[Tribune] Le fatal faux pas du ministre de l’Intérieur
À quoi bon parler de rupture si la fraude électorale demeure la règle? Les mêmes stratagèmes honteux – bourrages d’urnes, faux procès-verbaux, procurations illégales – se sont répétés sous les yeux d’un peuple qui croyait à la fin des tricheries. Privat Ngomo dénonce, avec virulence, cette « mangeoire politique » où l’ambition égoïste a supplanté le patriotisme, et fustige des ministres-candidats coupables de trahir à la fois le peuple et le chef de l’État.

«L’appât ineffable du gain, l’ambition égotique et le non-respect de l’éthique républicaine traduisent à suffisance l’absence de patriotisme et de don de soi», dixit Privat Ngomo. © D.R.

Privat Ngomo, conseiller du président de la transition. © D.R.
Selon l’entendement de tout républicain consciencieux, un élu du peuple doit être porté, d’une part, par des convictions en conformité avec l’idéologie politique qu’il a embrassée, et d’autre part, par le patriotisme qui l’anime et le pousse à vouloir servir ses concitoyens. Les qualités attendues d’un élu qui représente une part de la nation sont, entre autres, la probité morale et l’honnêteté intellectuelle. Ces qualités fondamentales de l’élu rassurent le peuple qui a ainsi la conviction que la personne qu’il a choisie sera à la hauteur de la tâche de représentation. Entendu qu’il sera fidèle au discours de campagne électorale qui lui a permis d’être élu. Des élus probes et honnêtes au service d’un peuple qui les mandate afin de voir ses conditions de vie s’améliorer. L’exigence républicaine est là !
Sur cette base morale qui fixe le contrat républicain entre le peuple et ses représentants, on ne peut accepter que des candidats pressentis pour être député s’adonnent à des pratiques détestables, en contradiction flagrante avec l’éthique qu’ils sont sensés respecter. Comment comprendre que des ministres de la République – que je ne peux nommer ici par décence -, candidats aux élections législatives et locales, ont usé de fraudes grossières pour se faire élire : déplacement de populations ou bœufs votants, bureaux de vote fictifs, procurations illégales, faux procès-verbaux, bourrage des urnes, … ? Quelle image ces responsables ministériels renvoient-ils au peuple qu’ils veulent représenter ? Sont-ils, un tant soit peu, conscients, qu’ils érodent sévèrement l’image du président de la République qui les a choisis d’entre tous, et pire, qu’ils trahissent la confiance que le chef de l’Etat, en « bâtisseur suprême », essaie d’établir de manière durable avec les populations qui l’ont bien plébiscité, le 12 avril 2025 ?
On attendait du ministre de l’Intérieur qu’il relève le défi de ces élections locales et législatives, comme il avait su le faire avec brio, lors des précédents scrutins du référendum en novembre 2024 et de l’élection présidentielle d’avril 2025. Hélas, les graves irrégularités constatées dans une dizaine de bureaux de vote sur les 2840 environ, sont de nature à porter objectivement un discrédit sur l’ensemble du processus électoral. Rappelons que la liste électorale n’a pas été révisée, que tous les électeurs ne disposent pas de carte nationale d’identité pour voter, que certains bulletins de vote de candidats retenus ne figuraient pas dans le bureau de vote, que parfois, il n’existait pas d’isoloir pour voter secrètement, que l’usage abusif des procurations n’a pas été régulé par les présidents de bureaux de vote….
Disons-le très clairement. Sans vouloir nuire à un ministre dont la valeur intrinsèque n’est pas remise en cause ici, celui-ci devrait tirer les conclusions qui s’imposent, au regard de ce désastre électoral, en évitant au président de la République gabonaise de ne point bien achever cette transition politique qui avait pourtant superbement bien commencé, le 30 août 2023. Les citoyens gabonais enthousiastes voulaient que toutes les élections générales de la Transition se passent bien, à l’instar de la présidentielle. Ainsi, un message fort aurait été envoyé et compris du peuple gabonais : le temps de la fraude électorale est bien fini ! De cette façon, le Gabon entrait sereinement dans la Nouvelle République, initiée par Brice Clotaire Oligui Nguema. Avec ce raté électoral, le grand chlem ne sera pas remporté. Dommage ! Cela est une tâche indélébile à l’aube de la 5ème République. Il faut malheureusement le déplorer, d’autant que le coup de libération du 30 août 2023 trouvait sa justification dans le cataclysme électoral que le système Bongo-PDG avait généré.
Pour corriger le tir, comme l’a annoncé le Vice-président, lors de sa brève allocution, du 29 septembre 2025, que les recours s’opèrent dans un cadre légal, que les enquêtes soient menées pour sanctionner les actes inciviques, et que les élections locales et législatives annulées soient reprises dans de meilleures conditions de transparence. Les ministres battus ne devraient logiquement plus être reconduits car ils affaibliraient ainsi la politique du gouvernement, écorneraient l’image du chef de l’Etat, et pire, amoncèleraient de sombres nuages sur le début du septennat. C’est autant de choses qui sont de nature à mal clôturer la Transition, et à mal commencer le mandat septennal.
Je souhaite terminer ce court propos en faisant une proposition.
L’appât ineffable du gain, l’ambition égotique et le non-respect de l’éthique républicaine traduisent à suffisance l’absence de patriotisme et de don de soi manifestés par nombre de candidats. Cette ruée vers l’or politique s’explique par les avantages et privilèges que l’on retire de la fonction de parlementaire. Si on réduit considérablement la surface de ses avantages et privilèges, on aurait alors moins de candidats intéressés et donc moins de fraude. Seuls se présenteront, les citoyens sincèrement portés par le désir du service républicain. En Chine, les députés n’ont pas d’allocations autres que celles qu’ils touchent dans le cadre de leur profession. A titre d’exemple, un ingénieur payé à 2.500.000 FCFA, élu parlementaire, continuerait à toucher cette allocation tout en étant parlementaire, quand un instituteur, recevant 600.000 FCFA de salaire, continuerait à les percevoir, parlementaire devenu. La question de l’argent serait ainsi résolue drastiquement à la base pour que le Parlement gabonais ne soit plus une simple mangeoire et une caisse de résonnance comme il l’a été depuis l’avènement politique bongomarien.
Fait à Brazzaville, le 30 septembre 2025
Le Conseiller du président de la République, Apprenti-Sage,
Privat Ngomo. /-













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