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À l’Université Omar Bongo, le ministre en charge de la Lutte contre la Corruption a diligenté une enquête qui devrait permettre de faire la lumière sur des soupçons de détournement de deniers publics. Alors qu’il a dans son viseur l’ancien recteur et quelques responsables administratifs, le Syndicat national des enseignants et chercheurs (Snec) soupçonne un règlement de compte.

Le Snec émet des réserves sur l’enquête diligentée à l’UOB. © Franck Pàmar

 

Lors d’un point presse ce 13 juillet, le Syndicat des enseignants et chercheurs (Snec) s’est exprimé sur la situation à l’Université Omar Bono (UOB). Depuis plusieurs jours, elle est secouée par des auditions, jugées inopinées, de ses responsables administratifs par la police judiciaire avec, à la clé, la confiscation de 22 véhicules de service afin de vérifier s’ils sont détenus par les responsables administratifs en poste ayant droit. Disant encourager le respect du bien public, le syndicat dénonce cependant un vice de procédure. «Une méthode d’un autre âge qui a un arrière-gout de règlement de compte», a déclaré la vice-présidente du Snec.

Selon Nathalie Sima Eyi, l’autonomie administrative et financière de l’UOB a été violée, car la procédure normale aurait voulu que le recteur de l’UOB demande aux responsables administratifs n’étant plus en poste, de ramener les véhicules, et si ces véhicules ont été reformés, d’en apporter les justificatifs. À en croire son propos, en cas de non-exécution, c’est le recteur qui saisit soit les autorités de tutelle pour la conduite à tenir, soit la justice pour la récupération des véhicules chez les récalcitrants. «Alors, comment comprendre le déclenchement de cette action judiciaire sans que le recteur de l’UOB n’en soit l’initiateur, et encore moins informé préalablement, tout comme le ministre de l’Enseignement supérieur ?», s’est interrogé la vice-présidente du Snec dont le syndicat exige «la restitution de ces véhicules aux responsables administratifs en poste qui sont devenus, pour certains directeurs de départements, des bureaux ambulants, car manquant d’espace de travail affecté à leur service».

Le Snec vole au secours de Ropivia

Alors que l’enquête a été mise en branle par le ministre de la Bonne gouvernance, en charge de la Lutte contre la Corruption, le syndicat se demande si les dispositions législatives et réglementaires en République gabonaise autorisent ce ministre d’entreprendre de telles actions. «Le ministre Francis Nkea Ndzigue a tout simplement outrepassé ses prérogatives», soutient le Snec qui assimile cette attitude à «un acte de banditisme à condamner». Nathalie Sima Eyi et les siens flairent des «desseins inavoués de ses commanditaires, dont certains sont tapis dans l’ombre visent à humilier les enseignants-chercheurs et chercheurs, et surtout à incarcérer le Professeur Marc-Louis Ropivia».

«Le Snec n’acceptera jamais qu’un enseignant-chercheur ou un chercheur quel qu’il soit, puisse être victime d’une quelconque humiliation ou arrestation arbitraire avant que sa culpabilité n’ait été établie par les juges au cours d’un procès juste et équitable», a prévenu Nathalie Sima Eyi. Selon elle, le Snec n’acceptera aucune garde à vue ou détention préventive d’un enseignant-chercheur conformément à la Recommandation du 11 novembre 1997 de l’Unesco concernant la condition du personnel enseignant de l’enseignement supérieur. Son paragraphe 26, a-t-il rappelé, dispose qu’«Aucun enseignant du supérieur ne devrait faire l’objet d’une arrestation ou d’une détention arbitraires ni être soumis à la torture ou à des traitements cruels, inhumains ou dégradants. En cas de violation flagrante de leurs droits, les enseignants de l’enseignement supérieur devraient pouvoir saisir les instances nationales, régionales ou internationales compétentes telles que les organisations du système des Nations Unies, et les organisations représentant le personnel enseignant de l’enseignement supérieur devraient les appuyer pleinement dans de telles circonstances».

Le Snec charge Nkea

Pour le Snec, si Francis Nkea veut tant moraliser l’administration publique, son action, entamée à l’UOB, doit se poursuive à d’autres Universités et grandes écoles sans pour autant s’arrêter au niveau de l’Enseignement supérieur. «Elle doit s’étendre à d’autres administrations publiques telles que la Présidence de la République, le Sénat, l’Assemblée nationale, la Cour constitutionnelle, les régies financières, etc.», a dit Nathalie Sima Eyi qui demande aussi à ce que les résultats de ces procédures soient connus de tous. «C’est l’occasion d’ailleurs pour le ministre Francis Nkea Ndzigue de venir éclairer l’opinion publique sur les suites de l’affaire Kévazingo qui a conduit au limogeage d’un Vice-président et d’un ministre de la République», estime le Snec.

Le syndicat rappelle au ministre en charge de la Lutte contre la corruption que son absence des amphis de la Faculté de Droit et Sciences économiques pénalise les étudiants et participe du dysfonctionnement de ladite faculté, donc de l’UOB. «La moralisation de l’administration publique commence aussi par là», croient savoir Nathalie Sima Eyi et ses pairs.

 
GR
 

1 Commentaire

  1. Paul Bismuth dit :

    Les enseignants chercheurs ne sont pas en dessous des lois, mais ils ne sont pas au dessus de ces lois non plus. Donc s’il y a eu des comportements inappropriés au sein de l’administration de l’uob je ne vois pas pourquoi le ministre de la lutte contre la corruption ne pourrait pas saisir la justice afin que la lumière soit faite.
    Cependant je suis d’accord quand le premier responsable du snec nous dit que le travail de Nekea ne peut se limiter à l’uob. Les foyers de la corruption sont légion dans ce pays. Et nous sommes à peu près tous d’accord que la présidence, entre autres,renferme assurément les principaux corrupteurs et corrompus du Gabon.

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