Il avait promis de bâtir. Il demande désormais à être jugé sur ce qui sort de terre. Dans son discours du 16 août, Brice Clotaire Oligui Nguema a lui-même déplacé la ligne d’évaluation de son pouvoir : «le temps des promesses doit céder la place au temps des preuves». Une formule qui sonne bien dans une adresse à la Nation, mais qui engage beaucoup plus qu’elle ne célèbre. Car à partir du moment où le pouvoir revendique les réalisations, il ouvre aussi la porte à leur inventaire : délais, coûts, qualité, efficacité et, surtout, résultats dans la vie des Gabonais.

Oligui Nguema montre le cap : désormais, les réalisations devront aussi passer l’épreuve des résultats, des délais et des comptes.© D.R.

 

Il y a, dans les discours politiques, des phrases destinées à vivre le temps d’une cérémonie. Et d’autres qui peuvent finir par poursuivre celui qui les prononce. «Le temps des promesses doit céder la place au temps des preuves» appartient probablement à la seconde catégorie.

Brice Clotaire Oligui Nguema aurait pu consacrer son adresse du 16 août à célébrer l’Indépendance, convoquer l’histoire et dérouler l’habituel registre de l’unité nationale. Il a choisi d’y adosser un bilan. Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba, Mémorial Léon Mba, Esplanade Georges Damas Aleka, Cité administrative Émeraude, Maison Jean Ping, centres de santé, états-majors, axes routiers : le président expose les ouvrages comme autant de signes visibles de la transformation engagée. C’est politiquement habile. Mais c’est aussi risqué.

La preuve ne s’arrête pas au béton

Car le passage de la promesse à la preuve modifie les règles du jeu. Un chantier annoncé nourrit l’espérance. Un chantier livré appelle des questions beaucoup moins confortables : combien a-t-il coûté ? A-t-il été livré au prix initial ? Dans les délais ? Selon quelles procédures ? Avec quelle qualité ? Et, au bout du compte, améliore-t-il réellement la vie des usagers ?

Le discours présidentiel lui-même entrouvre cette porte. Oligui Nguema affirme que la dynamique ne devra être ralentie ni par «la bureaucratie», ni par «l’inertie», ni par «les mauvaises habitudes», ni par «les intérêts particuliers». Surtout, il fixe à l’État une doctrine qui mérite d’être retenue : «contrôler les délais, exiger la qualité et demander des comptes». Autrement dit, la Refondation entre dans un âge où construire ne suffira plus. Il faudra démontrer que l’argent dépensé construit bien, au juste coût et pour une utilité vérifiable.

Le quotidien, juge plus sévère que les inaugurations

Le discours révèle d’ailleurs lui-même la limite d’un bilan par les infrastructures. Quelques pages après l’inventaire des réalisations, le président reconnaît que la situation de l’eau et de l’électricité vécue par de nombreux ménages «n’est pas acceptable». Il connaît, dit-il, les coupures, l’impatience des familles et leurs conséquences économiques.

Le contraste est saisissant. D’un côté, les édifices neufs donnent à voir l’action publique. De l’autre, un robinet sans eau ou une maison plongée dans le noir rappelle brutalement que la performance de l’État ne se mesure pas seulement à ce qui s’inaugure. C’est peut-être là que commence véritablement le «temps des preuves».

Une formule qui oblige le pouvoir

La fin du discours pousse d’ailleurs la logique plus loin. «Là où il y aura des retards, nous exigerons des corrections. Là où il y aura des fautes, les responsabilités devront être établies», promet Oligui Nguema.

Reste une question décisive : qui établira ces responsabilités, selon quels mécanismes et avec quelle publicité ? Le discours ne le dit pas.

Mais le président vient de poser lui-même le principe auquel son action pourra désormais être confrontée. Le temps des preuves suppose celui des chiffres, des délais, des résultats et de la reddition des comptes.

Après avoir demandé aux Gabonais de croire à la Refondation, Oligui Nguema prend ainsi un pari autrement plus exigeant : leur donner désormais les moyens de la mesurer.

 
GR
 

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