Pourquoi certains artisans de la Transition ont-ils été décorés quand les parlementaires qui ont légiféré et accompagné cette période restent à l’écart de la reconnaissance nationale ? Derrière cette différence de traitement se pose la question des critères, de l’équité et, plus largement, de la mémoire que la République choisit de conserver de cette séquence politique. Ancienne députée de la Transition, Flavienne Adiahenot* interpelle sans revendiquer de privilège : elle demande que soit expliqué ce qui distingue, aux yeux de l’État, ceux qui ont été honorés de ceux qui ne l’ont pas été.

Ils ont porté l’écharpe et les pins de la Transition. Le 17 août, la République a oublié leurs poitrines. © GabonReview

 

* Ex-députée de la Transition, membre de l’Union nationale, Flavienne Adiahenot s’est toujours engagée en faveur de l’éducation, de la jeunesse et du développement social. © D.R.

Une question me revient, avec constance : pourquoi les parlementaires de la Transition ne figurent-ils toujours pas, à ce jour, parmi les acteurs honorés pour leur contribution à cette période — alors que plusieurs responsables engagés dans les différents chantiers de la Transition ont, eux, reçu des distinctions ?

Il ne s’agit ni d’une revendication de privilège, ni d’une remise en cause des distinctions accordées à celles et ceux qui les ont méritées. Une décoration n’est ni un salaire, ni une récompense financière, ni un droit automatique attaché à une fonction. Elle relève d’une décision souveraine de la Nation, selon des règles et des critères qui lui sont propres. Il s’agit donc, simplement, de comprendre ces critères — et de savoir si les parlementaires de la Transition y ont été soumis au même titre que les autres acteurs de cette période.

Les parlementaires de la Transition ont pourtant porté une responsabilité singulière dans un moment singulier de notre Histoire. Ils ont légiféré, exercé leur mission de contrôle, participé à leur niveau à la construction institutionnelle de cette nouvelle étape.

Je me souviens de ces élus parcourant les neuf provinces pour des rencontres qui auraient pu être de grands moments d’écoute et de dialogue avec les populations. J’ai gardé le sentiment que ces rendez-vous au « tourisme payant » – n’ont pas toujours produit l’effet attendu car les populations locales ont parfois pu se sentir reléguées au second plan.

J’ai vu aussi, au gré de certaines proximités, des parlementaires bénéficier de véhicules — certains repartant même, dans certaines circonstances, avec leur véhicule de fonction. Je ne porte de jugement sur personne. Je constate. Et ce constat, avec le recul, interroge.

Des rencontres ont été organisées avec les parlementaires par province ; de nouveau j’y ai observé un tri parmi les personnes ayant eu l’opportunité de rencontrer le Président. Je ne souhaite pas alimenter la polémique sur ce point, mais ces choix ont laissé des interrogations légitimes, restées sans réponse.

C’est précisément pour cette raison qu’une question mérite d’être posée, avec sérénité : si l’État a jugé que la période de la Transition méritait de distinguer certains de ceux qui l’ont servie, selon quels critères certains ont-ils été reconnus, et d’autres pas ?

Un engagement est une promesse. Et cette promesse portait un nom : celui d’une patrie reconnaissante. Ce que nous connaissons aujourd’hui s’apparente davantage à une fin de mission discrète, presque embarrassante, et quelque peu confuse.

Ce qui aurait pu rester collectif, symbolique — notre décoration — nous est aujourd’hui refusé. Il existe peut-être des raisons à cela. Des critères. Mais il serait utile de les connaître. Par souci de transparence. Mais surtout d’équité.

Bientôt un an après, que reste-t-il de l’esprit d’inclusion censé guider cette nouvelle République ?

À l’heure où les révisionnistes sont légion, la reconnaissance nationale gagne toujours à être pensée dans un esprit de justice, de mémoire, de rassemblement. Car au-delà des distinctions, c’est la manière dont une République se souvient de ceux qui l’ont servie qui, finalement, compte le plus.

Je veux croire qu’avec le temps, cette question pourra être examinée avec la hauteur nécessaire, sans esprit de polémique ni volonté de revanche.

Nous ne demandons pas un privilège. Nous voulons simplement comprendre pourquoi ceux qui ont servi au même moment, dans la même institution, au nom de la même République, ne bénéficient pas de la même considération.

La mémoire d’une Transition appartient à la Nation tout entière. Elle ne devrait laisser personne au bord du chemin.

 

Flavienne ADIAHENOT*

Ancienne Député de la TRANSITION

 
GR
 

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