3,5 millions d’habitants au Gabon : derrière l’explosion démographique, les économistes alertent sur le poids de l’immigration
Avec une population officiellement portée à 3,51 millions d’habitants en 2026, contre environ 1,8 million en 2013, le Gabon doit adapter ses politiques publiques à une nouvelle réalité démographique. À l’Université Omar-Bongo, des chercheurs ont notamment pointé le poids de l’immigration et la faible contribution d’une partie des migrants aux mécanismes fiscaux et sociaux.

Le poste-frontière de Kabala, entre le Gabon et la République du Congo. Si les Gabonais se disent ouverts aux étrangers, la libre circulation régionale reste, elle, un sujet de méfiance, y compris pour les économistes. © GabonReview
Le nouveau visage démographique du Gabon ne se résume pas à une hausse spectaculaire de sa population. Il pose aussi la question de la capacité de l’État à maîtriser les flux migratoires et à en tirer un bénéfice économique et fiscal. C’est l’un des principaux enseignements d’un atelier scientifique organisé récemment au département des Sciences économiques de l’Université Omar-Bongo, autour du thème «Les enjeux économique de la dynamique démographique au Gabon».
Réunis au sein du Centre d’économie publique (CEP), chercheurs et doctorants ont analysé les implications économiques et sociales de cette nouvelle donne. Selon les données présentées, les résidents étrangers représenteraient désormais 34,11 % de la population, contre 65,89 % de nationaux.
L’immigration au cœur du débat
Pour les chercheurs, cette forte présence étrangère appelle une réponse publique mieux structurée. Directeur du CEP, le Pr Médard Mengue Bidzo estime notamment que l’économie gabonaise doit davantage tirer parti du travail fourni par les migrants, tout en renforçant leur contribution au financement collectif.

Un moment de l’atelier avec le Pr Médard Mengue Bidzo. © GabonReview
«La plupart de ces migrants travaillent dans le secteur informel et, en plus, ne contribuent pas à la cotisation sociale», a-t-il relevé. Dans le même temps, poursuit-il, «le Gabon assure aux migrants la protection sociale et même la protection civile».
Le chercheur plaide ainsi pour une politique migratoire permettant une meilleure formalisation des activités et une contribution accrue aux recettes publiques. «L’État va profiter des recettes qui viendraient de là grâce à l’impôt», a-t-il expliqué.
Adapter les politiques publiques
Au-delà de la seule question migratoire, l’augmentation de la population bouleverse les paramètres de planification. Elle affecte notamment les besoins en infrastructures, en logements, en éducation, en santé et en services sociaux, mais aussi les calculs du revenu par habitant.
Secrétaire générale du CEP, la Dre Estelle Nkale Bougha Obouna a souligné que ces nouvelles données démographiques «interrogent directement les politiques publiques, les modèles de planification et les estimations du revenu par habitant».
Les chercheurs recommandent également un renforcement du contrôle et de la sécurité aux frontières. Pour le Pr Mengue Bidzo, «il faut qu’à nos frontières il y ait une politique de sécurité». Une orientation qui traduit la nécessité, pour le Gabon, de mieux encadrer ses flux migratoires tout en transformant sa croissance démographique en levier de développement.
















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