Notre pays semble n’a pas retenu l’attention du think tank australien. Pourquoi ? Du fait de la faible présence du virus sur son sol ? Pour d’aucuns, cette hypothèse n’est pas dénuée de sens.

Les Gabonais ont la conviction d’être soumis à un régime motivé par des images d’ailleurs. «Copier-coller», disent-ils, goguenards, comme pour accuser le gouvernement d’agir par mimétisme, sans réflexion aucune. © Gabonreview/France24

 

Le Gabon est-il un foyer de propagation du covid-19 ? Son taux d’incidence, c’est-à-dire le nombre de personnes infectées dans une population de 100 000 habitants, justifie-t-il les mesures imposées à sa population ? Son taux de reproduction, c’est-à-dire le nombre de cas secondaires provoqués par une personne infectée, nécessite-t-il une limitation des déplacements ? Son taux de positivité, c’est-à-dire la proportion de personnes infectées par rapport au nombre de personnes testées, justifie-t-il une réduction des contacts humains ? Si elles ont toujours présenté un intérêt, ces questions méritent des réponses scientifiquement valables. Surtout depuis la publication de l’étude du Lowy Institute sur la gestion de la pandémie. Absent de ce classement, notre pays n’a pas retenu l’attention du think tank australien. Pourquoi ? Du fait de la faible présence du virus sur son sol ? Pour d’aucuns, cette hypothèse n’est pas dénuée de sens.

Accès aux archives du Copil

Ayant fait de la lutte contre la covid-19 l’essence de son action, le gouvernement se trouve pris à revers. Si sa parole est mise en doute, sa stratégie s’en trouve invalidée. Certains convoqueront le principe de précaution. Ils parleront de dommages potentiels et de mesures anticipatives. D’autres disserteront sur la responsabilité de l’Etat. Ils s’appesantiront sur l’obligation de protéger les populations. Mais, la question de fond restera : dans le doute, n’est-il plus raisonnable de se garder de prendre des mesures aux coûts exorbitants ? En absence de connaissances, fallait-il céder au précautionnisme ? Était-il opportun d’en faire autant, au risque de déstructurer la vie économique et sociale ?

On peut certes contester la méthodologie du Lowy Institute, notamment ses indicateurs. On peut aussi douter de la fiabilité de ses données. On peut même lui opposer la possibilité de s’adresser directement aux Etats. Ces objections ne lèveront aucun doute. Bien au contraire. De par la taille et la densité de sa population ou son système de gouvernance, le Gabon fait partie des pays avantagés par cette étude. Comme le souligne l’institution australienne, «les petits pays (dont la population est inférieure à 10 millions d’habitants) se sont révélés plus agiles (…) pour gérer l’urgence sanitaire.» Au-delà, «il a (…) été plus facile pour les gouvernements autoritaires d’imposer (…) un verrouillage initial.» Pourtant réputé pour sa faiblesse démographique et l’autoritarisme de ses dirigeants, notre pays ne figure pas dans ce classement. Principaux pourvoyeurs de données, l’Université d’Oxford et le Global change data lab n’ont-ils pas eu accès aux archives du Comité de pilotage du plan de veille et de riposte contre l’épidémie à coronavirus au Gabon (Copil) ? Quand on connait le tropisme britannique d’Ali Bongo, on ne peut y croire.

Un discours chiffré et circonstancié

Loin de nier l’existence de la Covid-19, les Gabonais s’interrogent. Demandeurs d’une stratégie en phase avec la réalité locale, ils cherchent à cerner les fondements des options gouvernementales. Ils veulent aussi comprendre comment une crise sanitaire s’est-elle muée en question sécuritaire. Sur l’omniprésence des hommes en armes dans leur vie de tous les jours, sur la pertinence scientifique du couvre-feu et de ses horaires, comme sur la nature ou les effets à long terme de tous liquides utilisés à l’entrée des lieux publics, ils s’interrogent. En leur entendement, la stratégie nationale doit reposer sur trois données de base : le point de départ de la chaine épidémiologique, le taux de morbidité et le taux de létalité. Volens nolens, ils ont la conviction d’être soumis à un régime motivé par des images d’ailleurs. «Copier-coller», disent-ils, goguenards, comme pour accuser le gouvernement d’agir par mimétisme, sans réflexion aucune.

Pour sûr, le gouvernement a eu vent de l’étude du Lowy Institute. Par éthique, il aurait intérêt à livrer son interprétation. Par souci de transparence, il gagnerait à s’expliquer. A charge pour lui de construire un discours chiffré et circonstancié. Déjà, des critiques fusent. Livrant leur interprétation des données disponibles, pointant les promesses non-tenues, de nombreux internautes doutent de la réalité de l’épidémie. Dénonçant la vente des masques ou le coût du test PCR, d’autres parlent de «coronabizness», pour reprendre le mot de Marc Ona Essangui, militant écologiste et défenseur des droits humains. Autrement dit, l’exécutif est soupçonné de profiter de la crise sanitaire pour s’en mettre plein les poches. Au risque de pousser les populations à ne plus croire en l’existence du coronavirus, il leur doit quelques explications.

 
GR
 

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