Convaincue que l’état d’esprit est à la radicalisation dans chacun des camps politique et que les candidats n’ont plus l’entier contrôle sur leurs partisans, le médiateur de la République estime que la rencontre souhaitée par Ali Bongo n’est pas idéale maintenant. Face à la presse, ce mercredi à Libreville, elle suggère que ce dialogue se tienne après le verdict de la Cour constitutionnelle, de même qu’il s’étende au plus grand nombre, notamment à la galaxie des partis politiques autour des candidats.

Laure Olga Gondjout, le 21 septembre 2016 à Libreville © Gabonreview

Laure Olga Gondjout, le 21 septembre 2016 à Libreville © Gabonreview

 

Laure Olga Gondjout n’est pas favorable à la tenue d’un dialogue avant le verdict que devra rendre la Cour constitutionnelle, ce vendredi 23 septembre au plus tard. A un moment où l’atmosphère est minée par un manque de confiance mutuel profond, le médiateur de la République ne se fait pas d’illusions, d’où sa proposition d’attendre le délibéré de la Cour constitutionnelle pour la tenue de ce dialogue. Face à la presse ce mercredi 21 septembre, elle a indiqué que «les clivages entre partisans des deux camps sont devenus si rigides que les fondements de la nation sont oxydés».

Aperçu des représentants de la presse à la déclaration de Laure Gondjout. © Gabonreview

Aperçu des représentants de la presse à la déclaration de Laure Gondjout. © Gabonreview

Relevant que cela constitue une pression supplémentaire sur la Cour constitutionnelle, appelée à vider le contentieux postélectoral, l’ancien ministre des Affaires étrangères ne trouve pas pertinent la seule implication des leaders pour décrisper le climat sociopolitique, les partisans étant plutôt sous le contrôle des partis politiques. Ce dialogue, pense-t-elle, doit être un dialogue inclusif et doit se préparer à la base. «J’aurais été quelque part aussi rassuré si l’appel avait été lancé par les partis politiques qui ont soutenu la candidature du président Ali Bongo. J’aurai préféré que ce soit eux qui lancent cet appel à l’endroit des partis politiques qui ont soutenu la candidature de M. Jean Ping», a-t-elle indiqué.

L’ancienne secrétaire général de la présidence de la République a davantage insisté sur la nécessité d’associer à ce dialogue toutes les forces du pays. Pour elle, si l’hypothèse d’une réunion au sommet de la classe politique peut suffire pour apaiser les tensions, c’est tant mieux. Dans le cas contraire, a-t-elle martelé, il doit être inclusif. Sauf qu’au préalable un travail de réconciliation accompagné de mesures de décrispation fortes devrait le précéder.

A équidistance de tous les partis, donc dans une position non partisane, le médiateur de la République exhorte les amis du Gabon à s’abstenir des prises de position qui pourraient constituer des étincelles. «J’invite les uns et les autres à nous aider, en étant non pas des pyromanes, mais surtout des pompiers… Il faut que le peuple soit le centre de nos préoccupations», a-t-elle rappelé.

S’agissant de la stigmatisation avérée ou non de la province du Haut-Ogooué, Laure Olga Ngondjout s’est indignée du traitement qui en est fait, demandant que soit mis un terme à l’incrimination ou à la victimisation. Des attitudes instrumentalisées qu’elle impute aux politiques. «Ce sont des politiques à court d’idées qui utilisent des arguments fallacieux, des arguments ethniques, des arguments génocidaires à la limite, pour pouvoir obtenir ce qu’ils n’ont obtenu par les urnes. C’est très dangereux», a-t-elle prévenu.  Elle comprend bien que le verdict de la Cour constitutionnelle sera déterminant dans les comportements des uns et des autres. «J’espère que c’est avec beaucoup de circonspection, de doigté, que le verdict de la Cour constitutionnelle devrait être annoncé», a-t-elle souhaité.

Comme la majorité des Gabonais, le médiateur pense que les voyants d’une implosion sont au rouge. Une solution est activement recherchée : «Aujourd’hui, je ne sais pas, franchement je réfléchis à l’acte qui permettrait de sauver le Gabon. Le Gabon est en danger. Vous voyez effectivement qu’il y a des choses que je ne peux pas vous dire. Je n’ai pas une solution magique à proposer, mais ce que je peux dire chacun assumera la responsabilité de ses actes. S’il y a des actes, les commanditaires, comme les auteurs, assumeront.»    

Le Médiateur de la République est revenu sur la restriction des services de l’Internet qu’elle juge contre-productive, car l’économie numérique a été fortement atteinte, pense-t-elle. «Imaginez tous les opérateurs économiques du secteur numérique, leur activité a été sérieusement entamée. Qui va compenser toutes ses pertes ? Et les opérateurs de téléphonie mobile n’ont pas adressé d’excuses ni d’explications à leurs abonnés. Il y en a qui inondent encore leurs clients de promotions commerciales par SMS, alors que ceux-ci ne peuvent même plus émettre des SMS. Pour moi, ce sont des mesures – le rétablissement intégral de l’Internet et ses services – qui auraient l’avantage de pouvoir décrisper, un tant soit peu, la tension. Et c’est un appel que je lance à l’Agence de régulation, des communications électroniques et des postes (Arcep)», a-t-elle indiqué.

