Presse gabonaise : entre reconnaissance et exigences
Représentant la presse lors de la traditionnelle cérémonie des vœux au chef de l’État, au nom de la corporation, Désiré Ename a livré, devant le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, un plaidoyer à la fois solennel et exigeant en faveur d’une presse libre, rénovée et pleinement actrice de la démocratie gabonaise.

Désiré Ename s’exprimant au nom de la presse, le 9 janvier 2026. © D.R.
Dès l’entame de son allocution, Désiré Ename a rappelé un acte fondateur du début de la Transition : le choix du président Oligui Nguema, le 4 septembre 2023, de placer la presse en tête des civilités protocolaires lors de sa prestation de serment. Un geste que les professionnels des médias considèrent encore comme hautement symbolique. « En donnant la priorité aux journalistes, vous exprimiez clairement votre volonté de soumettre votre gouvernance au regard critique de ceux dont la mission est de dire le vrai », a souligné le porte-parole de la presse pour qui cette posture présidentielle, renforcée par l’appel lancé quelques jours plus tôt aux journalistes à « dire sans crainte, mais dire la vérité », a marqué « une nouvelle aube pour la presse gabonaise ».
Établissant un lien direct entre démocratie et liberté d’informer, le représentant des médias a salué les mesures concrètes engagées depuis le début de la Transition : octroi de 500 postes budgétaires aux personnels de l’audiovisuel public, dotation financière des rédactions, réhabilitation des stations provinciales, permettant à Radio Gabon de couvrir à nouveau des zones reculées du pays, construction du siège de Gabon 24, désormais installé hors du Palais présidentiel, renaissance attendue d’Africa N°1. Mais le tableau n’est pas sans zones d’ombre. La Maison Georges Rawiri, siège historique de Gabon 1ère, est décrite comme un symbole de délabrement avancé.
L’urgence de sauver l’existant
Même inquiétude pour l’Agence gabonaise de presse (AGP), qualifiée de pilier indispensable, mais aujourd’hui fragilisée. Abordant la situation de la presse privée, Désiré Ename a rappelé la revalorisation récente de la subvention étatique, tout en alertant sur les effets de la crise mondiale du papier et la concurrence du numérique. Il a également plaidé pour une réforme de la Redevance audiovisuelle et cinématographique, afin qu’elle bénéficie réellement à l’audiovisuel public et à l’Institut gabonais de l’image et du son (IGIS), dont la modernisation est jugée indispensable à la relance du cinéma national.
Sur le plan des réformes, la presse souhaite une clarification juridique entre la dépénalisation des délits de presse inscrite dans le Code de la communication et leur maintien dans le Code pénal, ainsi qu’une fiscalité allégée pour les entreprises de presse. Regardant vers l’avenir, Désiré Ename a affiché une ambition claire : «faire du Gabon le futur hub des médias en Afrique». Dans cette perspective, il a annoncé la tenue à Libreville, du 21 au 25 janvier, de la première Conférence internationale de la presse francophone, sous l’égide de l’Union internationale de la presse francophone (UPF), souhaitant que l’événement se déroule sous le haut patronage du chef de l’État.
« Une presse libre, lorsqu’elle est responsable, ne constitue pas une menace pour l’État ; elle en est l’un des piliers les plus solides », a-t-il conclu. Un message à la fois de reconnaissance et d’exigence, qui place la refondation des médias au cœur du projet démocratique gabonais.
















0 commentaire
Soyez le premier à commenter.