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Près d’un an après avoir obtenu du Fonds vert pour le climat une subvention dans le cadre de la mise en œuvre du projet «NAP», National Adaptation Plan (Plan national d’adaptation), le Gabon semble avoir oublié l’aspect relatif à la question du genre qui, pour des spécialistes parmi lesquels Aimée Félicité Essono Eny, experte en Genre et Développement, estime que les initiatives visant à lutter contre les impacts du changement climatique doivent bénéficier en premier lieu aux femmes, car plus exposées, plus vulnérables, mais garantes de la sécurité alimentaire des ménages.

« Ce sont les femmes qui assurent la sécurité alimentaire des ménages. » © D.R.

 

Le changement climatique est défini comme à une modification durable du climat au niveau planétaire due à une augmentation des concentrations de gaz à effet de serre (CO2, mais aussi méthane par exemple) dans l’atmosphère.

Si les conséquences du changement climatique sur la nature sont bien connues, ce sont les ravages qu’il cause pour l’humanité qui en font une question de droits humains urgente.

Malheureusement, la plupart des études et réponses à cette problématique se sont plus concentrées sur les aspects scientifiques, sans tenir réellement compte de la question humaine et plus particulièrement de la dimension du genre, femme/homme.

La répartition sexo-spécifique des besoins et des rôles des femmes et des hommes reconnaît qu’ils sont tous deux exposés au changement climatique de façons différentes et exige de ce fait un traitement spécifique à chacun.

En janvier 2019 le Gabon s’est vu octroyer une subvention par le Fonds vert pour le climat (GCF), pour la mise en œuvre d’un projet dénommé NAP (National Adaptation Plan/Plan national d’adaptation). Avec pour principaux acteurs l’Agence Nationale des Parcs Nationaux (ANPN), en qualité de responsable technique du projet ; la CDC, en tant que gestionnaire administratif et financier, et le Conseil national climat (CNC) dans son rôle de coordinateur de la politique nationale des changements climatiques, le projet NAP a pour ambition de permettre à l’État gabonais de mieux hiérarchiser ses besoins en investissements pour l’adaptation de sa zone côtière à travers l’amélioration de la base des connaissances scientifiques et techniques sur le changement climatique.

C’est donc dans le cadre de ce projet qu’une étude portant sur l’évaluation de la problématique femmes/hommes en lien avec le climat dans le secteur côtier a été conduite par Mme Aimée Félicité Essono Eny, experte en Genre et Développement.

Cette étude menée dans le 2éme arrondissement de commune d’Akanda et dans le département de Bendjé (Canton Ogooué Aval-Ngola , Fakiri ; Falaba ; Nguiabéta et Lac Anengué) a permis de recueillir des données significatives en associant réunions de quartier, focus groupe, assemblées villageoises et enquêtes auprès d’un panel représentatif de 148 participants constitué de 93 hommes et 55 femmes.

Les résultats regroupés dans un rapport mis à la disposition des instances dirigeantes nous apprennent, entre autres, que le changement climatique impacte sur les systèmes de production agricole, de collecte, de cueillette, de pèche (artisanale et à pied – couteaux et escargots de mer –, etc.), donc sur la sécurité alimentaire. Or, ce sont les femmes qui assurent la sécurité alimentaire des ménages. Pour cette raison, la prise en compte du genre dans les financements publics pour l’adaptation et l’atténuation au changement climatique est devenue une exigence.

Aimée Félicité Essono Eny, experte en Genre et Développement. © Capture d’écran/Gabon 24

Au terme de cette étude, le rapport rédigé par Mme Aimée Félicité Essono Eny faisait les recommandations suivantes :

  • Intégrer le genre dans toutes les étapes de la planification, de la mise en œuvre et du suivi/évaluation du Plan d’adaptation au changement climatique ;
  • Renforcer les capacités des staffs, ANPN, CNC, CDC sur l’approche genre ;
  • Constituer une petite équipe de veille composée d’un représentant de chaque entité qui travaillera à la prise en compte du genre dans les actions menées par le projet ;
  • Désagréger systématiquement toutes les données recueillies par sexe, ainsi que, tous les indicateurs d’activités ;
  • Intégrer la dimension genre et les indicateurs sensibles au genre dans le cadre logique ;
  • Valoriser les ressources par le développement des chaines de valeurs et des capacités de résilience ;
  • Privilégier lors de l’exécution du projet une expertise genre

À l’aube de la clôture de la phase 1 du projet NAP, il est désormais important de reconnaître que l’exposition et la vulnérabilité des femmes et filles au changement climatique doivent être différenciées de celles des hommes et garçons en raison de la spécificité des rôles et responsabilités qu’elles supportent ainsi que des pesanteurs socioculturelles auxquelles elles sont soumises.

 
GR
 

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