Vague d’interpellations dans le milieu syndical : Simon Ndong Edzo arrêté à son tour
Après l’interpellation du syndicaliste Marcel Libama, c’est une autre figure de proue du syndicalisme enseignant, Simon Ndong Edzo, qui a été arrêté par les forces de l’ordre ce mardi 20 janvier à son domicile d’Awoungou, dans la commune d’Owendo. Ces arrestations successives interviennent dans un climat social délétère, alors que le système éducatif est en pleine ébullition. Depuis le lundi 5 janvier, une grève massive paralyse les établissements, témoignant du mécontentement profond des enseignants.

Simon Ndong Edzo, ancien leader syndical, arrêté à son tour. © D.R.
Selon plusieurs sources concordantes, Simon Ndong Edzo, ancien président du Syndicat autonome des enseignants du Gabon (SAEG) et figure de proue de la CONASYSED, a été interpellé tôt ce matin par les agents de la Direction générale des Recherches (DGR) à son domicile, situé au quartier Awoungou. Bien que désormais retraité, celui que ses pairs décrivent comme un «valeureux combattant» restait très actif sur le terrain des revendications sociales. Cette arrestation intervient dans un contexte de forte tension au sein du secteur de l’Éducation nationale.
«No money, no school» : un motif de discorde ?
Pour rappel, samedi 17 janvier dernier, Simon Ndong Edzo s’était joint au collectif SOS Éducation lors d’une assemblée générale au quartier Awendje. Devant une foule d’enseignants, il avait réaffirmé son soutien indéfectible au mouvement en lançant des formules percutantes telles que : «No money, no school» et «Derrière rien, il n’y a rien». Pour de nombreux observateurs, cette prise de parole publique, très critique envers la gestion actuelle de la crise scolaire pourrait être à l’origine de son interpellation.
À côté de ça, cette nouvelle interpellation fait suite à celle de Marcel Libama, une autre figure du syndicalisme gabonais, arrêté quelques heures auparavant à Libreville. Concernant ce dernier, les autorités judiciaires évoquent des faits «d’obstruction et d’entrave à la liberté». Désormais retraité de la fonction publique, ce dernier ne disposerait plus de la qualité administrative lui permettant d’intervenir à l’intérieur d’un service public en activité. Le même mobile aurait donc pu servir à l’interpellation de Simon Simon Ndong Edzo. Mais selon une tribune libre publiée sur la page du SAES, le syndicaliste ayant fait 37 ans dans l’enseignement est revenu sur les motivations qui l’ont poussé à se joindre au mouvement de grève.
D’après lui, il aurait été face à des reclassements et des avancements réguliers qui ne lui ont jamais été payés. Il affirme également que son temps n’est pas passé, que sa dignité n’a pas pris sa retraite et ses droits non plus. « Une dette reste une dette, qu’on soit en activité ou à la retraite. L’article 34 de la Loi n° 001/2005 portant Statut général de la Fonction publique gabonaise stipule clairement que tout fonctionnaire a droit à une rémunération correspondant à son grade et à son échelon. Le Code du travail, à l’article 61, précise que «toute rémunération due doit être payée». Toujours selon la tribune, aucune loi ne dit que cette obligation s’éteint quand l’agent part à la retraite. «Je ne réclame pas la charité. Je réclame justice», lit-on.
Le cri de détresse d’un retraité « oublié » par l’État
Retraité depuis trois ans, cet ancien agent public souligne qu’il a multiplié les démarches auprès du Budget et de la Fonction publique. Malgré ses relances, ses droits sont demeurés invisibles : «On m’a promis des vérifications, mais mon nom ne figure sur aucune liste de paiement», déplore-t-il. Affaibli par une santé déclinante, il a exprimé un sentiment de trahison profond : «Comment leur expliquer que le pays que j’ai servi toute ma vie m’a oublié ?». Refusant donc la fatalité, il a lancé un appel à la mobilisation de ses pairs : «Ne vous taisez pas. Ne laissez pas la honte ou la résignation vous paralyser. Nous avons le droit de réclamer ce qui nous appartient. Constituons-nous en collectif, rassemblons nos preuves et saisissons les juridictions compétentes». Telles sont donc les raisons qui ont poussé Simon Ndong à se joindre au mouvement de grève lancé par SOS Éducation.
Toutefois, le ciblage successif de ces leaders d’opinion, piliers du collectif SOS Éducation, soulève des inquiétudes quant à une volonté de décapiter la contestation sociale dans le secteur éducatif.
Pour l’heure, les autorités n’ont pas encore communiqué officiellement sur les motifs exacts de l’arrestation de M. Ndong Edzo. Cependant, la base syndicale semble déjà en ébullition. Ces arrestations en série pourraient soit essouffler le mouvement, soit, au contraire, servir de catalyseur à une mobilisation plus vaste dans les jours à venir. Ce bras de fer entre le ministère de l’Éducation nationale et le corps enseignant trouvera-t-il une issue favorable aux deux parties ? Nous y reviendrons.
Thécia Nyomba














1 Commentaire
Quelle honte. Voyez-vous, ces amateurs au pouvoir n’ont aucun bagage. A peine s’ils savent négocier. Pauvre Gabon!