corriger le tir» dans la gestion des finances publiques.
Pour la formation politique, les premières années du nouveau cycle politique auraient dû être consacrées en priorité à «la relance économique, à la refondation de l’administration, à la réforme de l’éducation et à la formation, au renforcement de la justice et à l’amélioration du système de santé».
«Le Gabon mérite mieux»
En outre, le MORENA estime que le changement politique intervenu après le 30 août 2023 devait ouvrir une nouvelle page de l’histoire du pays. «Le pouvoir serait au service du peuple. Les richesses nationales créeraient des opportunités pour tous», espérait le parti, qui regrette que cette ambition soit encore loin d’être pleinement réalisée.
«Nous en sommes encore loin. Le Gabon mérite mieux. Le peuple gabonais mérite mieux», conclut le parti, qui entend poursuivre son combat pour le pluralisme, les libertés publiques et l’État de droit.
Thecia Nyomba
















0 commentaire
Be the first one to leave a comment.