[Tribune] Pourquoi le Gabon doit-il s’attacher à développer son tourisme ?
La beauté d’un pays ne suffit pas à en faire une destination. Encore faut-il pouvoir y circuler, y séjourner et y découvrir des expériences qui donnent envie de revenir. Pour Christian Johnson-Ogoula, spécialiste gabonais du tourisme et de l’écotourisme, le Gabon doit désormais organiser ce qu’il se contente trop souvent de promettre : transformer ses patrimoines en activités, former aux métiers de l’accueil et faire bénéficier les populations des richesses créées. Une ambition qui se jugera aux emplois et aux revenus locaux, autant qu’à la préservation des sites.

Des paysages à découvrir, des métiers à developer: pour Christian Johnson-Ogoula, l’avenir touristique du Gabon se construit dans l’organisation de l’accueil et les revenus qui restent aux populations. © Association des Guides Professionnels du Gabon
Recevoir des personnes que l’on aime chez soi ne s’improvise pas. Avant leur arrivée, nous nettoyons la maison, préparons les chambres, organisons les repas et imaginons ce qui pourrait rendre leur séjour agréable. Pendant leur visite, nous veillons à leur confort et souhaitons surtout qu’elles repartent avec l’envie de revenir. À l’échelle d’un pays, le tourisme procède de la même logique: il faut préparer le territoire, organiser l’accueil et proposer une expérience dont le visiteur gardera le souvenir. Selon l’ONU Tourisme, le tourisme est un phénomène social, culturel et économique lié aux déplacements de personnes hors de leur environnement habituel, pour des motifs personnels ou professionnels. Ces déplacements génèrent des dépenses, des emplois et des activités.
Transformer nos ressources en activités
Le Gabon possède des forêts, des parcs nationaux, un littoral, des paysages et un patrimoine culturel remarquables. Mais une ressource ne constitue pas, à elle seule, un produit touristique. Le principe de la TIRAT (Typologie Intégrée des Ressources aux Activités Touristiques) permet de comprendre cette transformation : une ressource est mise en relation avec une ou plusieurs activités, et sa fonction initiale est complétée, parfois remplacée, par de nouveaux usages. Une rivière utilisée pour la pêche ou le transport peut aussi accueillir des excursions guidées; une forêt peut devenir un lieu de découverte et d’observation, sans perdre sa vocation écologique. Pour cela, il faut aménager des accès, prévoir des équipements, définir des conditions de pratique, former des professionnels et protéger le milieu. La ressource enrichie donne naissance à des services commercialisables. Reliés à l’hébergement, à la restauration, au transport et à la distribution, ces services constituent progressivement une industrie touristique.
Cette transformation exige une répartition claire des rôles. L’État et les collectivités préparent les conditions: routes, sécurité, formalités, réglementation, formation, protection des sites et information touristique. Les entreprises investissent, créent les produits, accueillent les clients et assurent leur commercialisation. Les communautés locales doivent participer aux décisions et bénéficier des emplois et des achats générés. Sans cette articulation, nous continuerons à parler du potentiel du Gabon sans parvenir à le transformer suffisamment en richesse.
Une stratégie, des métiers et un marché intérieur
La Stratégie nationale du tourisme 2025-2030 fixe précisément des orientations: renforcer la gouvernance, former les ressources humaines, améliorer les infrastructures, construire une offre attractive et une marque forte, faciliter l’accueil et mobiliser les financements. Elle inscrit le tourisme durable au cœur du développement des différents segments : écotourisme, tourisme culturel, balnéaire, d’affaires, de loisirs et tourisme intérieur. Ce cadre doit devenir une pratique quotidienne, avec des professionnels compétents, des investissements suivis et des résultats mesurables.
La Caravane touristique du Gabon répond à cette nécessité de développer d’abord le goût du voyage chez nous. Elle encourage les Gabonais à découvrir leur pays, met à l’épreuve les capacités d’accueil des opérateurs du tourisme et de l’artisanat à l’intérieur du territoire et rend visibles les besoins d’amélioration. Elle permet aussi de comprendre l’effet multiplicateur du tourisme: la dépense d’un voyageur profite au transporteur, à l’hôtelier, au restaurateur, au guide, à l’artisan et, indirectement, à leurs fournisseurs. Encore faut-il mesurer ces flux pour en apprécier les retombées réelles.
Faire connaître le Gabon et affirmer son identité
Le tourisme est également un instrument de rayonnement, ce que l’on appelle le soft power: « Put the country on the map », faire exister le Gabon sur la carte des destinations que le monde connaît et désire visiter. Un visiteur satisfait raconte son séjour et devient un relais de notre image. Mais cette image ne peut reposer seulement sur les paysages. Elle doit exprimer notre identité, notre histoire, notre hospitalité, notre cuisine, nos traditions et nos manières de vivre. L’artisanat y occupe une place essentielle: il donne une forme concrète aux savoir-faire et à une part du savoir-être gabonais, tout en créant des revenus dans les territoires. Sa valorisation doit respecter les artisans, les communautés et le sens de leurs créations.
Passer du potentiel à une économie durable
Le Gabon doit donc considérer le tourisme comme un métier et une politique de développement à part entière, non comme une simple opération de promotion. Il faut investir, former, coordonner les administrations, accompagner les entrepreneurs, protéger les patrimoines et mesurer les résultats. Le succès ne sera pas seulement le nombre de visiteurs, mais aussi les emplois, les revenus locaux, la qualité de l’expérience et la conservation des ressources.
Revenons à notre maison. Lorsque nous recevons des invités, nous ne nous contentons pas de leur dire qu’elle est belle. Nous la préparons, nous organisons leur séjour et nous faisons tout pour qu’ils s’y sentent bien. Le Gabon possède déjà la maison, ses paysages, ses cultures et ses traditions. Il lui appartient de la rendre accessible, d’organiser les services et de former ceux qui accueilleront ses visiteurs. C’est ainsi que le tourisme cessera d’être une promesse pour devenir une industrie créatrice de richesses, d’emplois et de rayonnement. Le tourisme ne commence pas lorsque le visiteur arrive, mais lorsque le pays décide de s’organiser pour le recevoir.
Par Christian JOHNSON-OGOULA
















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