HABANA

 

Absente de la scène du fait de la pandémie du Covid-19, Nanda la poétesse, slameuse et chanteuse renoue avec une partie de son public ce 2 juillet à 17h à l’Institut français du Gabon (IFG) autour d’un café-concert. Cette enseignante et docteur en Psychologie se définissant  comme une ‘’artiviste singulièrement plurielle’’,  entend partager l’amour et renouer avec l’humanité plombée par les mesures barrières. Gabonreview l’a rencontrée avant sa montée sur les planches. L’interview qui explique le Slam comme jamais.

Nanda, une Art-iviste singulièrement plurielle. © Gabonreview/Roshni Lodhia

 

Gabonreview : Comment donc Nanda se définit-elle ?

Nanda : Nanda est une artiste qui se définit comme étant une passeuse de mots. Une passeuse d’espoir, une passeuse d’amour. Je suis artiste, disons une ‘’artiviste’’ assez plurielle. Je suis à la fois poétesse, slameuse, chanteuse. Je suis également écrivaine et chroniqueuse. Enseignant-chercheur, docteur en Psychologie du travail. Tout ça me définit et fais de moi la Nanda artiviste singulièrement plurielle.

Pourquoi avoir choisi le Slam ? Quand cette aventure a-t-elle commencé ?

Nanda (image d’archive). © D.R.

La rencontre avec le Slam s’est passée en 2009, en suivant un film intitulé ’’Slam’’, dans lequel joue l’acteur Saul Williams. Je pense que je n’ai pas choisi le Slam, mais le Slam s’est révélé à travers ce film. Ça faisait déjà un moment que je butinais dans l’art, dans le chant, dans l’écriture. En fait, je me suis un peu essayée dans l’écriture du rap. Ça n’a pas produit ce que je voulais parce que j’avais l’impression que mon message n’était pas compris. Il n’était pas clairement perçu. Donc, à travers le Slam, j’ai vu l’occasion de partager plus clairement mes textes, mes écrits, ma pensée. Mais c’est en allant dans les scènes Slam, dans les ateliers que j’ai découvert des valeurs. Un univers plus profond que ce que je pensais. Donc le Slam… pour l’humanité partagée dans cet art, pour la tolérance enseignée, pour la découverte de soi et celle des autres, pour le partage. Aussi et surtout pour l’écoute. Nous sommes dans une société où nous nous écoutons très peu. On veut tous répondre sans s’écouter. Et le Slam m’a beaucoup enseigné l’écoute. Ecouter sa société, écouter son environnement, écouter les autres, s’écouter soi-même aussi.

Aujourd’hui, un café-concert à l’Institut français du Gabon. Un objectif particulier?

Aujourd’hui, un café-concert déjà pour renaître. Pour rester vivant, rester debout et à nouveau partager. Le Slam est un art de partage et il n’y a pas de Slam sans scène. Ecrire des textes chez soi ce n’est pas du Slam, lire des textes dans sa chambre ce n’est pas du Slam. Il n’y a de Slam que lorsqu’il y a scène, lorsqu’il y a partage, lorsqu’il y a des gens qui nous écoutent. Donc, c’est simplement pour renouer avec la scène, pour renouer avec cette humanité qui s’est éloignée avec ce qu’on a qualifié de mesures barrières, ces murs qu’on a érigés entre les gens. C’est pour renouer avec cette humanité parce que l’art a cela de spécial et de grand qui permet de transcender les barrières, transcender les frontières, transcender les murs entre les humains. Mais ce café-concert aussi pour montrer aux personnes qui nous suivent à Libreville et un peu plus loin qu’on existe, on est vivant et on est prêt à faire de grandes choses si les espaces s’ouvrent pour nous.

(image d’archive). © D.R.

Avec le Covid-19, plusieurs artistes ont broyé ou broient du noir. Est-ce votre cas ? Comment avez-vous fait pour tenir le Cap ?

Le Covid a été compliqué pour les humains. Je pense qu’on n’avait jamais vécu cet enfermement-là. Oui, j’ai broyé du noir. Mais ça a été l’occasion pour moi de montrer une autre facette de moi, de m’ouvrir sur ce monde connecté que sont les réseaux sociaux. Ça a été l’occasion pour moi de faire une introspection, l’occasion d’écrire, de créer et de me recentrer sur l’essentiel : la famille, mes rêves, la nature et surtout ce qui me tient à cœur. Donc j’ai broyé du noir mais très vite le soleil s’est levé. Pour tenir le cap, bah l’art. J’ai partagé beaucoup de moments en famille, des moments dans la nature aussi. C’était l’occasion de rêver, d’imaginer de grandes choses, d’inventer des utopies parce qu’avec mon collectif ’’Lo Syndicat’’, on a réussi à lancer pendant cette période-là, un festival international des poésies africaines en ligne qui a fêté sa 2e édition du 13 au 20 juin. J’ai tenu par toutes ces activités parce que le Coronavirus ne nous a pas aussi empêcher de vivre. Le Corona nous a juste montré d’autres voies, d’autres possibles, d’autres fenêtres, d’autre manières de vivre. On a dû réinventer notre quotidien, nos plaisirs, nos bonheurs. Réinventer aussi notre créativité et oser de nouvelles choses.

