L’Afrique du Sud est confrontée à une nouvelle vague de tensions à caractère xénophobe visant des ressortissants étrangers. Entre manifestations, discours anti-immigration et incidents isolés, la situation ravive un débat récurrent sur la place des migrants dans l’économie sud-africaine. Dans ce contexte, le silence de la majorité des capitales africaines surprend, alors que seuls le Nigeria et le Ghana ont officiellement réagi.

Lors d’une marche anti-migrants à Yeoville, Johannesburg, le 30 avril 2026. © AFP

 

Une marche organisée par des groupes sud-africains le 30 avril 2026 a relancé les inquiétudes autour de la question migratoire. Les participants y dénonçaient un durcissement des politiques d’immigration, un manque de contrôle des flux migratoires ainsi qu’une concurrence économique jugée défavorable aux populations locales, notamment dans les secteurs informels. La veille, le président de la République sud-africaine, Cyril Ramaphosa, avait tenté d’apaiser les tensions en rappelant la solidarité historique de nombreux pays africains envers la lutte contre l’apartheid, tout en mettant en garde contre toute dérive xénophobe. Il avait toutefois reconnu l’existence de «préoccupations légitimes» liées à la gestion de l’immigration, promettant un renforcement des contrôles aux frontières.

Dans un communiqué, le ministère sud-africain de la Police a, de son côté, appelé au calme, rappelant qu’«aucun individu ou groupe n’a le droit de se faire justice lui-même, quels que soient ses griefs ou frustrations».

Le Nigeria et le Ghana en premières lignes

Sur le plan diplomatique, la réaction la plus ferme est venue de l’Afrique de l’Ouest. Le Nigeria a convoqué le haut-commissaire sud-africain à Abuja pour demander des explications concernant des actes visant ses ressortissants et leurs activités économiques. Une démarche similaire a été entreprise par le Ghana, qui a exprimé sa «profonde préoccupation» face à des cas d’intimidation et de harcèlement touchant ses citoyens. Les deux pays dénoncent notamment des discours hostiles envers les migrants africains, en particulier les Nigérians, Zimbabwéens et Ghanéens, ainsi que des tensions économiques et des violences isolées contre des commerces étrangers.

Dans le reste du continent, le silence des autres capitales interroge. Aucun autre chef d’État ne s’est pour l’instant exprimé officiellement, malgré la récurrence de ces tensions en Afrique du Sud depuis plusieurs années. Pourtant, ces épisodes s’inscrivent dans un contexte bien connu : chômage élevé, pression sur les services publics et compétition économique locale, qui alimentent régulièrement des sentiments anti-immigrés dans certaines zones urbaines.

Les autorités sud-africaines condamnent ces violences et promettent des poursuites contre les auteurs. Mais au niveau continental, l’absence de réponse collective contraste avec la gravité des faits et renforce l’impression d’un isolement diplomatique des pays les plus concernés.

Alors que l’Afrique du Sud reste une puissance économique incontournable du continent, cette crise met en lumière une fragilité persistante : celle d’une intégration africaine encore incapable de parler d’une seule voix face aux tensions internes.

Thécia Nyomba 

 
GR
 

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