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Les 4/5èmes des musiciens gabonais ayant localement éclos durant les dernières décennies du XXème siècle et en ce début XXIème lui doivent quelque chose. Ingénieur du son prolixe, musicien ayant joué avec de grosses pointures françaises et patron du mythique studio Mandarine, Jean-Yves Messan est sorti du film de la vie ce 4 juin à Libreville.

Jean-Yves Messan dans le studio Mandarine en mai 2009. © Gabonreview

 

Le plus célèbre et prolixe ingénieur du son gabonais est décédé ce 4 juin en matinée au Centre hospitalier universitaire de Libreville (CHUL), plus communément appelé Hôpital général. Compositeur du standard gabonais «Eyonga Zalougou», sur des paroles de Makaya Madingo, Jean-Yves Messan était connu comme l’un des meilleurs bassistes gabonais, mais surtout comme le promoteur du studio Mandarine.

Sa mort laisse abasourdi le Landerneau musical gabonais, tant il l’aura pétri de sa passion, de ce don de lui-même qui a généré la plupart des grandes figures de la nouvelle vague de musiciens gabonais dans le genre dit tradi-moderne. «Avec le home studio Mandarine, Jean-Yves Messan a été ce Berry Gordy qui a créé sa Motown» au Gabon, a dit de lui ce matin Florence Titty-Dimbeng, agent artistique et producteur de spectacle ayant travaillé avec Manu Dibango.

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Le plus grand promoteur de la musique locale

«On va dire que c’est lui qui a fait la musique gabonaise des dernières décennies du XXème siècle et de ce début XXIème. C’est lui qui l’a fait connaitre à l’étranger. C’est lui qui a créé «Empire». Il a pris le folklore et il en a fait une musique moderne et populaire au Gabon. Il a également propulsé Serge Egniga ou Nadège Mbadou, dont il a produit le premier album. On peut également citer Landry Ifouta, Nicole Amogho et bien d’autres», confirme Joey Djimbi, bien introduit dans le paysage artistique et audiovisuel gabonais (directeur technique de TéléAfrica).

Grosse pointure gabonaise, Martin Rompavet a lui aussi fréquenté, entre autres géants de sa trempe, le studio Mandarine. Bref, il a materné tous les jeunes artistes gabonais. Car il n’y en a pas beaucoup, hormis dans le milieu Rap, qui n’aient commencé à Mandarine. «Toute la musique gabonaise qui marchait dans les années 80-90, était issue de Mandarine», souligne Joey Ndjimbi.

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Claude François, Johnny Hallyday, Nana Mouskouri, Kassav…

Métis Gabonais-Breton, l’humble boss du studio Mandarine était bassiste à l’origine. En France, il a notamment joué dans Malinga Five, un combo rassemblant artistes antillais et africains. Il a également accompagné certaines grosses pointures de la musique française, notamment Claude François. Il a «travaillé avec Johnny Hallyday, Nana Mouskouri, Kassav… Et fait partie d’un boys band à la fulgurance créative affirmée, de cuir vêtu et passionné de motos. Un esprit fast furious and funky», rappelle Florence Titty-Dimbeng. On n’oublie pas qu’il a joué avec Manu Dibango, André Marie Tala, enregistré avec Myriam Makeba la chanson «Symphonie d’Amour», tourné avec Tim et Foty, selon des souvenirs relayés par Martin Rompavet.

Rentré au Gabon, il est porté manager général adjoint du studio Mademba après Ambroise Mvoudi. Les années 80 au Gabon enregistrent la naissance puis la mort des studios Nkoussou et Mademba. Deux maisons d’enregistrement surdimensionnés n’ayant pu survivre du fait de la faible production locale et de leurs tarifs inadaptés. A la place de quoi ont poussé des studios modestes aux dimensions plus humaines et adaptés aux faibles moyens des artistes locaux. Le studio Mandarine de Jean-Yves Messan compte parmi ces structures, aux côtés du studio Kage de Georges Kamgoua, MD de Marcel Djabhio ou F-Gass de Frédéric Gassita.

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Quatre accidents vasculaire cérébral (AVC)

Avec le studio Mandarine, Jean-Yves Messan a vraiment donné leur chance à beaucoup de jeunes gabonais. Il a permis à toute une catégorie d’artistes gabonais d’éclore, de sortir leurs premières cassettes, CD et disques. «Après la disparition des grands studios, il est vraiment resté pour entretenir un semblant de vie musicale au Gabon, lui et George Kamgoua du studio Kage. Mais par rapport à George, il était lui-même un musicien et arrangeur. Cela a vraiment permis la vie musicale et artistique de plusieurs talents, à l’instar de Landry Ifouta et compagnie», explique un ancien journaliste de L’Union passé à autre chose. En effet, Michel Madingo, Prince Marius, Aimé Pounah, Duplin Bineni ou Emane, entres autres, comptent également dans son écurie.

Victime de quatre accidents vasculaire cérébral (AVC) durant la dernière décennie de sa vie, Jean-Yves Messan vivait désormais reclus. Ne se sentant pas bien, il s’est dernièrement rendu à la Polyclinique Dr Chambrier en vue d’un contrôle du diabète, cet effroyable monstre qui vivait en lui depuis des années. Là, il a été diagnostiqué positif au Covid-19 obligeant son transfèrement au CHUL où il a rendu l’âme. Né le 10 janvier 1953, le Berry Gordy gabonais avait 67 ans. Puisse seulement quelqu’un continuer, avec la même ferveur, ce qu’il a entreprit. Puisse le Bon Dieu l’accueillir à son enseigne. Puisse, le spectacle continuer. Comme on dit en effet dans le milieu musical : «the show must go on !».

 
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2 Commentaires

  1. Floyd L. dit :

    Un véritable drame pour la musique gabonaise. RIP.

  2. François dibala dit :

    R.I.P Mr Yves. Je déplore le faite que tout décès du à la négligence des hôpitaux pour augmenté le taux des décès,afin d’attribuer au covid Même quand la personne indique de quoi il quoi il souffre.

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