TATIE

Deux blogs Mediapart viennent de publier une série de fac-similés éclairant d’une nouvelle lumière les facultés intellectuelles du fondateur de Satram, Lahcen Jakhoukh, au moment de la signature des actes notariés léguant le Groupe au Dr Moustapha Aziz. Il y est également question des liens de son fils avec les réseaux corses, souvent indexés par le PDG du groupe marocain.

Lahcen Jakhoukh, de son vivant. © D.R.

 

Au centre de la saga judiciaire pour le contrôle de la Société d’acconage et de transport maritime (Satram) et la succession de Lahcen Jakhoukh, de nombreux documents, notamment publiés sur les blogs Mediapart de Nkoulou et de Franck Édouard jettent un éclairage nouveau sur les derniers jours du fondateur décédé de cette entreprise, mais aussi sur les nouvelles accointances de son fils Tarek du même nom.

Le fait a été plusieurs fois relevé au départ de cette business story. Après le décès de Lahcen Jakhoukh, le 9 juin 2015, sa famille découvrait trois actes chez un notaire : un testament désignant son ami, Moustapha Aziz, comme légataire universel ; une procuration de donation d’un tiers du patrimoine de Lahcen Jakhoukh à Moustapha Aziz, et une reconnaissance de dettes d’une valeur de 10 millions d’euros (plus de 6,5 milliards de francs CFA). Les quatre enfants et l’épouse de Lahcen Jakhoukh clament alors que leur père et époux n’était plus en possession de ses facultés physiques et mentales, au moment où il a rédigé ces actes. S’en suit donc un ping-pong judiciaire dont on retiendra essentiellement qu’en juillet 2018, la famille Jakhoukh qui avait demandé la récusation de deux médecins experts, les docteurs Bayle et Cohen, devant statuer sur la question, a été déboutée par le juge du contrôle des expertises tribunal de grande instance de Paris, alors que durant le même mois, un rapport d’expertise graphique de la police judicaire marocaine prouvait que Lahcen Jakhoukh avait bel et bien signé lesdits documents. La famille Jakhoukh n’en démordra pourtant pas.

De son vivant, Lahcen Jakhoukh (à gauche), avec Mustapha Aziz. © D.R.

Facultés neuropsychiques et pressions de l’épouse

Les articles sus cités des blogs Mediapart viennent en rajouter une couche. Ils mettent sur la place publique des fac-similés signés, l’un par le Pr Henri Bismuth (président de l’Académie nationale de chirurgie, consultant honoraire de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, professeur émérite de l’Université Paris-Sud), et l’autre par le Pr David Machover des Hôpitaux universitaires Paris-Sud. Le signataire du premier certificat médical «atteste avoir suivi Monsieur Lahcen Jakhoukh de septembre 2014 à juin 2015, à l’occasion du ses séjours au CHU Paul Brousse. Je l’ai visité la dernière fois le 4 juin 2015, alors qu’il était hospitalisé. Je me suis entretenu avec lui sur son état de santé, il m’a déclaré qu’il se sentait amélioré. Il a fait preuve comme toujours d’une conscience parfaite. Je n’ai constaté aucune modification de son état mental.» L’auteur de la seconde attestation «certifie sous le sceau du secret professionnel avoir suivi Monsieur Lahcen Jakhoukh (…) pour une affection néoplasique grave depuis octobre 2014 jusqu’à la date de son décès le 09 juin 2015. Durant l’évolution de son affection, Monsieur Jakhoukh a conservé toutes ses facultés neuropsychiques, et était en pleine possession de ses facultés intellectuelles

En renfort de son article titré «Qui a tué Lahcen Jakhoukh fondateur du Groupe Satram», Franck Édouard publie également un fac-similé de la plainte de Lahcen Jakhoukh au tribunal de Grande instance de Nanterre. Long de 7 pages, le document relate avec moult détails, les pressions subies par le fondateur de Satram et démontre que sa femme, Mme Loudiyi, a fait le pied de grue malintentionné à son chevet, alors qu’il souffrait d’un cancer du pancréas. Ayant obtenu son certificat médical du médecin traitant, elle «et les enfants du plaignant, Monsieur Badr Jakhoukh, et Madame Ibtissam Jakhoukh, (adressent) par le biais de leur conseil, une lettre aux dirigeants de certaines sociétés présidées par le plaignant, notamment la société SAFOP, arguant que l’état de santé du plaignant lui interdisait de gérer ses affaires sous entendant qu’ils le substitueraient

