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S’appuyant sur un rapport d’autopsie faisant état de «strangulation à la main», une mère de famille a porté plainte contre X suite à la mort de sa fille qu’elle juge suspecte. L’enfant vivait autour d’un temple bwiti de Moueny. Pointant une «cabale, le porte-parole du temple se dit «surpris». Les conclusions du rapport médical de la clinique El Rapha, où la jeune fille a succombé, parlent d’un décès consécutif à une infection aux amygdales – un mal dont elle souffrait depuis une semaine et qui avait d’abord été traité en pharmacie.

© YouTube/Stephane Zeng

 

L’affaire est aujourd’hui en instruction à Libreville. Fin décembre, une mère de famille porte plainte contre X, suite à la mort qu’elle jugeait suspecte de sa fille de huit ans, Mouenylary Mackaya Mackaya. Celle-ci vivait dans le mbandja (le temple) du chef spitituel Moueny à Awendjé, dans Libreville. «J’ai fait faire une autopsie à l’enfant qui m’a coûtée 450.000 francs CFA. L’autopsie a révélé que l’enfant est mort par strangulation à la main», témoigne Sinthia Géraldine Hounnou Mpenga, mère de la petite décédée le 22 décembre 2019 à la clinique El Rapha.

La jeune fille de huit ans vivait depuis son plus jeune âge dans le mbandja de son grand-père, Hilaire Mackaya, appelé Moueny. Début février, dans une lettre adressée à l’UNICEF – l’organisation onusienne chargée de la protection de l’enfant – la mère de Mouenylary parle d’«assassinat». Son témoignage audio est en même temps partagé au grand public et publié par l’activiste Stéphane Zeng. (https://www.youtube.com/watch?v=eajraRc_Zho). Dans l’enregistrement, Mme Hounnou Mpenga, raconte avoir appris la mort de Mouenylary par le père de celle-ci qui l’a joint au téléphone. Nommé Rodrigue Don Mackaya, elle en est séparée depuis plusieurs années.

«Arrêt cardiaque» suite à une infection des amygdales ?

Porte-parole du mbandja en question et président de l’ONG agricole IDRC (Initiative Développement Recherches Conseils), Hervé Omva estime pour sa part que la mère de Mouenylary alimente une «cabale» contre Moueny, l’affaire étant en instruction. Contacté par Gabonreview, il se dit lui aussi très attristé par la mort de la jeune fille et souhaite mieux «comprendre» les circonstances de son décès.

Selon Hervé Omva, l’enfant avait des problèmes d’amygdales quelques jours avant sa mort. Selon le rapport médical consulté par Gabonreview, la petite se plaignait en effet de maux de gorge depuis le 16 décembre et avait été emmenée en pharmacie où on lui avait prescrit un traitement de quatre jours. Sans amélioration, elle avait été amenée à El Rapha en dernier lieu. Le rapport médical atteste d’un «arrêt cardiaque». Un médecin contacté par Gabonreview, analysant le rapport, explique que la mort aurait pu être provoquée par une septicémie suite à des complications au niveau des amygdales.

L’enfant a bénéficié de massages cardiaques, et malheureusement, «la clinique n’avait pas de centre de réanimation adapté», explique Hervé Omva. El Rapha n’aurait pas non plus réussi à trouver une place dans d’autres hôpitaux ou centres de réanimation pour enfants, raconte le leader associatif non sans balayer d’un revers de la main le rapport d’autopsie parlant de «strangulation». Le docteur a dû confondre les marques de réanimation avec la «strangulation à la main», estime-t-il. Contacté par Gabonreview sur WhatsApp, le docteur Pemba, médecin légiste, n’a pas répondu à la demande d’interview visant éclaircissements et précisions sur son analyse.

Une mère empêchée de voir son enfant ?

La victime de huit ans vivait dans le mbandja depuis son plus jeune âge tout en étant était scolarisée à l’école Bambino Village. Depuis plusieurs années déjà, sa mère s’était séparée de son père, Rodrigue Don Mackaya, tout en s’éloignant volontairement du mbandja.  Dans ce conrexte, le grand-père, Moueny, sollicite alors la garde de l’enfant dans un mbandja où vivent déjà plusieurs personnes, dont de nombreux mineurs. Ce qu’il obtiendra. Mme Hounnou Mpenga se plaint cependant d’avoir été empêchée, à plusieurs reprises, de voir sa fille. Elle a même fait des démarches auprès des services sociaux, quand la petite avait trois ans, il y a donc cinq ans, selon des documents consultés par Gabonreview.

«Ces témoignages sont d’énormes mensonges», rétorque Hervé Omva. La mère «rendait visite à sa fille, et je me rappelle comment elle était très bien reçue, et le père venait souvent prendre l’enfant

Dans sa lettre à l’UNICEF, Sinthia Hounnou Mpenga écrit que «plusieurs mineurs, dont un bon nombre de moins de 13 ans, sont séquestrés contre l’avis de leurs parents» dans ce mbandja.

D’autres ex-fidèles se plaignent du mbandja

D’autres témoignages sont parvenus à Gabonreview d’ex-membres du mbandja, se plaignant du chef spirituel Moueny, et surtout de la façon qu’il aurait de traiter les gens, de les rabaisser, ou de séparer des familles. Selon ces personnes en froid avec le mbandja, Moueny essayerait d’avoir trop de contrôle sur ses adeptes. Un témoin va jusqu’à parler de «secte» et de «séquestration d’enfants». Mais, pour Hervé Omva, il s’agit de tentatives de diffamation et de diabolisation des rites traditionnels orchestrées par les «églises éveillées» et des «activistes».

 
GR
 

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