À l’heure où les scandales politico-administratifs secouent le pays et où l’opinion réclame un sursaut d’intégrité publique, la remise en cause du système de nominations fondé sur la fidélité politique plutôt que sur le mérite s’impose avec urgence. Les récents procès et révélations sur les détournements de fonds publics ont révélé l’étendue d’un mécanisme délétère qui gangrène l’État et mine la confiance citoyenne. Dans la tribune suivante, Edgard Obame Ndemezock* plaide pour une rupture nette avec le «spoil system» et esquisse les fondements d’une gouvernance modernisée : professionnalisation de la fonction publique, encadrement rigoureux des nominations stratégiques, indépendance renforcée des organes de contrôle et véritable culture éthique comme colonne vertébrale du renouveau institutionnel.

Le « spoil system » constitue une vraie menace pour le développement de notre pays. Ces pratiques fragilisent l’État, encouragent les comportements opportunistes, créent un environnement propice à la corruption et affaiblissent la confiance aux institutions. © GabonReview

 

Edgard Obame Ndemezock,
Expert en stratégies de capital humain. © D.R.

Le récent procès de « la Young team », la remise en cause de certaines nominations à des postes dans la haute administration publique et parapublique ainsi que  les supposés détournements de fonds publics impliquant des acteurs politiques mettent clairement en lumière les limites de ce que les américains appellent  « spoil system », un procédé qui consiste à distribuer les postes publics en fonction de la loyauté ou de la récompense politiques en lieu et place du mérite ou de la compétence.

Ces pratiques sont largement décriées par l’opinion publique parce qu’elles fragilisent l’Etat, encouragent les comportements opportunistes, crées un environnement propice à la corruption et affaiblissent la confiance aux institutions.

Nous devons tirer des enseignements qu’un tel mode de fonctionnement a produit et proposer des alternatives qui puissent impacter durablement et positivement notre avenir. La première action consiste à maximiser la professionnalisation de la fonction publique avec des concours transparents et standardisés, des carrières gérées par des règles claires et des avancements basés sur la performance et la séniorité. Et, sans porter préjudice au pouvoir discrétionnaire dont jouissent les plus Hautes Autorités sur les nominations, on peut concevoir que ce processus soit davantage encadré par l’obligation d’une audition devant les instances agrées pour l’accès à des postes stratégiques du pays, c’est-à-dire ceux qui sont considérés comme essentiels pour garantir la stabilité politique, la sécurité nationale, le développement économique, la cohésion sociale et l’influence internationale. Un autre pan de cette démarche est le renforcement de l’indépendance des institutions de contrôle dont le prélude pourrait être la redéfinition des prérogatives de la Commission Nationale de la Lutte contre l’Enrichissement Illicite. Enfin, l’instauration d’une véritable culture d’éthique commande de fédérer sur cette question, les agents publics et, tout particulièrement, les fonctionnaires dépositaires de l’autorité publique,

Autant de leviers que nous devons mobiliser pour limiter les effets pervers du « spoil system » qui constitue une vraie menace pour le développement de notre pays et les signaux envoyés par les nouvelles autorités pour l’endiguer nous y encouragent.

Edgard OBAME NDEMEZOCK*

Expert en stratégies de capital humain.

Ancien DRH et SG de structures privées et parapubliques

 
GR
 

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