En conclusion de cet échange interactif, le médiateur de la République a déploré que son appel du 7 mai ait été mal apprécié. Une démarche qui, peut-être aurait pu prévenir le niveau actuel de tension, pense-t-elle. Laure Olga Gondjout reconnait toutefois que le dialogue est indispensable parce que les fondements de la nation gabonaise sont en train de s’oxyder.

Auteur : Alain Mouanda

 

 
 

11 Commentaires

  1. Christian dit :

    Ha Laure! il parait que nous sommes sur écoute.Regardez l’affaire du conseiller Ivoirien.Que voulez-vous qu’on vous réponde?C’est vous le Médiateur de la République.

  2. Bouabouvier dit :

    Je dois avouer que ce discours est plein de sens. Seulement,je me demande si il est sincère. A l’allure où vont les choses,la sincérité et l’honnêteté devraient prévaloir à mon avis. Des lors,que la Cour prenne de la hauteur et dise le Droit au nom du peuple gabonais!

  3. messowomekewo dit :

    Ali bongo a perdu les élections ,le dialogue pour faire quoi exactement? imaginez en France ou ailleurs un dialogue après une élection présidentielle,ce serait entre qui et qui? vous organisez une élection, vous la perdez et derrière vous voulez dialoguer,mais pour parler de quoi?
    vous êtes vraiment pitoyables.Dans tous les cas vous allez tuer tous les gabonais et vous resterez seuls ,à vous diriger vous-mêmes.

  4. Merci pour ton analyse objective. Le dialogue ne peut pas se faire sans tenir compte du préjudice subi par le peuple (les tueries, les tortures, les agressions, les enlevements), Ali n’a pas le droit de traiter le peuple gabonais ainsi, tout simplement qu’il veut l’alternance. Le Gabon a bien signé la charte de droit de l’homme.
    Le faire comme Ali l’entend c’est avoir du mepris vis a vis du peuple. Et la, on voit en Ali son obsession de rester au pouvoir. Ali doit promouvoir la transparence des resultats de l’élection pour garantir la paix et la tranquillité, on a pas besoin d’avoir une agregation pour comprendre ça.

  5. dave dit :

    Il n y a plus d’hommes honnêtes au sein de cette majorité. Et ce discours du médiateur le prouve largement car elle sait où est le mal, mais elle ne veut pas le dire. Donc pour moi c’est une perte de temps que d’écouter de tels argumentaires.

  6. SEMA dit :

    La CC n’a pas à prendre des gants et avoir du doigté pour annoncer les résultats connus de tous.On ne lui demande pas de juger,c’est pas son rôle,il lui est demande,de constater qui a gagné les élections sur la base des PV soutient des bureaux de vote.Et si elle a un doute sur les PV elle appelle tous le monde,communauté internationales inclue, dissipe le doute et constate le vainqueur.
    Madame la Médiatrice,TV+ est allé voir cette Arcep,elle a répondu qu’elle n’en savait rien du pourquoi du manque d’internet,le procureur de la République quant à lui avait que les arrestations et autres emprisonnements n’étaient pas de son ressort.Aux fait des choses,je vous pose la question;tout cela est donc de qui?Ping ou Ali?
    Je comprends que vous êtes médiatrice mais ne tournons pas autours du pot.Dites les choses clairement,on vous assassinera peut-être mais la vérité sera dit.

  7. Le corp de garde dit :

    Quand les médiateurs prennent des positions et indexent avant le dialogue les assises deviennent impossible et c’est dommage

  8. Ari dit :

    Ce mediateur de la Republique est une veritable marionnette. Quelle hypocrisie???
    S’agissant de la coupure et restriction des services de l’internet. Pensez-vous chere madame, si vous etes honnete qu’Arcep ait cette capacite et non la presidence de la Republique (Ali Bongo) a plonger tout un pays dans ce couvre feux numerique sans precedent.
    Retenez tout simplement Ali Bongo, tel un chien sans laisse et aggresif (ou en rage), mordant au passage tout le monde.
    Jean Ping a gagne les elections presidentielles 2016 au Gabon. Les populations l’ont clairement exprime a plus de 60%. Comment madame vous le faire comprendre, a vous, a Ali, a la Cour constitutionnelle, et quelques uns des Pdgistes?

  9. iruanintchango dit :

    Ali Bongo a détruit la paix chair a son père au point de tuer les gabonais et promet d’en tuer suffisamment si nous ne restons pas chez nous lorsque sa mère le proclamera gagnant

  10. chance dit :

    Discours politique, et si la cour rendait un verdict contraire à la réalité ? quelle doit etre la réaction du peuple ?

  11. Nzamata mine dit :

    Que Monsieur Ali reconnaisse d’abord la victoire de Monsieur Ping et après, on parlera de ce dialogue qu’il a refusé depuis 2010…

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