Renouvellement du bureau de la mairie de Libreville : Effet pervers
La majorité UDB a poussé le président de la République à descendre dans l’arène. Pour le prestige de sa fonction, Brice-Clotaire Oligui Nguéma doit se tenir à bonne distance des querelles partisanes, sans pour autant s’en désintéresser.

En faisant appel au président de la République, les conseillers UDB de Libreville ont adressé un message clair : à leurs yeux, il est avant tout un chef de parti. En l’obligeant à descendre publiquement dans l’arène, ils ont quelque peu porté atteinte au prestige de sa fonction. © D.R.
On va tout juste atteindre la première année du septennat. Et déjà, des doutes sur la qualité de la gouvernance. Cinq mois après son élection, le bureau du conseil municipal de Libreville a été poussé à la démission. Quelques heures plus tard, son remplacement était entériné, suite à une intervention du président de la République. Contrairement à une idée jusque-là en vogue, le bloc monolithique formé par l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) n’a offert ni gages de solidité ni assurances de loyauté. Bien au contraire. Il a livré un spectacle pitoyable, mêlent impuissance des uns et outrance des autres. Sans s’en apercevoir, les conseillers de la capitale ont révélé à quel point un «parti présidentiel» peut devenir contre-productif dans le contexte actuel.
Doute
L’UDB vient de produire un effet pervers d’importance. Président-fondateur ce parti, mais d’abord chef de l’Etat et chef du gouvernement, le président de la République s’est retrouvé contraint de livrer des arbitrages dans un cadre partisan. Même si personne ne s’en est indigné, ce fait n’en soulève pas moins des interrogations. Peut-on encore décrire le Gabon comme un «Etat unitaire décentralisé» ou faut-il désormais parler d’Etat unitaire tout court ? Peut-on défendre la «libre administration» des collectivités locales quand le chef de l’exécutif décide de la composition du bureau d’un conseil municipal ? Peut-on croire à l’effectivité de la décentralisation à la lumière d’une telle séquence ? Comment, dès lors, interpréter les orientations programmatiques fixées par le président de la République ? Était-ce le meilleur moyen d’inciter les collectivités locales à élaborer leurs plans de développement économique (PDE) ?
En faisant appel au président de la République, les conseillers UDB de Libreville ont adressé un message clair : à leurs yeux, il est avant tout un chef de parti. En l’obligeant à descendre publiquement dans l’arène, ils ont quelque peu porté atteinte au prestige de sa fonction. Sans le savoir, ils ont apporté la preuve de l’incompatibilité entre certaines casquettes. Incidemment, ils l’ont poussé à la faute. Si l’on se remémore les arguments avancés durant la gestation de l’UDB, un tel comportement interpelle. Clef de voûte des institutions, le président de la République aurait dû être préservé. Ses avis pouvaient être sollicités, ses conseils recueillis. Mais, il n’était guère utile de le faire savoir au pays. En procédant comme ils ont fait, les membres de l’UDB ont instillé le doute sur sa capacité à se tenir au-dessus de la mêlée, à veiller au respect de la Constitution et à «être juste envers tous».
Soupçon
À bas bruit, nombre d’observateurs s’interrogent sur la suite de ces évènements. Cette séquence aura-t-elle un effet de contagion ? Nul ne le souhaite. Rien, pourtant, ne permet de l’exclure. A-t-elle conforté le président de la République dans son rôle de garant des institutions ? On peut en douter. Laisse-t-elle entrevoir une réelle volonté d’opérer un plein et entier transfert des moyens et compétences de l’Etat central vers les collectivités locales ? À s’en tenir aux propos du chef du gouvernement, la tendance semble plutôt être à un renforcement de la déconcentration et non à la décentralisation. Chacun le sait : la digitalisation de l’administration figurait parmi les quinze annonces clés du candidat Oligui Ngema en 2025. Les maires sont fondés à le reprendre à leur compte. Mais, les conseils municipaux doivent en décider souverainement. Or, désormais, toute initiative en ce sens sera perçue comme la mise en œuvre d’une consigne venue d’en-haut.
Jusqu’au lancement de l’UDB, Brice-Clotaire Oligui Nguéma cultivait l’image d’un homme d’ouverture et de rassemblement. Il se voulait l’artisan d’une gouvernance renouvelée. Certes, des manquements avaient parfois été signalés. Mais, le bénéfice du doute subsistait. Désormais, son positionnement sera entaché du soupçon de partialité ou de préférence partisane. À chacun de ses actes, son statut de président-fondateur de l’UDB sera mis dans la balance, avec le risque d’en biaiser la lecture. Pour éviter cet écueil, une exigence s’impose à lui maintenant : se tenir à bonne distance du fonctionnement de l’UDB et de ses querelles internes, sans pour autant s’en désintéresser. À cette fin, il doit veiller au strict respect des préconisations constitutionnelles. Sauf à se laisser entraîner dans un «gouffre dans lequel (il devra) monnayer des majorités ou des consensus’, le président de la République ne perd rien à ouvrir cette réflexion.












4 Commentaires
Il faut peut-être éviter de confondre deux choses : la décentralisation comme mode d’organisation administrative, et les rapports politiques internes à un parti majoritaire. La décentralisation porte d’abord sur le transfert de compétences, de responsabilités et de moyens aux collectivités locales. Elle ne signifie pas nécessairement que le choix des personnes à la tête d’un conseil municipal échappe à toute logique partisane ou à toute influence politique nationale.
On peut critiquer l’intervention du chef de l’État sur le plan symbolique, parce qu’elle brouille les rôles entre président de la République et chef de parti. Mais en faire immédiatement la preuve que la décentralisation est inexistante me semble excessif. La question centrale devrait être : les collectivités locales disposent-elles réellement de l’autonomie administrative, financière et décisionnelle nécessaire pour gérer les affaires locales ?
@qGayo. Allez faire votre kounabelisme ailleurs. C’est quoi « la libre administration des collectivités locales » ? N’est-ce pas inscrit dans la Constitution ? N’est ce pas le principe premier énoncé par la loi sur la décentralisation ? Quelle décentralisation quand le président désigné ouvertement le maire de la capitale ? Personne n’est dupe. Tout le monde que « vote’ du conseil était sous surveillance et une simple formalité. Ne poussez pas les gens à parler…
Merci pour cet éclairage.
Merci pour cet éclairage.