59 mères mortes à l’hôpital en 2025 : l’OMS signe le réquisitoire que le Gabon officiel n’osera jamais lire à voix haute
Lisez ce chiffre lentement : cinquante-neuf. C’est le nombre de mères gabonaises mortes dans un hôpital en 2025. Pas en forêt. Pas sans soins. À l’hôpital, dans un lit, dans un pays qui se targue d’un taux de couverture maladie de 76 %. Neuf de plus qu’en 2024, soit une hausse de 18 % en un an, que l’Organisation mondiale de la Santé inscrit noir sur blanc dans son rapport annuel. Ces femmes avaient fait ce qu’il fallait faire. C’est le système qui a failli : sous-équipé, sous-financé, incapable de gérer une hémorragie ou une éclampsie dans les minutes qui séparent la vie de la mort. Le Gabon a des discours. Ce qu’il n’a pas, ce sont des maternités dignes de ce nom. L’OMS vient de le dire.

En 2025, 59 femmes gabonaises arrivées enceinte dans une maternité n’en sont pas ressorties vivantes. (Source : Rapport annuel OMS-Gabon 2025). © GabonReview/Shutterstock
Dix-huit pour cent (18%). C’est l’augmentation des décès maternels hospitaliers entre 2024 et 2025. De 50 à 59 en un an, dans les seules structures civiles, hors formations militaires. Ce chiffre n’est pas une anomalie conjoncturelle, ni un accident de parcours. Il s’inscrit dans une trajectoire que l’OMS décrit sans ménagement : plateau technique insuffisant, conditions d’asepsie défaillantes, ruptures de médicaments essentiels, prise en charge inadéquate des urgences obstétricales. Des femmes qui arrivent à l’hôpital. Qui font confiance au système. Et qui meurent quand même.
Mortes à l’hôpital, pas malgré lui

D’un côté, les promesses d’un système. De l’autre, le verdict de l’OMS : des maternités sous-équipées, des médicaments en rupture, et 59 femmes mortes là où elles devaient être sauvées. © GabonReview
Le rapport OMS introduit une notion que le grand public gabonais mérite d’entendre : le «troisième retard». Dans la chaîne de mortalité maternelle, on distingue trois ruptures fatales : le retard à reconnaître le danger, le retard à rejoindre une structure de soins, et le retard à être correctement prise en charge une fois sur place. C’est ce troisième retard que l’OMS identifie comme facteur majeur de décès au Gabon. Le plus impardonnable des trois. Celui qui se produit dans le périmètre même du système, là où toutes les conditions théoriques de survie sont censées être réunies.
Pour y répondre, l’OMS a fourni des stérilisateurs, des médicaments essentiels, du matériel obstétrical à plusieurs formations sanitaires. Nécessaire, certes. Mais révélateur : un pays qui a besoin d’une agence internationale pour équiper ses maternités en matériel de base n’a pas un problème technique. Il a un problème de priorités, de volonté et d’allocation budgétaire.
399 morts pour 100 000 : le chiffre que le Gabon refuse de regarder en face
Le taux de mortalité maternelle global du Gabon est de 399 décès pour 100 000 naissances vivantes, selon l’Enquête démographique et de santé 2019-2021. En France, ce taux est inférieur à 10. Au Maroc, autour de 20. Dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne moins dotés que le Gabon, il oscille entre 200 et 300. Le Gabon, lui, exporte du pétrole, du manganèse, du bois. Il affiche l’un des PIB par habitant les plus élevés d’Afrique centrale. Et il laisse mourir 399 mères pour 100 000 naissances. Ce n’est pas une fatalité géographique. Ce n’est pas une malédiction climatique. C’est un choix : budgétaire, organisationnel, politique.
La couverture CNAMGS à 76 % ne change rien à cette équation. Avoir une carte d’assurée ne sert à rien face à une hémorragie du post-partum ou une éclampsie si la maternité manque de médicaments, de stérilisateurs et de personnel formé pour intervenir dans les minutes qui décident de tout. L’assurance maladie protège contre le coût des soins. Elle ne protège pas contre l’absence de soins.
Ce que 59 familles attendent
Cinquante-neuf femmes. Cinquante-neuf noms engloutis dans les tableaux de notification hebdomadaire du système d’information sanitaire gabonais. Cinquante-neuf dossiers qui mériteraient chacun une enquête approfondie, une commission nationale de revue des décès maternels, une réponse publique et nominative aux familles endeuillées.
Le président de la République a fait de la santé une priorité nationale inscrite dans le Plan de croissance et de développement 2026-2030. Le Plan national de développement sanitaire 2024-2028 promet une réduction de la mortalité maternelle. Ces engagements ont une valeur : précisément celle qu’on leur donne en équipant les maternités, en formant et en déployant les sages-femmes, en finançant les urgences obstétricales, en rendant des comptes publiquement sur chaque mort évitable.
En attendant, le compteur tourne.












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