Trois garçons nés dans la même nuit, au même souffle, sous le même scalpel. Une mère de 35 ans qui remercie Dieu d’une voix encore tremblante. Une prouesse médicale saluée dans tout le CHR de Port-Gentil. Et pourtant, au milieu des félicitations et des larmes de joie, une femme trouve la force de lancer un appel qui glacera plus d’un : «Je ne demande pas des couches ni du lait. Je demande du travail.» Derrière le miracle des triplés, une famille au bord du gouffre, et un pays face à ses propres manquements.

Trois garçons, une même nuit, un même souffle. Nés au CHR de Port-Gentil d’une mère qui remercie le ciel et interpelle l’État. © GabonReview

 

Dans la nuit du mardi au mercredi 22 avril 2025, le Centre hospitalier régional (CHR) de Port-Gentil a été le théâtre d’un événement aussi rare que bouleversant : la naissance de triplés, trois garçons en bonne santé, issus d’une césarienne d’urgence pratiquée aux alentours de minuit. Derrière la joie, une réalité sociale âpre.

Tout s’est précipité lors d’une consultation de routine. «La patiente s’était présentée pour un avis auprès de l’anesthésiste. Une hypertension a été détectée, ce qui a nécessité une prise en charge immédiate afin d’éviter toute complication», relate la major de garde. Pesant respectivement 2,700 kg, 2,500 kg et 2,400 kg, les nouveau-nés évoluent favorablement sous surveillance. Leur mère, Ladyca Simbou Mihindou, 35 ans, est hors de danger.

Éducatrice préscolaire dans le secteur privé, elle confie avoir vécu cette grossesse dans une stupéfaction totale. «Je ne m’y attendais pas du tout. Je rends grâce à Dieu. Je n’ai suivi aucun traitement, je n’en ai même pas rêvé», dit-elle, encore saisie par l’événement. Mais l’émotion cède vite la place à l’angoisse du lendemain. Déjà mère d’une adolescente de 14 ans, elle se retrouve à la tête d’une famille de cinq enfants sans filet de sécurité. «Financièrement, je ne pourrai pas m’en sortir. Pendant les vacances, je ne suis pas payée», lâche-t-elle.

Son compagnon, Wesley Ibimbi Nguele, titulaire d’une formation en logistique de santé, peine lui aussi à décrocher un emploi stable. Face à cette double vulnérabilité, Ladyca formule non pas une supplique mais une exigence structurelle : «Je ne demande pas des couches ni du lait. Je demande du travail pour mon concubin. Moi, je souhaite un logement et un capital pour lancer une activité. Cela fait dix ans que je travaille sans assurance. Je veux aussi que mes enfants soient assurés

Ces trois naissances agissent comme un révélateur. Elles posent, avec une acuité renouvelée, la question lancinante de la protection sociale au Gabon : couverture sanitaire, accès à l’emploi, sécurité des revenus. La joie collective ne saurait tenir lieu de politique publique.

 
GR
 

0 commentaire

Soyez le premier à commenter.

Poster un commentaire