Débutent alors un stratagème de pression et harcèlement de Monsieur Jakhoukh. Madame Loudiyi lui indiquant alors tous les jours «qu’il avait ce qu’il méritait et qu’il allait mourir». Lui reprochant notamment la plainte déposée conte son fils Tarik et elle au Maroc, elle lui demandait alors de se racheter, lui indiquant «qu’il pouvait mourir en paix en se désistant de sa procédure». Une lettre de désistement est alors rédigée que Lahcen Jakhoukh a refusé de signer, malgré les invectives et menaces. Il se trouvait, en effet, qu’en mars 2015, à la suite d’une plainte de lui-même, son fils Tarik Jakhoukh, ancien DG de Drapor, avait été condamné à trois années de prison ferme par le tribunal de Casablanca, pour prise illégale d’intérêts, abus de confiance, abus de biens sociaux, détournement de fonds, faux et usage de faux et de détournement de données informatiques.

Tareck Jakhoukh et de sa nouvelle épouse, sœur de l’épouse de Michel Tomi. © blogs.mediapart/franck-edouard

Fils emprisonné et déshérité

Selon l’article de Franck Edouard, le fondateur de Satram avait déshérité ce fils jugé indigne et «demandé à ce qu’il ne porte plus jamais son nom». Selon le même article, le concerné s’est récemment marié avec une certaine Habiba Helimi d’origine algérienne, dont «la sœur est la femme du parrain Michel Tomi». Le bloggeur trouve là une explication aux interminables tribulations de Satram au Gabon : la main noire des Corses du Gabon, déjà indexés par le Dr Mustapha Aziz, PDG du groupe marocain. Le but de ces machinations serait, selon l’auteur, de donner du crédit à Tarik, le fameux fils «indigne».

Et le bloggeur d’enfoncer le clou en laissant entendre que le «repris de justice est devenu le gendre de cette mafia corse en se remariant avec leur parente et call-girl Habiba Helimi. Un crime en plus car le nommé Tarik Loudiyi est toujours en instance de divorce avec son épouse marocaine Souni. Une polygamie punie par toutes les lois et surtout française où il a célébré le mariage par défaut.» Et un autre blog Mediapart, tenu par un certain Nkoulou, d’ajouter : «Tarik était polygame depuis longtemps. Il vivait déjà avec la fille NGARI sœur de la femme de Ali AKBAR et quelques autres avant de passer à l’acte avec l’aventureuse Habiba qui travaille aussi pour les services Algériens. C’est un secret de Polichinelle et c’est elle qui diffuse la publicité Polisario au Gabon et au Cameroun.» Tel quel dans le texte.

A plusieurs tiroirs, la saga Satram est visiblement loin d’avoir trouvé son épilogue. Il y a trois semaines, l’émission Surface ayant traité de cette affaire sur Gabon 1ère a été dénoncée et contredite par le Dr Mustapha Aziz, (lire «Entre les décisions de justice et l’émission Surface, le Dr Aziz explicite»). Saisie de certaines incohérences relevées par le PDG de l’entreprise, la deuxième partie de l’émission, programmée le 10 septembre 2020, a été interdite par la direction de la chaine. Selon le site d’information i24Gabon, l’émission Surface a finalement été suspendue pour une période de trois (3) mois. «Il est reproché à Moukouama et ses deux reporters d’avoir diffusé sur les réseaux sociaux un numéro qui n’avait été ni validé par la direction des programmes ni diffusé sur les antennes de Gabon 1ère. L’acte d’insubordination qui frôle le gangstérisme n’a pas été du goût des premiers responsables de la chaîne», relève le site. Décidément, les multiples rebondissements de l’affaire Satram pourraient alimenter un scénario de série télévisée à succès.

 
GR
 

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