Séraphin Moundounga : que fait dans une commission consultative l’homme qui a dit non ?
Il a dit non à Ali Bongo au sommet de sa puissance, choisi l’exil plutôt que la compromission, et attendu sept ans que le Gabon lui revienne. Séraphin Moundounga est l’une des rares figures politiques gabonaises dont la trajectoire force le respect, précisément parce qu’elle a coûté quelque chose. Alors quand le Conseil des ministres du 22 mai 2026 le nomme président de la Commission nationale de la démocratie et de la participation citoyenne, la question qui s’impose n’est pas protocolaire : elle est brutale. Cet homme-là méritait-il mieux, et ce poste mérite-t-il un homme comme lui ?

Séraphin Moundounga, figure de l’intégrité gabonaise, à la tête d’une institution dont tout dépendra de la volonté politique de l’écouter. © D.R.
Né le 29 février 1964 à Tchibanga, juriste rigoureux et homme de devoir, Séraphin Moundounga avait choisi en 2016, alors ministre de la Justice, Garde des Sceaux et vice-Premier ministre du régime Bongo, de dire non : non à la réélection contestée, non au refus de transparence, non à la violence institutionnalisée. Sept années d’exil en France avaient suivi, avant que le coup d’État du 30 août 2023 ne rouvre les portes du pays. Son retour sur le tarmac de l’aéroport de Libreville avait été célébré par des dizaines de personnes arborant des tee-shirts à son effigie.
La trajectoire depuis lors dessine une courbe que l’on pourrait qualifier d’ascendante puis descendante. Nommé président du Conseil économique, social et environnemental de la Transition dès octobre 2023, il avait ensuite été propulsé vice-président de la République le 5 mai 2025. Moins de huit mois plus tard, il quittait l’exécutif, remplacé par Alexandre Barro Chambrier dans la nouvelle architecture de la Vème République. Le 22 mai 2026, il réapparaît… à la tête d’une commission consultative.
Un recyclage bienveillant
La nomination relance les interrogations sur la capacité du pouvoir à recycler ses figures politiques dans des institutions consultatives, au moment même où cette nouvelle commission est censée raviver la participation citoyenne et consolider la crédibilité démocratique du pays. La Commission nationale de la démocratie et de la participation citoyenne (CNDPC), créée par ordonnance le 26 février 2026, est la nouvelle version du Conseil national de la démocratie, une structure dont les attributions restent, pour l’heure, peu connues du grand public.
Il faut être juste : le profil de Moundounga n’est pas mal assorti à cette mission. Un homme qui a démissionné d’un gouvernement au nom de l’intégrité électorale, qui a passé sept ans en exil plutôt que de cautionner une fraude, a une légitimité naturelle pour présider une commission dédiée à la démocratie. Sur ce plan, la nomination n’est pas absurde. Elle est même, d’une certaine façon, cohérente avec son histoire.
La vraie question
Reste que le poste n’est pas à la hauteur du personnage. La vraie question est celle des pouvoirs réels de la CNDPC. Une commission consultative n’a, par définition, que le poids que lui accorde celui qui la consulte. Si Oligui Nguema s’appuie réellement sur elle pour calibrer ses réformes démocratiques (calendrier électoral, droit des partis, libertés publiques, financement de la vie politique) alors Moundounga peut y peser. Son carnet d’adresses, sa légitimité morale et sa connaissance des arcanes institutionnels gabonais en font un président potentiellement influent, capable de donner à cette structure une autorité que son texte fondateur ne lui confère pas spontanément.
Si en revanche la CNDPC se résume à produire des avis que personne ne lit et des rapports que personne ne cite, alors cet homme, qui a renoncé à un portefeuille ministériel pour ses convictions et survécu sept ans d’exil pour les défendre, se retrouvera à présider une chambre d’écho. Ce serait un gâchis, pour lui, mais aussi pour un pays qui a besoin, sur les questions démocratiques, de voix crédibles et indépendantes plutôt que de commissions bien nommées et peu écoutées. Son parcours mérite mieux. Reste à savoir si l’institution qu’on lui confie en est capable.












1 Commentaire
Ce monsieur appartient à une génération qui devrait justement passer la main. Il a longtemps été présent en politique et a eu le temps de contribuer.
Regardez, par exemple, la composition du gouvernement togolais : elle est plus jeune, plus adaptée aux enjeux de son temps, et semble davantage tournée vers une gouvernance moderne, le développement et l’utilisation d’outils actuels et pointus.
Des profils comme Séraphin Moundounga n’ont probablement plus le temps nécessaire pour approfondir les nouveaux enjeux liés à l’intelligence artificielle et aux autres outils modernes qui transforment aujourd’hui la pratique du droit, l’administration de la justice et la gouvernance publique. Des sujets relèvent justement de son domaine.
À mon avis, le poste pour lequel il a été nommé correspond déjà mieux à son profil. C’est même une forme de reconnaissance. Refuser certaines nominations ne signifie pas rejeter une personne. Cela peut simplement vouloir dire que l’on aime son pays et que l’on souhaite que chacun soit placé là où il peut réellement être le plus utile.
Le pays a besoin de personnes compétentes, outillées, à l’aise avec les enjeux contemporains, capables de tirer l’administration et la nation vers le haut. Il ne s’agit pas de distribuer les meilleures places par copinage ou par reconnaissance personnelle. Le pays n’est pas un gâteau à partager : c’est une responsabilité collective.