Il avait consacré sa vie à soigner les cœurs et une bonne partie de son existence à défendre ses convictions. Le professeur Pierre-André Kombila Koumba s’est éteint ce jeudi 15 octobre 2026, à 2 heures du matin, à Libreville, des suites d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Il avait 85 ans. Médecin d’exception, figure historique de l’opposition, ancien ministre et infatigable acteur du débat public, il laisse derrière lui une empreinte singulière. Celle d’un homme qui aura traversé les grandes secousses de l’histoire gabonaise sans jamais se résigner au silence.

Le Pr Pierre-André Kombila Koumba (1941-2026) : une vie à soigner les cœurs, à défendre ses convictions et à traverser les grandes batailles politiques du Gabon. © D.R.

 

Il est des disparitions qui emportent davantage qu’un homme. Elles referment un chapitre de l’histoire nationale. Avec la mort du professeur Pierre-André Kombila Koumba, le Gabon perd l’un de ces personnages dont le parcours épouse les espoirs, les contradictions et les désillusions de plusieurs générations.

À 85 ans, celui que beaucoup connaissaient simplement comme le «Pr Kombila» quitte une scène qu’il aura occupée pendant près d’un demi-siècle. Blouse blanche ou costume politique, il avait cette particularité rare d’avoir marqué deux univers exigeants : la médecine et le combat pour les libertés.

Le médecin qui avait choisi de servir son pays

Avant les tribunes politiques, les affrontements électoraux et les responsabilités ministérielles, il y eut un médecin. Un brillant cardiologue formé en France, qui aurait pu poursuivre sa carrière hospitalo-universitaire en Europe. Mais Pierre-André Kombila avait fait un autre choix : revenir au Gabon.

En 1977, il rentre au pays avec l’ambition de contribuer à la construction d’une médecine nationale de haut niveau. L’année suivante, il participe à l’essor de la cardiologie à l’Hôpital central de Libreville, aujourd’hui Centre hospitalier de de Libreville,  dont il est considéré comme l’un des pionniers.

Professeur agrégé, il appartient à cette génération de médecins gabonais qui ont contribué à poser les fondations de l’enseignement médical supérieur dans le pays. Sa vocation ne se limitait pas à soigner. Elle consistait aussi à transmettre, à former et à ouvrir la voie aux générations suivantes.

Le combattant des années de braise

Puis vint la politique. Celle des convictions affichées, des meetings enflammés et des confrontations avec un pouvoir qui paraissait alors inébranlable. Au tournant des années 1990, lorsque le Gabon renoue avec le multipartisme, Pierre-André Kombila s’impose parmi les visages de l’opposition à Omar Bongo. Premier secrétaire du Rassemblement national des bûcherons (RNB), il participe aux grandes batailles politiques de cette période. Élu député de Moabi, dans la Nyanga, il porte ses engagements jusque dans l’hémicycle. C’était le temps des espérances démocratiques, mais aussi des fractures et des désillusions.

En 1998, une rupture avec Paul Mba Abessole le conduit à prendre la tête du RNB-D et à briguer la présidence de la République. Le résultat électoral est modeste. L’engagement, lui, se poursuit.

Son itinéraire connaîtra cependant des virages qui ne manqueront pas de surprendre, parfois de décevoir ses compagnons de lutte.

Les contradictions d’une vie politique

En 2006, après des années d’opposition, Pierre-André Kombila entre au gouvernement d’Omar Bongo. Il prend les commandes de l’Enseignement technique et professionnel, avant de diriger brièvement le département des Ressources hydrauliques et des Énergies nouvelles en 2009. Pour certains, ce rapprochement avec le pouvoir constitue une rupture avec ses combats d’hier. Pour d’autres, il traduit la volonté de peser sur les affaires publiques autrement. L’histoire retiendra ces contradictions sans qu’elles effacent les engagements antérieurs.

Après la disparition d’Omar Bongo, en juin 2009, il retrouve les rangs de l’opposition. Les années passent, les régimes et les alliances changent, mais le professeur demeure présent dans les débats sur l’avenir du Gabon.

Après le changement de régime du 30 août 2023, il est nommé sénateur de la Transition. Une nouvelle étape dans une vie politique commencée plus de trois décennies auparavant.

Au-delà de la politique, une fidélité à la vie

Le professeur Kombila nourrissait également une passion pour la protection de la nature. Cofondateur de l’association PROGRAM, engagée dans la préservation des grands singes de la Moukalaba, il avait étendu son combat à la biodiversité gabonaise. Comme si, après avoir consacré sa carrière médicale à protéger des vies humaines, il avait également voulu contribuer à préserver le patrimoine naturel de son pays.

Sa vie personnelle avait connu une douloureuse épreuve en mai 2024, avec la disparition de son épouse, Maryvonne Kombila, elle-même éminente universitaire et spécialiste de médecine tropicale. Ils avaient partagé bien davantage qu’une vie conjugale : un parcours scientifique, un engagement intellectuel et la décision de mettre leurs compétences au service du Gabon.

Un homme s’en va, une époque s’éloigne

Ce jeudi 15 octobre, à 2 heures du matin, le professeur Pierre-André Kombila Koumba a définitivement quitté la scène. Il ne prendra plus la parole pour défendre une conviction, contester une décision ou livrer sa lecture, parfois tranchante, de la vie nationale.

Son parcours n’aura été ni linéaire ni exempt de controverses. Mais il serait injuste de réduire cette longue existence à ses seuls choix politiques. Derrière l’ancien opposant, le ministre et le chef de parti demeurait un médecin qui avait choisi de revenir servir son pays.

Le Gabon perd ainsi un témoin et un acteur de son histoire contemporaine. Un homme qui avait connu les heures du parti unique, l’effervescence du retour au multipartisme, les désillusions de l’alternance longtemps attendue et, finalement, la chute du régime Bongo. Il avait vu tant de pages de l’histoire gabonaise s’écrire. Il ne lira pas les suivantes.

Le professeur Kombila s’en est allé. Mais les cœurs qu’il a soignés, les médecins qu’il a inspiré ou formé et les combats auxquels il a pris part prolongeront, chacun à leur manière, la mémoire de son passage sur la terre des hommes.

 
GR
 

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