Face à l’émotion suscitée par la recrudescence de l’insécurité et des crimes rituels, la Révérende Docteur Estelle Ondo signe un plaidoyer vigoureux contre le retour de la sanction suprême. Entre héritage chrétien et standards internationaux, elle analyse les enjeux d’une justice qui doit soigner ses institutions plutôt que de céder à « la barbarie ». Pour l’auteure, la réponse aux sacrifices humains ne réside pas dans l’échafaud, mais dans l’éthique de la nomination publique et la modernisation de l’appareil judiciaire. Perspectives pour un Gabon fidèle à son engagement abolitionniste de 2010.

Pour la Révérende Docteur Estelle Ondo, la réponse aux sacrifices humains ne réside pas dans l’échafaud, mais dans l’éthique de la nomination publique et la modernisation de l’appareil judiciaire. © GabonReview

 

La Révérende Docteur Estelle Ondo. © D.R.

Du haut de cette tribune, il convient de rappeler que la gouvernance d’un État ne saurait se fonder sur des élans populistes ni sur des réactions dictées par l’émotion collective. La peine capitale, en tant que sanction ultime, ne constitue nullement une réponse à la recrudescence des crimes graves.

Héritée des codes antiques et des traditions coloniales, la peine de mort fut longtemps perçue comme l’expression suprême du pouvoir répressif. Pourtant, dès la seconde moitié du XXᵉ siècle, un mouvement mondial d’abolition s’est affirmé, porté par la reconnaissance universelle de la dignité humaine et par l’essor des instruments internationaux de protection des droits fondamentaux.

Dans ce contexte, le Gabon, après avoir suspendu les exécutions depuis 1985, a franchi en 2010 le pas décisif de l’abolition légale. Cette décision traduisait la volonté de l’État de se conformer à ses engagements internationaux et de se positionner comme un acteur responsable, en phase avec les standards africains et européens.

La véritable exigence réside aujourd’hui dans la consolidation des institutions. Cela implique :

  • Une formation continue et spécialisée des forces de sécurité ;
  • Des moyens matériels et techniques adaptés aux enjeux contemporains ;
  • Le développement d’une police scientifique moderne, garante de la vérité judiciaire ;
  • La formation des magistrats aux méthodes criminologiques et d’enquête ;
  • La création de services spécialisés pour un traitement rapide et équitable des crimes graves.

Ainsi, la protection des citoyens ne passe pas par le rétablissement de la peine capitale, mais par le renforcement des institutions, dans le respect des principes de légalité, de proportionnalité et des droits fondamentaux.

La recrudescence des crimes rituels, souvent observés à la veille de nominations à des postes de haute responsabilité, constitue une atteinte grave à la vie et à la dignité humaine. L’accès aux fonctions publiques doit être régi par la compétence, l’intégrité et le mérite, et non par des pratiques occultes ou criminelles.

Ces sacrifices humains, contraires à l’ordre public et aux valeurs républicaines, doivent être dénoncés avec fermeté par l’ensemble de la société, y compris les institutions religieuses. Pour la communauté chrétienne, le seul sacrifice reconnu est celui de Jésus-Christ, ainsi que le rappelle 2 Chroniques 7 :14. L’Église, en tant qu’acteur moral et spirituel, doit prendre toute sa place dans la condamnation de ces pratiques afin de restaurer la paix sociale et la confiance dans les institutions.

L’abolition de la peine capitale au Gabon fut une décision courageuse, marquant l’entrée du pays dans une ère de justice moderne et respectueuse de la dignité humaine. Revenir sur cette avancée serait céder à la barbarie. La véritable responsabilité de l’État est de bâtir des institutions solides, capables de protéger efficacement les citoyens tout en demeurant fidèles aux valeurs universelles des droits humains.

 

Révérende Docteur Estelle ONDO

 
GR
 

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