Comment définis-tu le Slam et que peut-il apporter à notre société ?

Pour moi le Slam est un art de l’humanité partagé. C’est la scène qui permet de partager son moi intérieur mais, ce moi qu’on a en commun avec les autres. C’est un art à la fois de la parole, mais aussi un art d’écoute, de partage. Le Slam peut apporter beaucoup de bien à la société. Déjà, favoriser le vivre-ensemble. Le Slam peut favoriser la tolérance entre les gens, entre les différentes strates de la société. Il favorise le partage et permet le respect des uns et des autres. Ecouter l’autre c’est l’accueillir, c’est lui accorder de l’importance, lui accorder une place. Cette écoute-là manque aujourd’hui dans la société. Le Slam peut nous apporter tout ça. A la fois l’écoute, mais aussi la parole. Disons même ’’paroler’’, c’est-à-dire, créer par la parole. Prendre confiance en soi et se dire que tout naît par la parole et que finalement Dieu que les gens prient tant, est dans notre bouche. Le Slam apporte la confiance en soi. La confiance aux autres aussi. Le Slam a tellement de valeurs qu’il peut apporter à la société. Que les gens viennent à la découverte du Slam et ils verront, ça change des vies.

(image d’archive). © D.R.

Quels sont vos thèmes de prédilection et pourquoi ?

Les thèmes que j’aborde le plus : la liberté, la justice, l’amour. L’amour dans le sens de s’aimer. Mais s’aimer maintenant, s’aimer vivant parce qu’on a tendance aujourd’hui à privilégier et accorder une place très importante à la mort. On accorde très peu de place à la vie. Aujourd’hui on ne fête quasiment plus les naissances des enfants. Mais, on dépense beaucoup pour les deuils. On investit beaucoup dans les deuils et dans les cercueils. On investit très peu pour soigner des gens, pour chérir des gens. Mon message est beaucoup tourné vers l’humanité. J’aborde aussi les questions de respect des droits humains, de respect de la vie, de respect de la femme. Cette femme qui est marginalisée, écrasée dans nos sociétés. Je m’adresse à la fois à la femme et à la société. Un des thèmes que j’adore aborder, c’est celui de la parole. Parce que je crois au pouvoir créateur de la parole. Je crois que la parole porte les germes des miracles. Et la parole a le pouvoir de changer nos vies.

Le Slam a-t-il un avenir au Gabon ?

Oui le Slam a de l’avenir au Gabon. La preuve, actuellement se tient le ’’Festival Slam tanding ovation’’. Récemment s’est tenu un concours de Slam. Donc le Slam a de beaux jours devant lui. Il y a de plus en plus de slameurs, il y a une nouvelle génération de slameurs. Le Slam s’étend aussi dans tout le Gabon. Mais, nous devons nous impliquer, nous devons agir et tous ceux qui nous entourent doivent mettre des moyens pour permettre à l’art en général d’éclore, de pousser, de porter des fruits pour que ces fruits deviennent à leur tour, des arbres qui porteront des fruits.

© D.R.

Un projet en perspective ?

Ce café-concert déjà. Mais aussi, la grande salle de l’Institut français du Gabon d’ici-là, c’est 400 places. Faire le tour du Gabon, faire le tour d’Afrique pour présenter mon album que le Corona a un peu mis en veille. Des clips aussi à l’horizon. Il s’agit donc-là de mes vœux. Je préfère dire vœux au lieu de projets, parce que je sais qu’ils finissent par se réaliser.

Qu’est-ce que vous n’avez pas dit et qui le mérite en dernier lieu ?

Je vous remercie de m’accorder cette place dans vos médias. Je remercie toutes ces personnes qui me suivent et j’invite d’autres à le faire notamment sur les réseaux sociaux. J’invite les gens à venir à ce café-concert et de venir tôt car les places sont limitées. Et surtout qu’ils n’oublient pas le respect des mesures et gestes barrières. C’est l’heure de reprendre.

 
GR
 

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