Cinq mois après l’ouverture officielle de son ambassade à Kigali, le Gabon passe à l’offensive sur le terrain de la diplomatie économique. L’ambassadeur Sylver Aboubakar Minko Mi-Nseme multiplie les démarches auprès du secteur privé rwandais pour attirer des capitaux vers un pays en pleine recomposition institutionnelle. Une initiative que relate The New Times, le principal quotidien anglophone du Rwanda, dans une livraison récente.

Sylver Aboubakar Minko Mi-Nseme, ambassadeur du Gabon au Gabon, en VRP de son pays auprès du secteur privé rwandais. © Gabonreview (capture d’écran)

 

Le symbole est fort. Choisir Kigali comme cible d’une campagne de séduction économique n’est pas anodin. Le Rwanda s’est imposé, au fil des deux dernières décennies, comme l’un des environnements des affaires les plus compétitifs du continent africain, un modèle de gouvernance, de transparence administrative et de croissance maîtrisée que nombre de capitales africaines observent avec intérêt, sinon avec envie. En s’adressant aux investisseurs rwandais, Libreville envoie un message double : celui d’une ouverture assumée vers l’Afrique de l’Est, et celui d’une volonté de crédibiliser son attractivité en cherchant la validation d’un partenaire réputé exigeant.

Sur le fond, les secteurs mis en avant par l’ambassade (énergie, agriculture, tourisme, TIC et infrastructures) dessinent les contours d’une diversification économique que le gouvernement post-transition sous Brice Clotaire Oligui Nguema appelle de ses vœux depuis le coup d’État d’août 2023. À ces pistes s’ajoutent les piliers traditionnels : pétrole, bois, et le projet minier de Belinga, gisement de minerai de fer dont l’exploitation demeure, depuis des décennies, l’une des grandes promesses non tenues du développement gabonais.

L’ambassadeur insiste sur le rôle de facilitateur que jouera la représentation diplomatique : orientation administrative, appui aux démarches de visa, transmission des cadres réglementaires. Un positionnement qui vise à rassurer des investisseurs potentiellement retenus par l’image d’instabilité que toute transition politique peut projeter à l’extérieur.

Parmi les signaux les plus révélateurs figure celui-ci : près de 1 600 étudiants gabonais sont actuellement inscrits dans des établissements rwandais. Ce flux, discret mais massif, traduit une confiance populaire préexistante envers le modèle rwandais, et constitue, pour la diplomatie économique gabonaise, un terrain humain déjà préparé.

Reste à savoir si les intentions se traduiront en engagements concrets. La diplomatie économique ne vaut que par ses résultats. Et sur ce plan, le Gabon a encore à faire ses preuves.

 
GR
 

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