[Tribune] CAN 2025 : du scandale sportif au séisme institutionnel africain
Quelques jours après la décision controversée de la CAF retirant le titre de la CAN 2025 au Sénégal au profit du Maroc, la polémique sportive a basculé dans une crise de gouvernance d’ampleur continentale. Dans cette tribune, le Docteur Emmanuel Thierry Koumba*, acteur de la vie publique africaine, alerte sur un «séisme institutionnel» qui fragilise la crédibilité du football africain et appelle à une refondation fondée sur la transparence, l’indépendance et la restauration de la confiance.

Le trophée de la CAN. © Pierre René-Worms / RFI

Dr Emmanuel Thierry Koumba. © D.R.
Introduction : Le temps du doute
Quelques jours après la décision controversée de la Confédération africaine de football (CAF), le choc ne retombe pas. Au contraire, il s’amplifie. Ce qui apparaissait initialement comme une polémique sportive s’impose désormais comme une crise majeure de gouvernance. Le recul n’a pas apaisé les esprits : il a éclairé les zones d’ombre.
L’Afrique du football ne comprend pas. Et pire : elle commence à douter.
Une décision qui ne passe toujours pas
Le retrait du titre au Sénégal au profit du Maroc continue de susciter une incompréhension généralisée. Dans les rues, sur les plateaux, dans les vestiaires : une même interrogation revient — comment une telle décision a-t-elle été prise ?
La Fédération sénégalaise de football a franchi un cap en demandant une enquête internationale indépendante pour soupçons de corruption au sein de la CAF. Une démarche lourde de sens, qui transforme une controverse en affaire potentiellement systémique.
Des voix autorisées qui dénoncent
Ce qui change profondément la nature de la crise, ce sont les prises de position de figures du football :
- Patrice Evra parle de “honte pour le football africain”
- Claude Le Roy évoque des “magouilles” au sein de la CAF
Ces mots sont forts. Ils ne viennent pas d’anonymes ou de supporters frustrés, mais d’acteurs expérimentés, familiers des réalités du football africain.
Une institution sous pression
Au cœur des critiques : le fonctionnement du jury d’appel de la CAF.
Comment travaille-t-il ?
Sur quelles bases tranche-t-il ?
Quelle est sa marge d’indépendance ?
Ces questions, autrefois techniques, deviennent aujourd’hui politiques. Elles traduisent une exigence de transparence que l’institution peine à satisfaire.
Dans ce contexte, la réaction de Patrice Motsepe, notamment sur Radio France Internationale, n’a pas rassuré. Jugée insuffisante, voire évasive, elle a renforcé le sentiment d’un malaise profond.
Du malaise au séisme
Ce qui se joue dépasse désormais le cadre d’un match ou d’un trophée.
On parle d’un séisme dans le football africain.
Et le mot n’est pas excessif.
Car cette affaire touche à trois piliers fondamentaux :
- la crédibilité des décisions
- la légitimité des instances
- la confiance des peuples
Quand ces trois éléments vacillent, c’est tout l’édifice qui tremble.
Le piège des fractures africaines
Dans ce climat de tension, les lignes de fracture réapparaissent dangereusement :
- Afrique du Nord vs Afrique subsaharienne
- accusations de favoritisme
- soupçons de racisme
Ces dérives sont préoccupantes. Elles traduisent une colère réelle, mais risquent d’entraîner le débat sur un terrain dangereux.
Car si la décision est contestable, elle doit l’être sur des bases solides : juridiques, institutionnelles, sportives — non émotionnelles ou identitaires.
Une crise de gouvernance avant tout
Au fond, la question n’est plus seulement : “Qui a gagné ?”
La vraie question est : “Comment le football africain est-il gouverné ?”
Une institution forte ne se définit pas seulement par ses règles, mais par :
- la clarté de ses décisions
- leur cohérence
- et la confiance qu’elle inspire
Aujourd’hui, cette confiance est fragilisée.
Conclusion : l’urgence de restaurer la crédibilité
Le football africain est à un tournant.
Cette crise peut devenir :
- soit un point de rupture
- soit un moment de refondation
Refonder, c’est :
- accepter les critiques
- ouvrir les procédures
- garantir l’indépendance des décisions
Car sans transparence, il n’y a pas de confiance.
Et sans confiance, il n’y a pas d’autorité durable.
L’Afrique du football mérite mieux que le doute.
Elle mérite la clarté, la justice et le respect du jeu.
*Docteur Emmanuel Thierry KOUMBA
Enseignant à l’université Omar Bongo et à EM-Gabon Université
Acteur de la vie publique africaine













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